641 – DEMOCRATIE MENACEE

Posted on octobre 31, 2016 par

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Il semble que nous assistions à l’agonie de la démocratie moderne. Partout où nous jetons notre regard, nous constatons que nombre de régimes qui se prétendent démocratiques s’enfoncent dans des abysses. Les uns s’orientent vers la démagogie suicidaire, les autres vers l’autoritarisme qui frise la dictature, d’autres encore pataugent dans la ploutocratie, c’est-à-dire le règne par l’argent.

Cela n’est pas la première fois que la démocratie est en danger. Selon l’historien Thucydide, Périclès aurait dit : « Nous donnons l’exemple à suivre… notre régime a pris le nom de démocratie ». Il voulait sans doute donner une leçon à Sparte qu’il considérait comme trop autoritaire et martiale. Cela n’a pas empêché la démocratie Athénienne de disparaître. Il advint de même de sa fille ainée, la démocratie Romaine, qui, après César, se transforma en Empire et dura des siècles. On peut dire que pendant 18 siècles les nations d’Occident furent soumises à des régimes autoritaires, non démocratiques et souvent même dictatoriaux, voire tyranniques.

Dans la Démocratie Parlementaire, c'est à vous de choisir celui qui va abuser de votre bonne foi.

Dans la Démocratie Parlementaire, c’est à vous de choisir celui qui va abuser de votre bonne foi.

 La démocratie est plus fragile que la dictature, elle est plus complexe, plus sophistiquée, plus délicate à manier. Nous aurions tort de croire qu’elle est acquise pour toujours, comme un dû ou comme une évidence. La démocratie suppose à la fois un haut niveau d’éducation, de civisme et de sens des responsabilités de la part des citoyens. Elle suppose aussi un sens élevé de responsabilité, de devoir, de service et d’abnégation de la part de ceux auxquels le pouvoir est confié. En bref, la démocratie repose sur un système de valeurs élevées, proches de la notion du sacré. Ce n’est pas un hasard si, aussi loin que l’histoire puisse poser son regard, l’autorité a toujours été assimilée à une fonction sacrée.

En 1835, Alexis de Tocqueville nous avait fait l’éloge de la toute nouvelle démocratie américaine en des termes qui suscitaient notre enthousiasme. Néanmoins, il percevait déjà les dangers qu’elle courrait : « L’égalité produit, en effet, deux tendances : l’une mène directement les hommes à l’indépendance et peut les pousser tout à coup jusqu’à l’anarchie ; l’autre les conduit par un chemin plus long, plus secret, mais plus sûr, vers la servitude ». L’esprit pénétrant de Tocqueville percevait déjà les deux écueils qui menaçaient la démocratie, l’anarchie puis la dictature !

Déjà, lorsque de Tocqueville écrivit « De la démocratie en Amérique », il souligna la puissance de l’argent qui caractérisait ce jeune état : « Je ne connais pas de pays où l’amour de l’argent tienne une plus large place dans le cœur de l’homme ». Mais il ne savait pas à quel point l’argent allait y corrompre la démocratie qui est devenue une ploutocratie où tout s’achète, de l’influence politique à la clémence judiciaire. La campagne électorale à laquelle le monde entier assiste, en direct, est une guerre qui se gagne avec des milliards de dollars. Ce n’est pas un débat d’idées, c’est un matraquage publicitaire et une intoxication médiatique à coup de milliards. Ceux qui n’avait pas ces milliards à leur disposition ont été éliminés ou n’ont même pas osé prendre la parole ! Des pompes à fric sont déguisées en fondation charitable, l’argent des ténors de Wall Street devra bien être « récompensé» d’une façon ou d’une autre.

