593 – POUR UNE POLITIQUE EUROPEENNE

Posted on novembre 30, 2015 par

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Il y a 30 ans, l’Europe apparaissait non seulement comme une nécessité, elle était une évidence. Ma génération a vécu avec ce projet dans lequel elle a puisé sa force. Aujourd’hui, le doute nous envahit au sujet d’un avenir que nous avions rêvé radieux. Chacun sent intuitivement, au plus profond de lui-même, que le projet européen a atteint son point de bascule, au moment où il doit surmonter des défis immenses auxquels il ne parvient pas à répondre : vagues migratoires sans précédent, crise économique sévère, inégalités croissantes, bureaucratie brouillonne, absence de politique étrangère commune et de force armée, manque de valeurs fondatrices et de vision d’avenir et, enfin, cruels déficits démocratiques. Dans ce contexte alarmiste, l’Europe va-t-elle survivre ou au contraire sombrer dans un profond déclin qui sera immanquablement accompagné d’un retour à des guerres fratricides ? Ce qui est sûr, c’est que le statu quo conduit à la chute prochaine. Il existe des remèdes d’urgence, mais ils sont impératifs et le compte à rebours est commencé ! Il est minuit moins cinq… et ce n’est pas l’heure de dormir…

Autant le dire tout de suite, ce qui manque avant tout à l’Europe, c’est un chef d’orchestre, un gouvernement, bref un chef ! Il n’y a pas un groupe humain, pas un club, pas une simple association de quartier, sans un responsable. « L’Europe est un canard sans tête » écrivions-nous dans la chronique-libre 147, elle court en tout sens, sans but. Si le président américain ou le président chinois veulent contacter l’Europe, où vont-ils trouver le numéro de téléphone du responsable ? Dans ce contexte, être européen, c’est une appellation d’origine, un qualificatif vague, sans fondement. Cela concerne un individu sans droit, qui n’est soumis à aucune loi, à aucun devoir particulier et qui n’obéit à aucun gouvernement. Être citoyen européen n’a pas plus de sens que d’être citoyen du monde, autrement dit c’est un qualificatif creux.

Pour sauver l’Europe voici ce que je propose : Un gouvernement européen serait nommé par le parlement européen, un gouvernement d’une dizaine de membres, issus des principaux partis représentés au parlement, au prorata de leur poids politique respectif. Il s’agirait d’un gouvernement fédéral qui aurait à traiter des questions régaliennes essentielles : force armée, justice fédérale, affaires étrangères, fiscalité européenne, affaires règlementaires (santé, environnement…). Ce gouvernement pourrait nommer l’un d’entre eux président pour une période déterminée. Cette présidence pourrait être tournante.

Les Etats constituants cette fédération européenne, ces Etats Unis d’Europe (EUE) conserveront leurs assemblées et leurs gouvernements qui auront la charge de l’éducation, de la culture, de la justice, de la police nationale, des infrastructures et de tous les problèmes qui peuvent être résolus localement. Ils prélèveront un impôt national en même temps qu’ils seront chargés de prélever un impôt fédéral qui sera transmis à Bruxelles. Evidemment, ces entités nationales auront dû abandonner un certain nombre de prérogatives importantes, désormais de la compétence de Bruxelles.

Ainsi doté, l’Europe pourra parler d’une seule voix, ce qui lui permettra d’être écoutée et d’être entendue, ce qui n’est pas le cas actuellement. Il ne suffit pas encore d’être entendue, l’Europe doit être sûre d’avoir été bien comprise, et pour cela elle doit se doter d’une force armée puissante. Comme l’écrivait Machiavel, « il y a deux manières de combattre : l’une avec les lois, l’autre avec la force et l’une sans l’autre n’est pas durable ». Il est évident qu’une Europe sans armée n’est pas durable. Pour compléter votre réflexion sur ce sujet, je me permets de vous orienter vers le lien de la chronique-libre 561 intitulée « L’Europe ou la faiblesse des lâches » qui reprenait un texte écrit en 1994, lorsque l’Europe est resté inerte lors de l’épuration ethnique dans l’ex-Yougoslavie. Cette date symbole signe le début du déclin inexorable du projet européen depuis lors. Aujourd’hui, l’Europe demeure impuissante face au danger mortel de l’Etat Islamique.

Ce projet de Fédération Européenne peut ne pas recevoir l’assentiment de tous les pays de l’Union Européenne. Il ne faut pas hésiter alors à réaliser une fédération restreinte, constituée d’un noyau dur de nations déterminées qui pourraient se regrouper autour de l’Allemagne qui est le seul pays ayant actuellement la légitimité pour jouer ce rôle fédérateur. L’idéal serait bien sûr que la France, malgré son état de grande faiblesse, puisse s’y joindre. On pourrait s’imaginer, dans une perspective optimiste, que ce noyau dur soit constitué des six pays fondateurs de l’Europe de 1957. La Confédération Helvétique s’est constituée de la sorte autour de quelques cantons dénommés « primitifs » pour avoir été les premiers à s’unir le 15 Juillet 1291. (Notre chronique 464 « Le modèle Suisse, pour l’Europe de demain »). De la même manière, la naissance des Etats-Unis d’Amérique s’est faite en 1776 autour de quelques Etats pionniers de la côte Est, rejoints plus tard par d’autres Etats, et s’est parachevée en 1959 lorsque l’Alaska s’est joint à l’Union. Les fédérations ont donc la vie longue !

Dans ce contexte, la Grande-Bretagne devrait sortir de l’Union car elle ne voudra aliéner aucune de ses prérogatives. L’Allemagne pourrait hésiter à se retrouver seule avec la France, sauf si celle-ci finissait par choisir le pragmatisme en abandonnant son penchant idéologique et ses tentations laxistes.

images-2Il ne fait pas de doute que si cette fédération européenne ne voit pas le jour à brève échéance, l’Union Européenne se délitera. Il y a trop de forces centrifuges à l’œuvre pour que l’Union puisse rester en l’état. Les conséquences inéluctables seront un appauvrissement des nations les plus fragiles, surtout dans l’Europe du Sud, une recrudescence des rivalités et des désirs hégémoniques conduisant à de nouvelles guerres. Avec une migration massive, non contrôlée, l’éclatement de l’Union serait accompagné de l’éclatement des nations qui la constituent et déboucherait sur des guerres civiles, autrement dit l’apocalypse !… Faut-il rappeler qu’il est minuit moins cinq ?…

Cette chronique achève notre série de 12 chroniques au cours desquelles nous avons posé les bases d’une autre politique pour les nations européennes en déclin, en particulier pour la France qui ne parvient pas à regarder les réalités du monde en face. Cette dernière chronique concerne l’Europe, seule chance de salut pour rebondir et envisager l’avenir. L’Europe doit réfléchir à ses valeurs fondamentales pour asseoir sa fondation. Cela sera l’objet de notre prochaine chronique-libre, intitulée : « PLAIDOYER POUR LES VALEURS EUROPEENNES. »

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