396 – SACREE BANALITE !

Posted on février 20, 2013 par

3


Capture d’écran 2013-02-19 à 11.09.26

Derrière ce titre se cache une nouvelle interrogation : celle de comprendre pourquoi, aujourd’hui, nous voulons TOUT banaliser. 

La banalisation a, pourtant, plusieurs effets secondaires. Tout d’abord elle atténue notre capacité d’émerveillement. Comme le dit très bien le petit Larousse, banaliser c’est «Supprimer les caractères distinctifs» et il définit la banalité comme une «platitude» … Bof ! Rien de bien merveilleux là-dedans. Pour s’émerveiller, en effet, il faut du «merveilleux» ! Et le merveilleux est tout le contraire d’une chose banale. Ensuite, elle «anesthésie» : nous perdons notre sens critique et nous acceptons des choses qui, peut-être, nous choquaient encore quelques temps avant.

Mais comment -et pourquoi- quelque chose devient-il banal ? Là aussi il peut y avoir plusieurs réponses…

Tout d’abord lorsque nous ne la remarquons plus. Elle fait tellement partie de notre quotidien, de nos habitudes, que nous n’y faisons plus attention. Le revers de cette «banalisation» est que, finalement, nous passons à côté de merveilles sans arrêt renouvelées sans les remarquer ! 

Nous ne voyons plus les gouttes de pluie qui brillent sur les carreaux comme des étoiles, ni le rayon de soleil qui vient se glisser par l’interstice du rideau donnant ainsi l’impression qu’une immense baguette magique traverse la pièce …

Mais nous ne voyons plus, non plus, les laideurs qui nous entourent. Bien sûr, cela peut nous protéger et nous permettre de mieux les supporter, mais cela peut aussi nous empêcher d’y remédier !

La deuxième réponse est plus insidieuse : les media, par exemple, peuvent aider à banaliser quelque chose. Ils nous en parlent tellement que nous finissons par la trouver normale ! Ainsi, par exemple, lors de certaines guerres, les images inondaient tellement les petits écrans que nous finissions par ne plus nous rendre compte des horreurs qu’elles véhiculaient. Nous en étions comme «détachés», elles devenaient virtuelles. En effet, quand chaque fois que nous allumons notre télévision nous voyons toujours les mêmes images, elles deviennent «banales» et, hop, nous ne les prenons plus en considération. 

La banalité rend invisible …

Il suffit d’aller dans les pays très pauvres, là où des centaines de mendiants jalonnent les rues. Lorsque nous débarquons, tous frais, de notre avion, le choc est terrible. Nous nous demandons même comment nous allons pouvoir supporter cela ! C’est très dur … Vous croisez les regards de ces pauvres gens et vous vous sentez mal : vous avez tout, ils n’ont rien. Vous n’êtes pas «habitués» à cela, aussi vous les «voyez». Les autres, ceux qui vivent là en permanence, n’y font même plus attention ! Ils ne les voient même plus … La pauvreté, la souffrance de ces gens sont «banalisées», donc gommées, acceptées : il n’y a plus rien à dire ni à faire, elles font partie du quotidien. Si vous parlez avec eux, si vous leur faites remarquer combien c’est difficile à supporter, ils ouvrent de grands yeux et vous disent «Mais c’est comme cela, ici, que veux-tu y faire ?» 

Comme si banaliser quelque chose le rendait beaucoup plus acceptable : c’est comme ça, point.

Prenons un autre exemple, celui de l’avortement. Aujourd’hui, pour la majorité des occidentaux, l’avortement est «normal». Il a perdu son caractère exceptionnel. Au début, ce droit à avorter était pour celles qui étaient dans des situations difficiles ou précaires : trop jeunes, problèmes de santé, difficultés familiales, etc …justifiaient un avortement. Et, croyez-moi, il était très mal vécu par la femme ! Souffrances et culpabilité entouraient souvent cet acte. Il n’était jamais anodin …

Puis, de fil en aiguille, les femmes ont avorté par confort : la grossesse tombait au mauvais moment, on ne voulait pas d’un enfant supplémentaire, voire même on avait changé d’idée ! Et, insidieusement, l’avortement a perdu de son véritable sens : celui d’arrêter une vie en gestation …

Il est devenu tellement banal, aujourd’hui, que les avortements sont de plus en plus nombreux à une époque où nous disposons de tout un arsenal de contraceptifs !

Logique ? Non … Simplement la banalisation nous a ôté la conscience du geste. Nous ne «supprimons» pas une vie, nous allons subir «une petite opération chirurgicale».

Il en est ainsi de bien des choses qui nous paraissent «normales», aujourd’hui, car banalisées. Je citerai Georges Clémenceau qui disait «La vérité d’aujourd’hui peut avoir été l’erreur d’hier». En effet, combien d’actes banalisés dans le passé nous semblent absolument horribles aujourd’hui ? Prenons l’exemple de l’écartèlement en place publique, l’esclavage, etc … Aujourd’hui, cela nous choque, comme seront choqués nos descendants face à certaines de nos pratiques «banales».

Peut-être trouveront-ils barbares que nous mangions de la viande, sans nous préoccuper qu’il s’agit d’être vivants ! Pour peu, cette pratique est banalisée depuis des siècles et des siècles. Mais, aujourd’hui, nous ajoutons en plus l’hypocrisie de ne plus voir la maltraitance et «l’abattage» des animaux … Et que penseront-ils de tant d’autres choses que nous pratiquons quotidiennement sans nous poser de questions : cela fait partie de la banalité de nos vies, c’est tout. Nous oublions qu’il n’en n’a pas toujours été ainsi et que bien des actes pratiqués aujourd’hui choqueraient profondément nos ancêtres … et qu’elles choqueront tout aussi profondément nos descendants !

 Donc, si nous reprenons la première définition : «Elle supprime les caractères distinctifs», nous nous apercevons que la banalisation permet de nous «endormir» et d’accepter parfois même ce qui nous semblait inacceptable quelques années plus tôt.

 Ainsi, nous ne remarquons plus qu’un avortement est un acte qui supprime une vie, nous ne remarquons plus que les pauvres dans la rue souffrent et ont faim, nous ne remarquons plus que tant de jeunes se droguent, nous ne remarquons plus qu’insidieusement les media nous guident -pas à pas- à accepter l’idée qu’euthanasier est un acte charitable … Mais où commencera la charité et où finira notre confort ? Dès que l’acte devient accepté par la loi, nous oublions d’y réfléchir. C’est ainsi qu’une décision, à la base charitable, peut entraîner tout un enchaînement de dérives …

A force de tout banaliser, nos consciences ne s’endorment-elles pas ? Au nom du progrès, ou du modernisme, ou de je ne sais quelle philosophie, ne perd-t’elle pas son sens des valeurs et son sens du sacré ?