Peut-on encore parler de débats politiques lorsque l’invective tient lieu d’arguments, lorsqu’on nous jette à la figure les obscénités de l’un, les mensonges de l’autre, les infidélités de celui-là et l’enfumage médiatique permanent ? Cette dérive américaine est triste à voir mais préfigure d’autres outrances que l’on verra en France l’année prochaine où les surenchères démagogiques vont se faire concurrence. En France, ce ne sont pas les milliards qui décident, mais ce sont les médias qui, pour d’obscures raisons, ont déjà choisi leur candidat et font le tapage nécessaire pour qu’il soit élu en discréditant ses concurrents. Les citoyens savent déjà qui ils doivent choisir. Que dire de cette démocratie dans laquelle, le premier parti de France et un tiers du corps électoral n’est même pas représenté à l’Assemblée Nationale ? La démagogie, l’absence d’autorité de l’Etat et le laisser-aller qui pervertissent la démocratie française conduiront à l’anarchie, sans doute à la guerre civile, puis sans doute au régime autoritaire que le peuple implorera.

"Deux loups et un mouton votent pour décider du diner. La liberté est un mouton bien armé pour contester le vote".

« Deux loups et un mouton votent pour décider du diner.
La liberté est un mouton bien armé pour contester le vote ».

 La Hongrie, avec les outrances de Viktor Orban flirte déjà avec la dictature. La Pologne est tentée. Pendant ce temps là, les politicards italiens suivent le modèle français et naviguent entre les coups bas politiques, les invectives et les promesses mensongères. Cela peut finir mal, d’autant que les finances du pays sont au plus mal. Trop d’argent pourrit le système, le manque d’argent le fait s’écrouler…

L’Espagne est restée presqu’une année sans gouvernement et ne s’en porte pas plus mal. Les élus, mus à la fois par leur ego et par de sombres calculs politiciens n’ont pas réussi à s’entendre pour gouverner le pays. La perspective d’un troisième scrutin en un an, et la peur d’une sévère claque infligée par les citoyens, les ont finalement obligés à faire semblant de s’entendre, sans doute très provisoirement.

En Grande Bretagne, la campagne qui a entouré le référendum sur le Brexit et ses suites illustrent à merveille l’hypocrisie des politiciens qui aujourd’hui disent le contraire de ce qu’ils disaient hier, à commencer par le Premier Ministre en personne, Theresa May, et qui demain tiendront encore un autre discours à géométrie variable.

Pendant ce temps-là, la machine bruxelloise est à l’arrêt, trop lourde et trop complexe pour tirer l’ensemble. Si elle pouvait avancer, elle ne saurait où aller. Elle demeure sans assise démocratique, tiraillée entre les ambitions opposées des politicards de 27 nations et qui ont perdu de vue l’essence et la raison d’être de l’Europe, actuellement tétanisée par l’immense problème des réfugiés du Moyen-Orient.

Pardonnez-moi d’être pessimiste sur l’Europe et sur la démocratie. Tout système, même le meilleur, peut être perverti lorsqu’il est confié à ceux qui n’en sont pas dignes. Je peux attester que la grande majorité des politiciens qui prétendent gouverner ne méritent pas la confiance que les citoyens leurs ont offert. Jamais leurs actes ne sont en conformité avec ce qu’ils disent. Ils ne sont mus que par l’ambition personnelle, ils ne prennent des décisions que de court terme sans vision de l’avenir et ils sont incapables d’insuffler le moindre enthousiasme, porteur d’avenir.

Dans l’histoire de l’humanité, la démocratie ne fut exercée que durant de courtes périodes. Nos « démocraties » ne méritent déjà plus le nom de démocratie. J’ai déjà plusieurs fois pronostiqué que seule la démocratie directe, sur le modèle Suisse, serait en mesure de sauver la démocratie, aujourd’hui menacée de Washington à Budapest. Le temps presse…

The Economist Group a établi un indice démocratique qui permet de classer les 197 pays du monde. On constate qu’en 2016 la France et l’Italie ont été éjectées du Top 20. La France, où la liberté d’expression est sans cesse muselée, ne figure qu’à la 27ème place, juste avant le Botswana ! pas de quoi être fière…

 

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