357 – L’EPIDEMIE INDEPENDANTISTE

Posted on novembre 12, 2012 par

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Deux vents contraires soufflent sur l’occident, l’un semble pousser les nations au rassemblement, au regroupement, l’autre, au contraire semble aller vers la dislocation et l’émiettement.

La chute des empires est toujours accompagnée d’un processus de dislocation, c’est-à-dire d’un retour vers les particularismes, les régionalismes, les nationalismes. Lorsque le ciment d’un pouvoir central fort vient à se dissoudre, les briques se disloquent et l’édifice est jeté à terre. Ce fut le cas lors de la chute de l’empire romain ; cela fut conjoint à celui de l’empire Ottoman ; cela survint après la défaite de l’empire Austro-Hongrois, hérité de Charles Quint ; et après la chute de l’Union Soviétique, etc.

Les mouvements indépendantistes qui fleurissent un peu partout en Occident sont-ils les prémisses d’une nouvelle dislocation, d’un possible effondrement ? Ou bien, au contraire, sont-ils les signes précurseurs d’un renouveau, d’une reconstruction d’un édifice qui ne correspond plus aux besoins et désirs des peuples ?

 Depuis quelques années déjà, l’Europe est traversée par des courants centrifuges qui sont parallèles au mouvement centripète de la construction Européenne, mais qui ne s’y oppose pas nécessairement, contrairement aux apparences. Il semble que les mouvements indépendantistes ont soudain accéléré l’allure, comme si il y avait urgence ou comme s’ils avaient pris le pas sur le mouvement fédéraliste qui s’enlise et ne parvient pas à s’imposer. Tout semble s’accélérer depuis la victoire du Parti Québécois, souverainiste, qui promet un référendum d’auto-détermination pour sortir de la tutelle d’Ottawa. Nous avons donné, ici-même, notre opinion sur ce sujet, ce qui nous a valu quelques volées de bois vert de la part de nos lecteurs Québécois (332-Où va le Québec?). 

La frénésie indépendantiste a saisi l’Europe de toutes parts. Un accord vient d’être conclu entre

« Si les Ecossais gagnent leur indépendance …
haïront-ils encore les Anglais?

le Premier Ministre britannique David Cameron et le dirigeant nationaliste Ecossais, Alex Salmond, pour l’organisation, d’ici deux ans, d’un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. Qui sait ce qui peut en résulter, si le vent se renforce ? Dans la même semaine, les nationalistes flamands ont été victorieux pour conquérir la mairie d’Anvers, accentuant ainsi davantage le divorce d’avec les Wallons francophones, dans une Belgique plus divisée que jamais, et où l’on spécule sur l’abdication du roi, ce qui serait le prélude à la partition. Nous avons assisté dans le même temps à la victoire des nationalistes basques en Espagne. En Italie, la Ligue du Nord n’a pas dit son dernier mot.

Qui osera le premier prendre le large et transformer cette tendance en épidémie contagieuse ? C’est peut-être la Catalogne qui peut donner le coût d’envoi, car à Barcelone les esprits sont échauffés suite aux maladresses de Madrid, vécues comme des humiliations intolérables. L’exaspération est à son comble depuis que le gouvernement central a décidé de faire passer la nouvelle ligne TGV vers le Nord à travers le centre des Pyrénées plutôt que le long de la voie méditerranéenne. Cette décision est vécue comme une insulte à Barcelone où l’on ne parle plus que de cela, encore plus que des problèmes concernant la crise économique ! Artur Mas, le gouverneur de la Province, vient d’annoncer des élections anticipées qui devraient renforcer son parti, Convergencia i Unio, puis conduire à un référendum sur l’indépendance, qui en l’état actuel des choses, ne ferait pas de doute !

 « Catalonia, the next State in Europe », peut-on lire sur les banderoles. Il faut dire que l’ambition de la Catalogne est de faire « Une Hollande Méditerranéenne, ouverte sur la mer et le monde, laborieuse, sérieuse… et avec une bonne équipe de foot ! ». Avec ses 7.5 millions d’habitants la Catalogne est la région la plus dynamique d’Espagne, mais est-ce suffisant pour espérer être intégrée à l’Europe en cas de sécession ?

Assistons-nous à un processus de dislocation ou de reconstruction ? Le Canada peut continuer sa route sans le Québec, mais le Royaume Uni pourrait-il encore exister sans l’Ecosse ? Et la Belgique sans la Flandre ? L’Espagne peut-elle survivre en l’état, privée de la Catalogne et du Pays Basque ? Ce n’est certainement pas un hasard si ces mouvements indépendantistes surviennent au moment où l’Europe doute d’elle-même et manque de leaders capables de l’emmener vers le Fédéralisme unificateur. Verrons-nous une fédération des régions ou une désagrégation complète de l’Europe ? La réponse est proche…

 

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