589 – POUR UNE POLITIQUE DE LA FONCTION PUBLIQUE

Posted on novembre 2, 2015 par

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La Fonction Publique, c’est le bras armé de l’Etat, cette administration pyramidale et centralisée qui juge et décide de tout. Ce sont ces myriades de fonctionnaires qui sont censés être les rouages qui facilitent le fonctionnement de l’Etat dans son ensemble, ce sont aussi ces hauts fonctionnaires qui administrent et dirigent l’ensemble, comme dans une symphonie. Mais pour que la symphonie soit belle et harmonieuse, il faudrait des chefs d’orchestre exigeants et des exécutants à la fois zélés et doués.

Comme chacun sait, la caractéristique essentielle de l’administration publique des pays du sud de l’Europe, c’est le trop plein d’abondance. Les progrès vertigineux de l’informatique et l’accroissement de la vitesse de transfert de l’information qui, partout ailleurs, ont permis aux entreprises de mieux s’organiser, d’être plus efficaces et plus performantes avec beaucoup moins d’employés, n’ont pas eu d’effets sur ces administrations dont le fonctionnement demeure ce qu’il était au 19ème siècle. Lorsqu’une administration ne parvient pas à effectuer correctement son travail, comme nous l’avons vu avec l’administration judiciaire (chronique 588), il ne lui vient pas à l’idée qu’il peut s’agir d’un problème de mauvaise organisation : la réponse s’oriente toujours vers un soi-disant manque de personnel…

images-3 Cette hypertrophie de la fonction publique fait que les différents services interfèrent les uns avec les autres et que, finalement, elle est moins efficace que dans les pays où l’administration est plus légère. C’est ainsi qu’en France le nombre de fonctionnaires ne cesse d’augmenter, même en 2015, ce qui handicape d’autant la compétitivité française. On dénombre 5,6 millions de fonctionnaires, soit 21% de la population active, dont les salaires absorbent le tiers du budget de l’Etat ! A titre de comparaison, en Allemagne, les fonctionnaires ne représentent que 15% de la population active et beaucoup d’entre eux ne bénéficient pas des avantages extravagants de leurs collègues français. En particulier, nombre de fonctionnaires Allemands n’ont pas le droit de grève et sont sous statut privé, c’est-à-dire qu’ils peuvent être licenciés. L’immunité dont jouissent les fonctionnaires français constitue un privilège dont ils usent et abusent. Ils sont en particulier hors d’atteinte de toute sanction, y compris pour faute professionnelle grave.

Un fonctionnaire peut quitter sa fonction quelques années et être assuré de retrouver son poste ou un poste équivalent à son retour. De ce fait, la fonction publique est le principal vivier des hommes et des femmes politiques. Ils ont tout loisir de militer pendant leurs heures de travail et peuvent même être « mis à disposition », ce qui signifie qu’ils continuent à être payé pour faire de la politique. La conséquence de tout cela, c’est que les députés sont majoritairement des fonctionnaires et surtout des enseignants qui n’ont aucune connaissance pour prendre de sages décisions dans le domaine économique. Il s’agit d’une véritable distorsion démocratique qui avantage indûment une profession qui fait ainsi voter les lois qui avantagent la corporation.

L’absentéisme est une autre caractéristique de la fonction publique. Lescapture-d_c3a9cran-2012-11-16-c3a0-09-33-44 chiffres 2014 sont tout simplement ahurissants : 42% des fonctionnaires ont été malades au moins une fois, pour une durée moyenne totale de 37 jours d’absence ! Malgré ces diverses carences, les fonctionnaires jouissent encore d’avantages considérables au niveau de la retraite. Pour remédier à toutes ces dérives inadmissibles, je propose de faire un contrat de travail identique pour la fonction publique et pour le privé, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Le cloisonnement artificiel et injustifié entre le public et le privé n’a pas lieu d’être. Les citoyens doivent pouvoir travailler pour l’un ou l’autre à différentes étapes de leur vie, en fonction des offres d’emploi. Aucun emploi ne devrait être garantie à vie et toute disparité doit disparaître. Ce système plus ouvert et plus flexible aurait le mérite d’introduire plus de stimulant et d’émulation dans les carrières professionnelles.

La fonction publique est chapeautée par un corps de haut-fonctionnaires issus en général de la fameuse Ecole Nationale d’Administration (ENA), créée par le Général de Gaulle, et qui attirent parmi les citoyens les mieux formés et les plus brillants. Néanmoins, les « Enarques », qui sont issus de cette école prestigieuse, sont l’objet d’une méfiance généralisée de la part de l’opinion publique et deviennent souvent les boucs émissaires qui seraient responsables des disfonctionnements et surtout des lourdeurs tatillonnes de l’administration.

Je dirais que les Enarques souffrent plus simplement d’un mal très français qui est le manque de pragmatisme. Les élites intellectuelles françaises sont souvent de brillants théoriciens, plus à l’aise dans le monde des idées que dans la réalité du terrain. Ce grief vient d’ailleurs d’être fait aux hommes politiques de tout pays par le pape François qui vient d’écrire cette mise en garde : « La réalité est supérieure à l’idée. Il y a des hommes politiques, y compris des dirigeants religieux, qui se demandent pourquoi le peuple ne les comprend pas, ni ne les suit. C’est probablement parce qu’ils se sont installés dans le règne de la pure idée et ont réduit la politique, ou la foi, à la rhétorique ». Il aurait pu ajouter qu’une idée déconnectée de la réalité, c’est de l’idéologie.

Il convient donc de réformer l’ENA pour l’éloigner de la théorie et la faire descendre dans le domaine pratique. Les élèves doivent quitter la moquette des cabinets préfectoraux pour rencontrer les citoyens et les écouter. Ils doivent se retrousser les manches et se mettre les mains dans le cambouis, côtoyer la misère, la fatigue, le sentiment d’abandon qui parcoure le peuple, toutes ces choses invisibles que les statistiques ne détectent pas. Les élèves de l’ENA doivent faire des stages ouvriers, comme le font les futurs ingénieurs, au lieu de brasser des idées et de s’exercer à la langue de bois. Ils reviendront avec un esprit critique, ils remettront en cause nombre d’idées reçues et de décisions malvenues.

images-2 C’est cela le pragmatisme. C’est ce qui manque tant à ceux qui gouvernent la France. Depuis le sommet de l’Etat, jusqu’au plus humble des secrétaires d’Etat, les élus de la République sont tous des hauts-fonctionnaires, formés aux théories que personne ne s’est jamais donné la peine de soumettre à la dure épreuve de la réalité. Aucun d’entre eux n’a appris à rechercher l’efficacité et la performance, ils ne savent pas créer de la richesse. Quand ils manquent d’argent, ils ne savent qu’augmenter les impôts car cela leur semble plus facile que de faire des économies. Seuls les citoyens ordinaires doivent faire des économies. Malgré ces performances déplorables, François Hollande vient de signer un accord avec la Grèce au terme duquel la France s’engage à l’aider à réformer son administration ! La France n’a pas peur du ridicule et la Grèce ne risque pas de sortir de l’ornière !…

Il faudra des années pour changer cette mentalité et pour cela la France devra changer d’élus, mais je vois mal d’où vont venir ceux qui partagent les idées qui précèdent !…

Notre série de chroniques en faveur d’une nouvelle politique n’est pas terminée. Faites là connaître autour de vous et restez à l’écoute !

La semaine prochaine nous proposerons « Une Politique économique » cohérente.

 

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