Liberté de ton, Liberté d'opinion
Au bord d’un champ immense, planté à l’infini de petites laitues bien vertes, régulièrement espacées, un homme et sa pioche commence sa tâche. Sous son chapeau de paille on ne voit pas son visage anonyme. Il a choisi un rang, pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? peut-être reprend-il son labeur, hier inachevé ? Mais le champ n’a pas la dimension humaine, il a comme une infinitude qui rend toute oeuvre impossible à l’homme. Il nous faut un début et une fin pour mesurer notre effort et apprécier le résultat du travail de la journée. Le vieux paysan européen, qui autrefois suait sang et eau pour labourer son champ clos, tirait plus de gloire et de fierté que cet ouvrier agricole mexicain qui s’attaque à son rang de choux au milieu de mille autres pareils.
Cet homme, dans ce champ immense, entraperçu le long de la freeway, quelque part entre Monterey et San Francisco, demeure une vision d’angoisse comme s’il fut perdu au milieu du désert. C’est l’homme symbole, dans sa solitude, sans repères et sans bornes, face à son inutilité. C’est l’homme sans visage et sans nom que l’on croise sur Market street à San Francisco, l’homme sans reconnaissance et donc sans valeur, qui marche vers nulle part et qui ne sait plus d’où il vient. C’est l’immigré clandestin qui rase les murs et baisse la tête. Celui dont on ne croise jamais le regard, l’humble, le sans voix, le sans papier qui n’a aucun droit, mais qui n’a que des devoirs. Il garde cependant au fond du cœur le secret espoir de pouvoir un jour devenir humain. Sans doute, un jour, s’est-il cru libre, alors qu’il avait rompu ses amarres. À combien de mirages a-t-on donné le nom de liberté ?
Excellent ! ♥ ☼
Et dans cet humain bat un coeur qui croit encore aux rêves américains… 🙂
triste réalité aussi ….