600 – LES INSOUMIS

Posted on janvier 18, 2016 par

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« Penser par soi-même », tel pourrait être le slogan que chaque semaine nous tentons de partager avec vous. Il serait tellement plus facile de suivre l’opinion commune, de faire confiance aux discours des gouvernants, de croire ce que disent les media, de suivre les mots d’ordre et les pensées toutes faites.

Au contraire, nous aimons contempler le monde et l’espèce humaine, puis réfléchir par nous-mêmes et porter notre propre jugement, en dehors de la pensée dominante. Nous posons comme principe que lorsque tout le monde pense la même chose, plus personne ne pense ! Nous sommes en quelque sorte des insoumis en chambre et, tant qu’il restera un peu de liberté d’expression, nous ne prenons aucun risque et donc nous avons peu de mérite !

Nous nourrissons de l’admiration vis à vis des vrais insoumis, de ceux qui osent s’élever, à leurs risques et périls, pacifiquement mais fermement, contre l’autorité abusive, contre des ordres iniques, les lois qui bafouent la justice, ou les mœurs qui heurtent la morale. Le premier et le plus célèbre insoumis de l’époque historique est certainement Jésus-Christ qui s’est élevé contre l’hypocrisie des autorités ecclésiastiques juives de l’époque. Il reprochait aux rabbins d’être plus préoccupés par les rites que par la vraie foi et d’interpréter la religion plus à la lettre que selon l’esprit. Depuis que le monde est monde, les représentants de l’autorité ne supportent pas les critiques et, puisqu’ils ont la force, ils croient qu’ils ont le droit avec eux. Jésus le paya de sa vie car les rabbins se crurent menacés…

L’histoire fourmille d’insoumis qui se sont élevés contre l’ordre établi, beaucoup furent exécutés. Dans l’époque moderne, des insoumis célèbres n’ont pas tous subi le même sort, mais firent néanmoins preuve d’un grand courage pour oser affronter une autorité puissante. Il faut de la détermination et une force peu commune pour supporter les critiques virulentes, les attaques personnelles, les humiliations permanentes, les enfermements, parfois la torture et toujours les menaces provenant aussi bien de l’autorité qui se sent offensée que des media ou même de ses concitoyens.

Les insoumis célèbres, ceux que l’on vénère aujourd’hui, sont généralement ceux qui ont « réussi », d’une manière ou d’une autre. Des milliers d’autres sont restés des héros inconnus et anonymes, supprimés, exécutés, martyrisés, morts pour leurs idées, pour leur idéal, pour les valeurs qu’ils voulaient défendre. Notre pensée va vers ces milliers et plus probablement ces millions d’anonymes qui se sont sacrifiés au nom de la vérité, de la liberté ou de quel qu’autre valeur, bien que nous suspections que, trop souvent, leur sacrifice fut vain. On peut s’interroger sur le poids respectif entre l’idée que nous voulons défendre et la mort. Lequel pèse le plus lourd ? Personne ne peut répondre à notre place car chacun d’entre nous possède sa propre limite à la compromission, d’une part, et à sa capacité de supporter l’exclusion d’autre part. Tout le monde n’est pas prêt à mourir pour ses idées !

Chacun d’entre vous peut faire sa propre liste d’insoumis préférés, c’est aussi une question d’échelle de valeur. Au Panthéon moderne, nous proposons Gandhi, Boris Pasternak, Luther King, Charles de Gaulle, Alexandre Soljenitsyne, Mandela, Lech Walesa, Edward Snowden etc… Plus tous ceux que nous avons oublié… Mais que dire de ceux qui ont refusé d’aller à la guerre, de ceux qui furent fusillés durant la première guerre mondiale après avoir refusé de continuer à être de la chair à canon, lors de ce massacre de masse, organisé par l’Etat-major ? Etaient-ils des insoumis ou des traitres ? Cela dépend des perspectives depuis lesquelles on les regarde. De même, qui peut juger de l’hypertrophie de l’ego qui motive certains insoumis ? Au lieu d’être des héros, ils ne feraient que servir leur Moi. Il est une belle phrase de Soljenitsyne qui résume bien ce dilemme : « La ligne de partage du bien et du mal ne passe pas entre les pays ni entre les partis, mais au cœur de chaque être humain ».

Il est à noter par ailleurs que le cas Edward Snowden est sans doute encore trop récent pour faire l’unanimité, d’autant que sa situation n’est pas tranchée. Nous regrettons qu’aucun pays européen n’ait eu le courage de lui accorder l’asile politique, seule la Suisse est entré en matière. Si Snowden avait été russe et avait dénoncé les abus de pouvoir de Poutine, il serait encensé par les media et accueilli partout en héros ! Mais Snowden est américain et a eu le courage de dénoncer, preuves à l’appui, les abus de pouvoir de l’administration américaine. Il s’est mis en travers du chemin des maîtres du monde, c’est donc impardonnable ! L’Europe, une fois de plus, n’a pas osé s’opposer à son suzerain…

Avec l’affaire Snowden, nous abordons aussi ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler des « lanceurs d’alerte » qui ne sont pas tous des insoumis, loin s’en faut. L’insoumis prend un important risque personnel, « gratuitement », si l’on peut dire, c’est-à-dire sans intérêt pour lui. Mais la limite est floue entre lanceur d’alerte et délateur. On peut dénoncer son voisin qui travaille au noir, on peut dénoncer son entreprise qui soustrait certaines sommes à l’administration fiscale, c’est de la basse délation.

Le gouvernement français, qui n’est plus à une bassesse près, incite ses administrés à la délation et envisage une rétribution. C’était une pratique ignoble qui avait cours en Union Soviétique et que la France a aussi connu à la Libération. Des voisins jaloux, envieux ou haineux pourront vous dénoncer abusivement au fisc, témoigner de façon mensongère, salir votre réputation et vous obliger à vous défendre. La haine est devenu un outil de gouvernement !

Mais la France n’a plus d’insoumis pour se dresser devant pareilles pratiques, elle rase les murs et subit sans broncher, une à une, les pertes de ses libertés. Pas un déplacement, pas un écrit, pas une parole, pas un mouvement d’argent, pas un achat, pas une rencontre, pas un manifeste que vous avez signé, pas un engagement politique ou syndical qui ne soit enregistré et qui pourrait un jour servir contre vous. A la télévision et à la radio, l’on vous dit ce que vous devez penser, pour qui vous devez voter ou ne pas voter. Heureusement, il n’est jamais trop tard pour penser par soi-même…