341 – Où VA L’ITALIE?

Posted on octobre 5, 2012 par

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Nous sommes à Milan, fébrile, agitée, bruyante, dispersée, à l’image de l’Italie dont nous tentons de prendre le pouls.

Le Duomo a été rénové il y a quelques années et se dresse superbe au milieu de la place, noire de monde et enveloppée de myriades de pigeons. Signe des temps, la façade latérale de la cathédrale est ornée d’un immense écran sur lequel on peut méditer sur les performances de la dernière Mercedes à la mode. Il faut bien payer l’entretien de l’édifice, dans un pays qui désormais doit se serrer la ceinture !

L’entrée est libre et gratuite. Des milliers de touristes vagabonds déambulent joyeusement et se prennent en photo devant la statue des Saints, comme s’ils étaient à la foire. La religion n’a plus rien à faire ici et est reléguée symboliquement dans un recoin sombre. Le monde contemporain renverse les ordres établis et toutes les hiérarchies, à commencer par la hiérarchie ecclésiastique. Il se peut que la religion catholique vive ses derniers instants sous la forme actuelle. Elle se crispe parfois lorsqu’elle est attaquée et s’agite soudain d’un spasme nerveux. Mais le faste, les dorures, le marbre, les sculptures et tout cet apparat paraissent aujourd’hui tellement désuets. Les hordes d’Asiatiques qui parcourent à la va-vite les travées en marbre nous font prendre conscience combien nous nous promenons dans notre passé.

Il y a seulement deux ans, personne ne donnait cher de l’Italie dont l’économie moribonde et la dette abyssale semblaient condamner le pays à la faillite. Mais, dans un éclair de lucidité, l’Italie a compris que les Politiques les menaient à la ruine. Ils ont ainsi mis au pouvoir Mario Monti, un économiste énergique et technocrate non élu, c’est-à-dire n’ayant pas à soigner une clientèle électorale. Il gouverne donc tout simplement avec son bon sens et non pas, comme ailleurs, avec une idéologie dogmatique.

Les mesures prises par Mario Monti reposent sur trois piliers essentiels et complémentaires: d’une part un programme draconien de réduction des dépenses publiques, ensuite une hausse générale des impôts et enfin une réforme globale de la législation sur le travail. Si on compare ces choix à ceux qui viennent d’être faits par le gouvernement français, nous constatons que la France n’a choisi que le volet fiscal, c’est pourquoi nous pouvons prédire son échec. (voir chronique-libre 336).

Hier il y avait 5 Euros
-« Où est passé le reste? »

 Une hausse des impôts ne peut se justifier que si, par ailleurs, on met de l’ordre dans la maison. L’Italie était gangrenée par le travail au noir et le commerce sans facture auxquels Mari Monti s’est attaqué de façon énergique. Il est désormais interdit de payer en liquide. Par ailleurs, il a entrepris une réforme en profondeur et durable du système des retraites, y compris pour les fonctionnaires qui n’apparaissent plus comme des privilégiés. L’âge de départ en retraite sera pour tous fixé à 67 ans, mais indexé sur l’espérance de vie moyenne au moment de la cessation d’activité. Les économies vont être étendues à toute la fonction publique : les organigrammes sont modifiés, les services sont fusionnés, les achats groupés ; bref, tout est remis à plat. Enfin le marché du travail est considérablement assoupli, le rendant plus flexible et par conséquent plus efficace. Chacun sait, en effet, qu’une entrave aux licenciements est une entrave encore plus grande à l’embauche ! Les pays dont la législation sur le travail est la plus rigide sont aussi ceux dont le taux de chômage est le plus élevé…

L’Italie n’est pas encore sauvée, elle n’échappera pas à la récession qui est un passage obligé si l’on veut surmonter la crise mais, néanmoins, elle fait ce qu’il faut, pour renaitre dans quelques années. Toutefois, si d’aventure les politiques devaient reprendre les rênes du pays, tout serait remis en question et le sort de l’Italie deviendrait sombre. Mario Monti doit cesser ses fonctions au printemps prochain. Il vient de déclarer qu’il se tient à la disposition des Italiens pour, à nouveau, conduire le gouvernement. Mais il ne veut pas se présenter aux élections pour ne pas avoir les mains liées par la politique partisane. C’est pour dire en quelle estime il tient la démocratie parlementaire, totalement discréditée, ici comme ailleurs.

Ces réflexions nous montrent que la hiérarchie politique est comme la hiérarchie ecclésiastique, elle vit peut-être ses derniers instants. C’est elle qui a conduit les démocraties occidentales vers la crise économique qui ne fait que commencer et qu’elle est incapable de gérer. Ici ou là, le feu couve, les peuples vont se soulever et, espérons le, mettre fin à la démocratie parlementaire pour la remplacer par la démocratie directe.