553 – DU PAIN, DES JEUX, ET DU SEXE…

Posted on février 23, 2015 par

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L’occident mange trop, on peut même dire qu’il est gavé. L’Occident s’amuse, entre le foot, la télévision, les jeux vidéo et les loteries, au point qu’il finit par s’ennuyer. Le pain et les jeux ne suffisent plus au bonheur des peuples, il faut aussi plus de sexe, le troisième larron qui met enfin du piment dans la vie qui devient si lourde à porter…Telle est la trilogie du bonheur.

Il fut un temps austère où le sexe se pratiquait a minima, en toute discrétion et sans revendication. Aujourd’hui, pour être de son temps, de 7 à 77ans, il faut du sex-appeal. Dorénavant chacun clame son droit à la jouissance et à l’orgasme, et il convient que cela se sache pour montrer à la fois notre modernité et notre plein épanouissement.

Le sexe est devenu le nouveau repère et jouir passe désormais avant la liberté ou l’égalité. Plus exactement, la liberté c’est d’abord la liberté sexuelle. Le sexe se revendique une liberté tout azimut, « sans tabou », comme l’on dit, c’est-à-dire sans limite. Les nouveaux héros sont les grands baiseurs dont on nous vante les mérites et les performances. Il y a peu la presse s’est délectée des écrits du marquis de Sade dont la vie nous est proposée comme modèle d’homme libre, de plein pied avec la modernité, un exemple à suivre.

4128H2NKD0L._AA160_ Au début du millénaire Catherine Millet, nymphomane toujours insatisfaite, a décrit abondamment ses ébats dans un livre a succès dénommé « La vie sexuelle de Catherine M » qui lui valu d’être invitée sur tous les plateaux de télévision de France et de Navarre, espérant glaner quelques croustillantes anecdotes. Elle est ainsi sorti de l’anonymat et est devenue la porte drapeau de toute une génération de femmes qui se disent libérées, à moins qu’elles ne soient enchaînées.

L’on se délecte aujourd’hui des frasques de DSK, surtout lorsqu’elles frisent le sordide et le vulgaire. Nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui le présentent comme un modèle de virilité tant ses pulsions sexuelles et son appétit font fantasmer. Une Sexe Machine, héros de Basic Instinct, mâle en rut doué de superpouvoirs grâce à des taux de testostérone hors normes. Mais personne n’est là pour dire combien ces êtres, soit disant libérés, sont en fait des malades, prisonniers de leurs pulsions et de leurs perversités. Leurs névroses sont métamorphosées en atout essentiel pour atteindre le bonheur. Mais il est de l’appétit sexuel comme de l’appétit tout court, on y distingue les gourmets et les goujats.

La Saint Valentin, que chacun est désormais invité à fêter comme il se doit, n’est plus la fête des amoureux, mais il est devenu la fête du sexe. Le repas aux chandelles, ouverture vers la sensualité, c’est devenu ringard, vieux jeu, cul-cul. Il faut aller droit au but, pas besoin de prendre le chemin des écoliers, nous ne sommes plus des enfants de chœurs, nous voulons l’orgasme, tout de suite et vite. L’amour ? C’est trop embarrassant, trop impliquant, ça fait trainer les choses et cela peut créer des liens. Ce qui compte c’est baiser, c’est jouir…

Unknown Cette année, ce n’est pas un bouquet de fleur qu’il fallait offrir aux « femmes libérées » mais le nouveau Womanizer, le sex-toy pour femme, le « 7ième ciel assuré » titre la publicité qui précise : « le seul stimulateur clitoridien au monde à vous garantir un orgasme ». Une bombe à orgasme qui vous suce le clitoris! Satisfaite ou remboursée ? Il est vrai que les « Cinquante nuances de Grey » ont ouvert les appétits 🙂

Internet bien sûr n’est pas en reste, à tout Seigneur, tout honneur ! Les sites de rencontres qui ont du succès ne proposent plus l’âme sœur, mais un cul à rencontrer, vite fait bien fait, sans laisser de trace. Si en rentrant du boulot vous voulez vous offrir une petite gâterie, une application vous renseignera aussitôt qui – dans le quartier- a une heure à partager avec vous, en toute intimité et sans préliminaires. Si vous étiez seul pour la Saint Valentin vous auriez pu profiter de la drague en ligne proposée par le site « happn » qui géolocalise votre « cible potentielle» (comme le mot est romantique) dans un rayon de 500 mètres, autant dire à portée de main ou à portée de cul.

Notre culture nous offre désormais du sexe à la pelle. Nous savons tous, et depuis longtemps, que le sexe domine le monde au sens propre comme au sens figuré. Mais aujourd’hui le sexe est devenu un étendard, il faut être sexy ou ne pas être ! Dès leur plus jeune âge les enfants et les adolescents vivent dans un univers hypersexualisé, au cinéma, à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans la publicité, le sexe est omniprésent, non plus seulement suggéré, mais proposé comme une marchandise à consommer et à jeter après usage. Il faut s’attarder devant les magasins de vêtements pour jeune fille pour prendre conscience que leur modèle vestimentaire ressemble plus à celui d’une prostituée qui se veut aguichante qu’à celui d’une collégienne réservée.

Si on vous donne le choix entre l'argent et le sex appeal, prenez l'argent. En vieillissant l'argent deviendra votre sex appeal.

Si on vous donne le choix entre l’argent et le sex appeal, prenez l’argent. En vieillissant l’argent deviendra votre sex appeal.

Il est devenu inconvenant de mettre en avant quelconque jugement moral. Le sexe est roi et il s’adjuge tous les droits, pourvu qu’il satisfasse notre plaisir personnel. Il ne faut pas dire que Sade était un pervers ou que Gauguin était un manipulateur, un destructeur érotomane. Il faut dire que l’un et l’autre étaient des jouisseurs épanouis et avaient atteints le point culminant dans l’art du maniement du sexe, suprême talent…

Il faut être de son temps et savoir s’amuser, c’est-à-dire boire, bouffer, baiser et… si possible jouir, sinon on a raté sa vie. Qu’y a-t-il d’autre à proposer quand on ne croit plus à rien.  C’est bien connu, lorsque le danger est proche, que l’angoisse monte, que l’on risque de tout perdre – les soldats vous le diront- il ne reste que l’essentiel, l’instinct de survie éminemment aphrodisiaque. Pour éviter de sombrer dans la folie, le seul antidote à la peur, la seule vérité, alors que tout est mensonge, la jouissance sexuelle reste le dernier rempart, l’ultime illusion pour sauver sa peau.

Le ciel est vide, sauf le septième naturellement qui est très encombré. Le viagra y est la nouvelle hostie. Seul l’orgasme est notre délivrance, notre planche de salut, notre raison de vivre pour échapper au néant : jouissons !

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