383 – ANTICIPATION DEMOGRAPHIQUE

Posted on janvier 21, 2013 par

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Un des rôles que nous avons attribué à cette chronique-libre, consiste à anticiper les évènements qui se préparent au niveau des sociétés dans lesquelles nous vivons. Anticiper, c’est déjà se préparer.

images-3 Dans les années soixante, Michel Debré, le premier ministre français de l’époque, était l’objet de tous les sarcasmes des politiciens et des intellectuels, parce qu’il prédisait que le plus grand danger auquel l’Europe, et la France en particulier, auraient à faire face, serait d’ordre démographique. En effet, le vieillissement de la population était déjà inscrit dans la démographie de l’époque. Dans  un certain nombre de pays en Europe, en Russie et au Japon, nous approchons du moment où les retraités seront majoritaires par rapport au nombre d’actifs.

Dans les démocraties parlementaires, les gouvernants n’aiment pas anticiper, parce que cela revient à les mettre face aux réalités et à leur responsabilité, ce qu’ils refusent par dessus tout ! Ainsi, la crise économique d’aujourd’hui était inscrite dans les choix politiques faits depuis 30 ans et facile à anticiper, donc à éviter. De même, les orientations politiques et économiques contemporaines de certains pays européens permettent de prédire leur destin dans quelques années. C’est ce que nous aimons faire dans cette chronique.

Lorsque Newton sommeillait sous son pommier, il prit soudain conscience que la pomme qui tomba devait être mue par une cause, par une force. Tout effet est lié à une cause qui l’a précédée. Ceci est vrai aussi bien en physique, qu’en économie ou en démographie. Anticiper permet de prendre des décisions en conséquence, pour nous même ou pour la société. Individuellement nous n’avons pas toujours les moyens d’agir sur les causes, mais souvent nous pouvons esquiver les conséquences. C’est le but que nous poursuivons ici en anticipant, même si, par les temps qui courent, ces anticipations ne prévoient pas toujours des lendemains qui chantent. Nous en sommes désolés, mais nous nous réjouissons chaque jour de vivre une époque merveilleuse, pleine de changements, c’est à dire de renouveau. Tout changement renferme une opportunité et des choix !… Nous avons la liberté de subir ou bien d’anticiper et d’agir.

images-13 Revenons au vieillissement de la population qui va nécessairement entrainer des modifications en profondeur des pays concernés : moins de dynamisme, moins d’actifs pour financer les retraites, des dépenses de santé qui explosent, un appauvrissement généralisé de la société qui devra supporter des coûts sociaux gigantesques et qui n’ont pas été anticipés par de nombreux gouvernements. Angela Merkel vient de nous rappeler fort justement que l’Europe représente 7% de la population mondiale, 25% de l’activité économique et 50% des dépenses sociales mondiales ! Pensez-vous que cela pourra continuer longtemps ? Nous allons donc assister à un déclin accéléré des pays vieux au profit des pays où la démographie est vigoureuse : Inde, Brésil, Indonésie et certains pays Africains.

Les pays où les retraités vont devenir majoritaires n’ont aucune chance de retrouver de 350px-Plus_de_65_ansla croissance économique, ils pourront juste espérer se maintenir à flot grâce à l’immigration qui peut devenir massive et chambouler l’équilibre sociologique. L’immigration peut être une réponse partielle au problème du vieillissement si elle consiste en une immigration choisie, c’est-à-dire une immigration des talents et des diplômes, mais non pas une immigration sauvage de pauvres bougres sans qualification. Il ne faut pas, en outre, oublier qu’un pays de vieux possède une très faible capacité d’intégration pour des populations nouvelles et de cultures totalement différentes.

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Tout cela est inscrit dans les chiffres, imparables, et il est trop tard pour éviter ce choc des générations. Nous pouvons seulement agir individuellement, envisager des choix de vie différents et acquérir de la souplesse d’esprit pour imaginer des solutions inédites. Les retraités de demain peuvent, par exemple, envisager d’aller vivre dans des pays à plus faible niveau de vie, où leur retraite sera de facto réévaluée. Anticiper permet de se préparer. Les plus jeunes, ne trouvant plus de débouchés dans les pays déclinants qui n’ont pas su se rénover, peuvent offrir leurs compétences dans les pays plus dynamiques en Asie, en Amérique du sud et même au Canada ou en Australie… heureusement le monde est grand ! Les pays qui n’ont pas su se réformer vont être doublement pénalisés: augmentation fulgurante du nombre de retraités et, dans le même temps, fuite des talents vers des pays plus prospères…

Toute période de changement nécessite une plus grande capacité d’adaptation, c’est à dire plus de souplesse, de flexibilité, de mobilité. Les nations ou les individus qui, aujourd’hui, ne sont pas prêts à revoir leurs façons de penser et d’agir, de fond en comble, risquent d’être emportés par la bourrasque à venir…

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