371 – REINVENTER L’AMOUR

Posted on décembre 14, 2012 par

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Nous avons tous rêvé du grand Amour, de celui qui dure toujours… La réalité en a déçu plus d’un puisqu’aujourd’hui un couple sur deux divorce ! D’où vient ce désenchantement ? 

Dans les sociétés traditionnelles, et jusqu’à une époque récente, les couples se formaient à l’intérieur d’un espace sociologique et géographique réduit : dans son village et dans son rang social. Les choix étaient limités et les contraintes familiales étaient nombreuses. Autrement dit, les couples étaient contenus à l’intérieur de la caste ou de la classe sociale. L’amour était sans doute plus conventionnel et n’était pas nécessairement lié avec l’union matrimoniale. Il est donc probable aussi que l’absence d’amour, ou sa disparition, n’était pas source d’une très grande souffrance. 

Tout cela a progressivement volé en éclat et l’union des couples s’est, elle aussi, mondialisée, universalisée. Internet est le nouveau terrain de chasse des candidats à l’union amoureuse qui vivent cette « grande transformation de l’amour », très bien mis en évidence par la sociologue Eva Ellouz dans son livre « Pourquoi l’amour fait mal ». L’auteure montre comment, avec la naissance de l’économie de marché, tous les biens se sont transformés en marchandises. Ainsi, dans nos sociétés contemporaines, les relations amoureuses tendent à se structurer comme des relations de marché.

Unknown-4 Dans ce contexte, les critères de sélection suivent une nouvelle trajectoire. Nous devenons exigeant comme un client, en fonction de nos goûts, et notre rencontre avec l’idéal amoureux devient primordial. Nous recherchons un conjoint comme nous recherchons la voiture qui nous convient le mieux. La démarche est narcissique, accompagnée d’une « incapacité de choisir, d’une phobie de l’engagement, d’un besoin d’évaluation permanente de soi et du partenaire, d’une logique de l’essai et de l’erreur, toutes choses qui entrainent une fragilité paralysante ». Telles sont les souffrances de l’homme et de la femme modernes, ainsi mis à nus ! Naturellement, l’insatisfaction est au bout du chemin…

Dans nos sociétés hédonistes modernes du carpe diem, toute souffrance et toute Unknown-5frustration sont mal vécues. Nous n’acceptons plus les contraintes qui sont pourtant inhérentes à tout engagement. Nous voulons sans cesse plus de droits et moins de devoir. L’amour vient à se confondre avec la seule satisfaction érotique, comme si l’on pouvait réduire l’amour au plaisir. Telle est pourtant la thèse du philosophe Vincent Cespédes qui se répand dans les magazines féminins pour dire tout le mal qu’il pense du couple qui, selon lui, serait « un véritable tue-l’amour qui neutralise la passion et le plaisir » et il préfère vivre des « relations humaines, des amitiés plus ou moins sensuelles, sans chercher à les qualifier ». Le couple devient une notion éphémère qui se dissout dans l’immédiateté du plaisir. On « gère » son couple comme on gère ses affaires. Le partenaire devient jetable dès que l’on est lassé.

élevage traditionnel des enfants

élevage traditionnel des enfants

 Et les enfants dans tout cela me direz vous ! Autant dire qu’ils ne sont pas au centre du débat, mais le philosophe hédoniste a réponse à tout pour résoudre le problème que posent « les corvées liées à l’élevage des enfants ». Il envisage des maisons éducatives où des enfants vivraient en permanence. « Aux adultes d’y venir. Plusieurs couples de parents pourraient même s’associer, chaque adulte disposant par ailleurs de son espace». Telle serait la société idéale vers laquelle nous nous dirigeons. Il n’y aurait plus ni tromperie, ni cocufiage, plus d’amants ou de maîtresses, mais des partenaires éphémères.

Bien sûr, il se trouvera encore quelques idéalistes qui pensent que l’amour s’inscrit nécessairement dans la durée, que l’amour se construit et qu’il est certes composé d’érotisme et de sensualité, mais aussi de peines partagées, d’expériences variées et d’échanges. Ils pensent que le couple c’est le partage de la vie, avec ses bons et ses mauvais moments qui, au fil des années, renforcent l’amour. La vie, comme l’amour, a aussi ses faces sombres et ses soucis. Ceux-là affirment qu’il est présomptueux de penser qu’en supprimant le couple on supprimera nos tracas. Ils n’imaginent pas l’amour avec la garantie de ne jamais souffrir. Pour eux, l’amour suppose une relation de confiance et une ouverture à l’autre qui, bien sûr, nous rend vulnérable…

Certes, notre monde change, mais il semble qu’il y ait aussi des points fixes, des caractéristiques intangibles. N’est-il pas illusoire de penser que l’épanouissement de soi est compatible avec l’égoïsme et le culte du Soi ? N’est-ce pas au contraire le souci de l’autre, et de la relation, qui apporte les plus grandes joies ? A l’heure du «mariage pour tous », il serait peut-être utile de réfléchir à ce que signifie l’engagement de l’amour…