364 – AVOIR LA CHANCE DE VIEILLIR

Posted on novembre 28, 2012 par

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Je rentrais chez moi tranquillement, en admirant les belles couleurs de l’automne, quand je croise un couple «entre deux âges», c’est à dire le mien. Vous savez, cet âge où les jeunes vous trouvent vieux et les vieux vous trouvent «encore» jeunes ! Bref, je vois ce couple qui se balladait main dans la main, lorsque j’ai croisé leurs regards … 

 

Ils m’ont sourit et j’ai été émue. Ce couple, simplement entrevu, a touché mon coeur et je pense aussi mon âme. Il y a, comme cela, des rencontres qui changent notre regard !

 

Lui avait les yeux couleur chocolat chaud. Ses yeux, à elle, étaient parsemés d’éclats de vert. Leurs quatre yeux pétillaient tandis qu’ils parlaient avec animation et me souriaient au passage.

 

Deux mains enlacées et quatre yeux qui se souriaient … Pas de quoi fouetter un chat, pensez-vous peut-être, c’est d’une banalité déconcertante !

 

Et pourtant, ce que j’ai vu n’était pas banal. Ce que j’ai vu était MAGNIFIQUE et a changé mon regard sur ce que l’on appelle «le vieillissement». Je m’explique …

 

J’ai vu quatre lacs encerclés de collines. D’un côté, deux lacs chauds où brillaient quelques pépites d’or entourés de douces montagnes. Ces deux lacs faisaient face à deux autres, très clairs, avec quelques zones d’ombre. Et les collines qui les entouraient étaient plus fines, plus nombreuses aussi. 

 

Comment ne pas être émue devant ces paysages ? Car, d’un seul regard, ils m’ont fait comprendre la beauté de l’âge, la beauté de la vie.

 

J’ai compris que chaque colline, sinistrement appelée «ride», était en fait un monde créé par la vie, comme dans un monde accéléré :

 

  • la ronde des rires qui plissent les yeux

  • la danse des sourires qui étirent nos lèvres

  • les pleurs retenus qui contractent nos visages en de curieuses grimaces

  • les larmes de tristesse qui creusent des sillons

  • les larmes de joie qui remplissent nos lacs de mille étoiles …

 

Ainsi nous vieillissons, mais quelle richesse nous engrangeons !

 

Et nos visages, créés par nos expériences, nos croyances, nos pensées, deviennent des sculptures, magnifiques parfois, où chaque ride, chaque sillon sont les reflets de nos aventures.

 

Vieillir est un chance : certains ne l’ont ou ne l’auront pas … C’est un cadeau que la vie nous offre, la possibilité de profiter d’elle, encore et encore. Et pourtant nous nous plaignons, nous regrettons, nous refusons ces rides témoins de nos émois, de nos expériences, parfois de nos errances.

 

Nous refusons de voir la beauté que le temps a forgée. La beauté du temps qui passe et qui nous rend plus sage, plus vulnérable parfois, mais plus fort si souvent. 

 

Le visage d’un bébé est un paysage de sable, chaud et doux. Un sable balayé par la mer, bien lisse. Une plage blanche, comme une page blanche … Tout est à créer, tout est à écrire ! Et l’encre du temps commence son oeuvre parfois avec douceur, parfois avec douleur. L’enfant devient moins lisse, le sable se plisse en moues et en mimiques. L’adolescent commence, à petits coups de vie, à se ressembler. Il avance à tâtons, impatient, s’élançant vers les rivages de l’âge adulte où, balloté par les vagues des émotions, les rochers de la vie commencent à sculpter de nouveaux paysages : une petite colline apparait, ici et là, très discrète, très coquette.

 

Et puis la mi-temps de la vie nous offre un beau répit : les collines restent sages et les muscles tendus. Ne l’appelle-t’on pas, parfois, «la force de l’âge» ? Nous regardons nos cadets avec un sourire tendre, heureux d’avoir acquis ce qu’ils n’ont pas encore, l’expérience de l’âge. Mais nous n’osons plus nous projeter dans le futur de notre oeuvre : nous voulons rester sur la plage alors que la montagne nous tend ses bras …

 

Car la vie n’arrête jamais de créer : elle continue, inlassablement, son oeuvre de sculpture sans se soucier de nos brûlures …

 

Nos douces collines deviendront paysages de neige : des monts et merveille jailliront, offrant à nos regards surpris, le résultat d’une vie. Un tableau merveilleux pour qui ouvre les yeux ! Ce tableau est un poème, une ode à la vie, blanchie par le temps si savant.

 

Ce temps qui nous est offert, généreusement.

 

Et lorsque nos neiges deviendront éternelles, elles se transformeront alors -petit à petit- en glace transparente où la vie n’aspire plus qu’à rejoindre le ciel …

 

Vieillir est une chance, je le sais aujourd’hui. Cela nous permet de vivre plus longtemps et d’apprendre la beauté des paysages changeants. Lorsque la banquise recouvre nos collines nous voilà prêts à courir vers l’aventure de l’éternité …