604 – LE CORPS DE LA FEMME

Posted on février 15, 2016 par

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L’arrivée massive d’immigrés d’origine musulmane en Europe pose le problème du choc des cultures. Les risques d’incompréhension mutuelle sont nombreux, en particulier sur le plan de la religion, fondement culturel des civilisations. Mais l’image de la femme dans les deux cultures peut conduire à des débordements graves, comme ce qui s’est passé au début de l’année à Cologne.

Il serait naïf de croire que l’intégration de centaines de milliers de réfugiés, en provenance du Moyen-Orient ou d’Afrique du nord, pourrait se faire aussi naturellement que l’insertion des populations du sud de l’Europe lorsqu’elles ont migré vers le nord, aux alentours des années 70 ! Les populations européennes, malgré une diversité de langues et une diversité économique, partagent les mêmes valeurs fondamentales dont le socle est la religion chrétienne.

N’en déplaise aux bonnes âmes, la bureaucratie et les bonnes intentions ne suffiront donc pas, il ne suffira pas de donner des papiers, un foyer d’accueil collectif, voire même un travail, ce qui est plus improbable, pour que l’accueil soit réussi. Il faut bien se mettre dans la tête que le réfugié a tout perdu, qu’il est un traumatisé, et que la seule chose qui lui reste c’est sa culture, son âme, qu’il défendra avec la détermination du désespoir.

« Le rapport à la femme est le nœud gordien dans le monde d’Allah » écrit Kamel Daoud, écrivain d’origine algérienne qui ajoute : « La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée… A qui appartint le corps de la femme ? A sa nation, sa famille, son mari, son frère ainé, son père et à l’Etat… à tous et à tout le monde, sauf à elle-même ». Puis, Kamel Daoud enfonce le clou avec ces paroles fortes: « Le corps de la femme est le lieu où elle perd sa possession et son identité… une femme est femme pour tous sauf pour elle-même ». Telle serait l’image de la femme musulmane dans l’inconscient collectif de l’homme musulman, à la fois sacralité, mais sans respect de la personne.

la femme s'expose et se plaint qu'on la regarde!

la femme s’expose et se plaint qu’on la regarde! Hypocrisie?

 La femme occidentale, au contraire, revendique la pleine possession de son corps, parfois même de façon outrancière et provocatrice, à la manière des féministes ou des femen. « Mon corps m’appartient », ce slogan des années 70 en faveur de l’avortement traduisait une revendication fondamentale d’émancipation et de liberté sexuelle. Ce mouvement s’est amplifié au point que le corps de la femme s’est exposé, urbi et orbi, dans les media, au cinéma, à la télévision, dans la publicité et dans la mode, comme l’objet des désirs et des fantasmes masculins. La femme est devenue exhibitionniste et sexy, érotisée à l’extrême, objet érotique, au point que parfois elle ne s’appartient plus en tant que sujet. Telle est en tout cas l’image que cela véhicule dans l’imaginaire du monde musulman. La femme est perçue pour ce que l’on en voit au cinéma ou dans la publicité, un objet sexuel que l’on peut posséder à sa guise.

Dans la publicité le femme s'offre, soumise et objet sexuel...

Dans la publicité le femme s’offre, soumise et objet sexuel… Incitation au viol?

 Cette constatation permet à Kamel Daoud de préciser la vision du jeune musulman : « L’Occident est vu à travers le corps de la femme… le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession ». Cette image de la femme occidentale, telle qu’elle est perçue par le jeune musulman, fraichement débarqué en Occident, permet de comprendre les agresseurs de Cologne « qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne ». Cologne a subi le premier choc entre deux cultures opposées où l’image de la femme était au centre des incompréhensions.

« Le sexe est la plus grande misère du monde d’Allah » diagnostique Kamel Daoud et « l’islamisme est un attentat contre le désir ». C’est ce désir depuis si longtemps entravé qui a rompu ses digues à Cologne et il fallait s’y attendre. Ce choc culturel est un choc entre deux névroses collectives à propos de la femme. D’un côté la femme voilée qui se cache et de l’autre la femme dénudée qui s’exhibe. D’un côté une sexualité réprimée et de l’autre l’image d’une sexualité débridée.

images-2 La jeune femme musulmane revendique son identité en portant le voile islamique et des jupes longues, tandis-que la jeune femme européenne revendique le droit à la nudité. En effet, n’est-il pas étrange que les «femen» brandissent leur corps nus comme l’étendard de la contestation et de la révolte ?

De tout cela il résulte que la jeune femme occidentale est l’objet de tous les fantasmes dans l’imaginaire des jeunes hommes musulmans et il ne faut pas oublier qu’une de leur motivation pour émigrer vers l’Europe, c’est précisément pour y trouver ces femmes « faciles » dont ils sont privés. Ils sont arrivés au cœur de l’été, et ils ont vu dans la rue et dans les cafés ces jeunes filles aguicheuses et courtes vêtues auxquelles nous sommes habitués mais qui leur ont fait perdre la tête. Ils se sont crus arrivés dans l’eldorado du sexe libre et gratuit, en pensant qu’ils n’avaient qu’à se servir ! Telle est l’image que renvoie la femme occidentale et il a suffi d’un peu d’alcool dont ils ne sont pas coutumiers pour que les pulsions se déchainent en transgressant deux interdits.

Le travail sera long pour rapprocher et partager les mêmes valeurs. Chacun voudra imposer les siennes, car les valeurs culturelles font partie de l’irréductible. D’un côté nous jugeons l’islam rétrograde, de l’autre il nous considère décadent, et il se peut que les deux soient un peu vrais ! Si les points de vue ne peuvent être rapprochés, il faut s’attendre à ce que le choc soit rude. Le corps de la femme, qui est au centre de la vie, demeure un enjeu culturel considérable, selon l’image qu’il véhicule, et si ce débat ne peut être abordé par la parole, il se règlera par la violence, comme à Cologne … ou pire…