603 – IRREDUCTIBLE ANGLETERRE

Posted on février 8, 2016 par

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  • Une nouvelle fois l’Angleterre veut faire preuve d’originalité et demande une place à part en Europe, elle revendique un statut particulier et exige une modification des traités européens, sinon elle menace de quitter la Communauté Européenne. C’est ce que les media ont résumé sous le terme de « Brexit ».

L’Angleterre est une île et nous le fait savoir. Non seulement elle roule à gauche mais elle ne veut jamais se plier à aucune loi commune qui lui serait dictée par ce qu’elle dénomme avec mépris « Le Continent ». L’actualité nous offre la démonstration de ce que fut toujours sa diplomatie : le chantage.

Au XVIème siècle déjà, le roi Henry VIII exerça un des plus célèbres actes de chantage qui aboutit à sa rupture avec la papauté de Rome. Marié avec Catherine d’Aragon qui ne lui avait pas donné de fils, il voulut divorcer pour se remarier avec Anne Boleyn. Se heurtant au refus de Rome d’annuler son mariage, il menaça le pape de faire sécession et de couper les ponts avec l’Eglise Catholique romaine. N’obtenant pas satisfaction malgré son chantage, sous l’impulsion du chancelier Thomas Cromwell, il se fit nommer chef de l’église catholique anglaise et prononça donc lui-même l’annulation de son mariage. Son union avec Anne Boleyn fût aussitôt célébrée ce qui lui valut l’excommunication et ne l’empêcha pas de faire décapiter la nouvelle reine quelques années plus tard, car tel était « son bon plaisir ». Ainsi naquit l’Eglise Anglicane qui ne s’en porte pas plus mal aujourd’hui!

Cinq siècles plus tard, l’Angleterre se trouve à nouveau en désaccord, non pas avec Rome, mais avec le Traité de Rome et avec Bruxelles. Le premier ministre David Cameron ayant pris le rôle du sinistre Cromwell. Il faut rappeler qu’en 1957, les Anglais ne furent pas associés aux 6 membres fondateurs de l’Europe, car ces derniers connaissaient trop bien le caractère irréductible de ce peuple. L’Angleterre rejoignit cependant l’Union en 1973 car elle craignait que cette exclusion lui soit préjudiciable. Cela fait 40 ans que le Royaume Uni met en œuvre tout son poids pour éviter l’intégration européenne et rechigne à chaque fois qu’il faut voter des mesures contraignantes pour les pays membres.

- "Il ne bougera pas. - Continuons de pousser."

– « Il ne bougera pas.
– Continuons de pousser. »

 C’est ainsi que l’Angleterre, en maniant le chantage à diverses reprises, a déjà obtenu un certain nombre de dérogations, en particulier au niveau du financement de l’Union. Ce ne fut donc pas un étonnement lorsque la Grande Bretagne refusa d’adhérer à l’Euro, nouvelle monnaie européenne. Elle a mis un pied en Europe pour mieux saboter le projet européen, en conformité avec sa stratégie séculaire, et freiner de tout son poids pour éviter que la réglementation européenne n’empiète sur ses prérogatives. Disons-le tout net : avec l’Angleterre l’Europe est impossible !

La tentation pourrait donc être grande de ne pas donner suite aux demandes anglaises et ainsi de laisser les Anglais se replier sur leur île. Mais la « realpolitik » nous oblige à considérer d’autres paramètres qui plaident pour que l’Angleterre reste néanmoins dans la communauté européenne. Tout d’abord l’Angleterre est un pays libéral, ce qui fait contrepoids à l’idéologie socialiste en vogue en France et dans d’autres pays du sud de l’Europe, ce qui mine leur économie. Le rêve français, par exemple, d’établir une fiscalité homogène et particulièrement répressive, pour l’ensemble des pays européens, se heurte au refus Anglais, et c’est heureux sinon les citoyens seraient laminés au profit d’un Etat obèse et d’une bureaucratie toute puissante.

Un autre argument en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union est le poids trop prépondérant que prendraient les pays latins menés par une France socialisante et étatiste. L’Allemagne redoute, par-dessus tout, de se retrouver seule face à une France dispendieuse et en déclin. L’Allemagne a besoin du contrepoids Anglais pour pouvoir contenir une France affaiblie, mal gouvernée et incapable de se réformer, ni même de tenir un budget. David Cameron a parfaitement analysé cette situation et sait qu’il peut exiger beaucoup car l’Allemagne est prête à céder sur presque toutes ses exigences.

Il ne faut pas négliger non plus le fait que l’Europe est affaiblie, d’une part à cause de son économie anémiée et, d’autre part, par son incapacité à prendre des mesures cohérentes face à l’immigration de masse dont elle est l’objet. L’Europe vacille sur ses bases et la sortie de l’Angleterre risquerait d’être perçue comme la fin de l’Union et son éclatement pourrait suivre rapidement.

Cette situation est tragique car elle est sans issue favorable. Une Europe forte et fédérale que nous appelons de tous nos vœux n’est possible, à terme, que sans l’Angleterre, mais la survie de l’Union Européenne n’est possible, actuellement, qu’avec l’Angleterre. Elle gardera un pied dedans et un pied dehors afin de conserver les avantage de l’Europe et de refuser les inconvénients !…

Par conséquent nous prédisons que l’Angleterre restera dans l’Union, d’une part parce qu’elle est pragmatique et qu’elle sait où est son intérêt, d’autre part parce qu’elle sait aussi que son chantage sera payant face à une Allemagne qui ne veut pas se trouver isolée. Un référendum est prévu cette année. Nous pouvons en conclure avec tristesse que l’Europe restera durablement faible et que l’Angleterre mérite toujours d’être qualifiée de «Perfide Albion ».

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