385 – DEVENIR PLUS HUMAIN

Posted on janvier 25, 2013 par

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Je suis toujours agacé lorsque j’entends revendiquer « les droits de l’homme », sans jamais entendre parler des « devoirs de l’homme ». Pendant longtemps, l’homme s’est cru une espèce à part, au centre du cosmos, et maîtresse du monde. 

Pendant des siècles, notre culture a théorisé une différence de nature entre l’homme et l’animal. Nous nous sommes attribués un rôle central, comme si le monde avait été crée pour nous et pour notre seul plaisir. Nous avons imaginé que toutes les espèces végétales et animales étaient à notre service. C’est dans ce contexte que nous avons asservi la nature et puisé sans vergogne dans toutes les réserves. Par étapes, nous avons tout d’abord apprivoisé les animaux, puis nous les avons domestiqués, nous les avons élevés pour notre consommation et aujourd’hui ils nous servent aussi de modèles expérimentaux au service de la science, y compris pour des expériences d’une grande cruauté. Pour la grande majorité d’entre nous, tout cela paraît tout à fait normal.

WATTANA

WATTANA

 Néanmoins, la science nous a infligés des blessures d’amour propre qui ne laissent maintenant aucun doute : l’homme n’est pas au centre de l’univers, il n’est qu’un maillon, qu’une partie d’un tout. Non seulement nous ne sommes que le fruit de l’évolution des espèces, mais encore il n’existe qu’une différence de degré entre l’homme et l’animal. Dès 1859 Darwin écrivit déjà cette phrase célèbre : « Nous devons conclure, quelque atteinte que puisse en ressentir notre orgueil, que nos ancêtres primitifs auraient, à bon droit, porté le nom de singe » Nous savons aujourd’hui que les singes sont nos cousins avec lesquels nous partageons 99% du même patrimoine génétique, grâce à un ancêtre commun qui vivait il y a 7 millions d’années et dont les restes d’un sujet furent trouvés sur les bords du lac Tchad et auquel il fut donné le nom de Tourmaï… 

images-5 Lorsque nous prenons conscience de l’extrême proximité des grands singes et des hommes, nous nous sentons honteux de les maltraiter dans les zoos ou les laboratoires. Selon les éthologues, les singes font preuve d’une incroyable complexité dans leurs relations sociales et sont doués de qualités morales. Ils ont la capacité de deviner les intentions, ils peuvent mentir intentionnellement, apprendre le langage des signes, ils ont le sens de la justice et de l’iniquité, ils respectent le tabou de l’inceste, ils ressentent la souffrance, au point « qu’il est très difficile aujourd’hui, de trouver une capacité humaine dont on puisse dire qu’elle est totalement absente du monde des grands singes », affirme le philosophe Dominique Lestel qui ajoute : « Le concept de propre de l’homme est un concept du passé».

Wattana est une femelle orang-outang qui séjourna dans différents zoos, en particulier au Jardin des Plantes à Paris et qui vit aujourd’hui dans un parc animalier néerlandais. Partout où elle passe, elle laisse un souvenir ému à ceux qui l’on connut, par ce qu’elle exprima émotionnellement, sentimentalement et intellectuellement. Wattana est capable de compassion et surtout elle a subjugué ses gardiens car elle apprit, seule, sans l’aide de personne, à faire des nœuds complexes, cette activité meublant ses journées, comme d’autres font du tricot !

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Ceux d’entre nous qui entretiennent une proximité avec des animaux de compagnie peuvent attester de leur intelligence et de leur affection, sans qu’il soit besoin de grands discours. Nous pouvons ainsi nous demander pourquoi les droits de l’homme ne s’applique pas aux animaux et comment il se fait que nous ne nous appliquons pas un devoir de respect vis à vis du monde animal. Pour beaucoup, l’abattage des animaux dans les abattoirs est d’une cruauté insoutenable sur laquelle nous jetons volontiers un voile hypocrite et lâche. Nous pouvons espérer une prise de conscience collective qui, un jour, considèrera cette pratique comme étant barbare, comme l’est aujourd’hui à nos yeux l’esclavage humain… L’utilisation des singes, comme animaux de laboratoires, sacrifiés après avoir été torturés, témoignent de la barbarie des hommes. 

Il y a des degrés dans l’échelle de la vie, il y a des degrés dans l’échelle des primates et il semble bien qu’il y ait aussi des degrés dans l’humain. Le premier des devoirs de l’homme est dans doute de devenir plus respectueux de la vie et, en conséquence, de devenir plus humain.