481 – ILLUSIONS DE LA PRODUCTION DE MASSE

Posted on novembre 14, 2013 par

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L’économie française est à la peine, ce n’est un secret pour personne. Les raisons en sont multiples et pas seulement l’acharnement des gouvernements successifs à imposer une charge fiscale excessive.

 

Beaucoup d’entreprises françaises ont fait de lourdes fautes stratégiques en fabriquant des produits de qualité moyenne, vendus à bas prix. Cette production de masse s’est donc trouvé en concurrence avec les productions asiatiques qui ont obligé nombre d’entreprises françaises à entrer dans une guerre des prix meurtrière.

Ah! Les bons poulets bretons dont plus personne ne veut...

Ah! Les bons poulets bretons dont plus personne ne veut…

 L’exemple de l’industrie agroalimentaire bretonne illustre parfaitement mon propos. Cela fait des décennies que l’Europe subventionne une production de masse de basse qualité, en particulier dans les élevages de porcs et de volailles, sans compter l’énorme pollution des nappes phréatiques, engendrée par les lisiers. Les marges sont extrêmement faibles, ce qui rend toute variation des cours très pénalisante. Cette activité se retrouve en concurrence avec les élevages industriels Turque ou Chinois. Les bretons sont capables de « fabriquer » un poulet en 30 jours, sans goût et sans saveur, et dont on ne veut même plus dans les cantines scolaires ou chez Macdo !  Même le travailleur pakistanais de Dubaï ou de  Riyad commence à rechigner… Dans le même temps, les éleveurs qui font du poulet bio, avec label de qualité, élevé en plein air pendant 90 ou 120 jours, n’arrivent pas à satisfaire la demande…

La même remarque peut être faite en ce qui concerne l’agriculture, en particulier celle des fruits et légumes. La demande forte pour des produits de qualité, issus de l’agriculture biologique, n’arrive pas à être satisfaite. C’est ainsi que la très grande majorité des fruits et légumes bios, consommés en France et au goût incomparable, provient d’Italie. Comme il était facile de prévoir, de plus en plus de consommateurs ont pris conscience des risques pour la santé des produits issus de l’agriculture conventionnelle, bourrés de pesticides chimiques. Chacun sait aujourd’hui que l’augmentation vertigineuse du nombre de cancers et de maladies auto-immunes est due aux produits chimiques agricoles. Pourquoi l’agriculture française est-elle restée à la traîne de ce mouvement ?

Nous assistons au même phénomène dans de nombreux secteurs industriels. Prenons images-4l’exemple de l’industrie automobile. Les deux constructeurs français se sont orientés vers la production de masse, à bas prix, alors que tout un chacun rêve d’acheter une voiture ayant une marque prestigieuse. Le segment du bas de gamme laisse peu de marge et dès que le client a trois sous il va acheter une voiture plus valorisante, de marque étrangère. Dans ce domaine, l’image de marque est primordiale. Or cette image se cultive sur la durée. Sans avoir nécessairement de meilleures voitures, les Allemands ont réussi à avoir une meilleure image de marque qui leur permet de vendre plus cher.

L’autre grave erreur de l’industrie automobile française est aussi de l’ordre du marketing. La profusion de modèles nouveaux qui se ressemblent plus ou moins ne facilite pas la communication. Je met au défi qui que ce soit d’énumérer les différents modèles de Peugeot-Citroën ! Ils changent sans cesse, ce qui fait que la marque ne peut capitaliser dans la durée sur sa communication publicitaire. Au contraire, les marques allemandes gardent très longtemps leurs modèles qui évoluent d’années en années mais conservent le même nom. Tout le monde connaît la Polo ou la Golf en Europe, mais qui connaît la 3008 hors des frontières ?

 Même remarque en ce qui concerne le tourisme. Cela ne rapporte rien d’attirer le campeur néerlandais qui ne dépense pas un kopeck en France et arrive avec son coffre plein de conserves made in Netherlands ! Ce qu’il faut vendre, c’est le savoir faire français, son art de vivre, son patrimoine culturel, sa gastronomie, ses hôtels de charme, ses provinces si belles. Le tourisme de masse, bon marché, porte en lui, à terme, la mort du tourisme.

"Avec chaque achat d'un porte-bonheur, vous obtenez une carte de crédit gratuite bénie par sa sainteté le directeur commercial".

« Avec chaque achat d’un porte-bonheur, vous obtenez une carte de crédit gratuite bénie par sa sainteté le directeur commercial ».

 A l’appui de ce que j’avance, je peux citer l’industrie du luxe qui est la seule industrie française qui résiste à la crise et qui continue à s’exporter. Cette industrie a misé sur la qualité, sur le savoir faire, sur l’artisanat d’exception. Elle a su séduire parce qu’elle a su échapper à la tentation de la production de masse et aux prix bradés. Toute la stratégie a consisté à promouvoir des marques de prestige qui font rêver mais que tout le monde ne peut s’offrir.

Si l’industrie française veut se redresser, elle doit se modéliser sur ceux qui ont rencontré le succès. Le succès du vin français à l’étranger est dû aux grands crus de Bordeaux et de Bourgogne, vendus chers, et non pas à la piquette du Poitou à 3 euros la bouteille !… C’est tout le marketing du made in France qui est à revoir…

Posted in: Economie