379 – CONJUGUER AUTORITE ET LIBERTE

Posted on janvier 11, 2013 par

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Nous poursuivons notre voyage à Oman que je n’hésite pas à qualifier de perle du Moyen Orient. Cette monarchie éclairée intrigue plus d’un voyageur, à l’heure où les démocraties parlementaires sont ballotées au gré des fluctuations d’une opinion publique changeante et désorientée.

Je ne suis pas seul à m’interroger sur la capacité des démocraties parlementaires, en temps de crise, à réformer les pays dont elles ont la charge. Je rejoins la position de Jean d’Ormesson qui les qualifie « d’inaptocratie » : « Un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d’un nombre de producteurs en diminution continuelle« . Il s’agit en fait de l’Etat-Providence, fruit d’une dérive démocratique au profit d’une démagogie laxiste.

Le premier Ministre Anglais, David Cameron, venu vendre des avions à Oman en décembre 2012

Le premier Ministre Anglais, David Cameron, venu vendre des avions à Oman en décembre 2012

  Oman est gouverné par une oligarchie dirigée par un sultan que l’on peut qualifier de sage. Il est entouré de conseillers qu’il a lui-même désigné et, depuis peu, d’une sorte de parlement qui peut faire des suggestions et proposer des lois. Sous l’influence du printemps arabe, une démocratisation modérée est en cours. N’oublions pas qu’Oman est situé au détroit d’Ormuz, particulièrement stratégique. Mais le sultan mène une politique habile et équilibrée entre ses deux puissants voisins, l’Arabie Saoudite et l’Iran. Néanmoins il demeure un allié fidèle des Anglais et des Américains.

Autant que nous puissions en juger, les omanais jouissent d’une assez grande liberté. Les Journaux de langue anglaise ne semblent pas censurés mais demeurent très modérés sur de nombreux sujets. L’Islam est lui aussi modéré et la présence de fortes communautés indiennes permet à chacun de vivre ses croyances et de suivre sa culture librement. Il règne une sorte d’harmonie tranquille, à l’abri des vociférations partisanes des partis politiques qui sont ici inexistants. Il s’agit donc d’un régime à la fois autoritaire et bienveillant, dirigé par un sultan moderne et pacifique. Oman est cependant confronté à un taux très élevé de chômage auquel le gouvernement tente de remédier par l’embauche de myriades de fonctionnaires (44.000 en 2012).

Première Election Municipale, Décembre 2012

Première Election Municipale, Décembre 2012

 On aimerait voir perdurer un tel équilibre et on redoute l’agitation de quelques ambitieux qui pourraient tirer profit, pour eux-mêmes, d’une déstabilisation du régime politique. Il suffirait d’une dose trop forte de démocratie pour que l’édifice s’écroule. Le sultan Qaboos ne sera pas inquiété, pour autant que nous puissions en juger, mais le problème surgira à sa succession car, selon les informations, plus de 50 candidats peuvent y prétendre, puisqu’il n’a ni enfant, ni frère ! Les démocraties éclairées ne peuvent survivre que si la charge n’est pas héréditaire, afin que puisse être désigné celui qui est le plus apte à diriger et dispose de suffisamment de sagesse, de compétences et d’autorité naturelle. On murmure que le sultan Qaboos a prévu un mode de désignation de son successeur et dont la teneur est tenue secrète,

A l’heure où nous doutons de la pérennité des démocraties parlementaires, nous

Scène de rue à Muscat

Scène de rue à Muscat

recherchons désespérément un système politique de remplacement qui soit à la fois équilibré et pérenne. Le mot monarchie sonne mal à nos oreilles, d’une part parce que nous avons hérité d’une culture de régicide et, d’autre part, nous avons été évangélisé par un panégyrique permanent sur les bienfaits supposés de la république. Il se peut cependant que la réponse soit dans l’entre-deux, c’est-à-dire dans un régime à la fois autoritaire et garant des libertés fondamentales essentielles. Les peuples ont besoin de liberté et les gouvernements ont besoin de la durée pour être efficaces, sans avoir besoin de plaire, de faire le beau sur les estrades et de promettre monts et merveilles à des électeurs qui ne vivent que dans l’instant de leurs émotions.

Il reste à trouver le meilleur moyen de désigner le chef le plus compétent pour gouverner. La charge ne serait pas héréditaire et il serait encadré par un conseil des sages qui peut le destituer en cas de dérapage. Le mode de désignation des papes, qui fonctionne depuis 1700 ans, pourrait être un bon protocole… En attendant, souhaitons longue vie au sultan Qaboos, il est pour l’instant un modèle.

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