653 – PETITES ET GRANDES FOLIES DES HOMMES

Posted on janvier 30, 2017 par

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Il y a des jours où le monde dans lequel nous vivons me fait peur. Parfois, je me sens déphasé, décalé, et je ne parviens plus à comprendre l’humanité qui m’entoure. J’ai dû manquer un épisode ou même, peut-être, toute une série, une saison entière. J’ai l’impression d’être un extra-terrestre!…

Les juges qui ont perdu le bon sens

Il y a quelques jours, il m’a suffit de feuilleter un quotidien pour être pris de vertige. C’était un journal gratuit, du genre à regarder le monde par le petit bout de la lorgnette, avec des nouvelles en vrac. J’ai tout d’abord appris qu’à Zurich, un homme A été jugé pour avoir poussé une inconnue contre une rame du RER alors qu’il arrivait en gare. A la suite de quoi la femme, grièvement blessée, a perdu un bras. On pourrait penser que les juges soient fermes vis-à-vis de ce genre d’acte que l’on peut assimiler à une sorte de terrorisme.

Et bien, pas du tout, les juges ont adouci la peine en retenant les circonstances atténuantes sous le prétexte que le pauvre homme était sous l’emprise de la drogue et de l’alcool et qu’il n’était donc pas totalement responsable de ses actes ! Il avait 2,6 grammes d’alcool dans le sang et avait consommé trois lignes de cocaïne et du cannabis. Sa défense avait d’ailleurs demandé l’acquittement. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais, pour moi, le fait d’être sous l’emprise de l’alcool et de la drogue est une circonstance aggravante, comme sur la route, ou alors je n’ai rien compris…

Les chiens aussi fous que leurs maîtres

Dans un village de Picardie, un chien rottweiler a attaqué un bébé de 14 mois et l’a tué. Le journal précise qu’il y a plusieurs centaines de cas de ce genre chaque année en France. Par quel mystère il est encore autorisé de se promener avec ces races de chiens très agressifs ? Mais je me demande surtout de quelle pathologie sont atteints ceux qui choisissent ce type d’animal ? Que cherchent-ils à assouvir ou à prouver? J’ai l’impression que les questions que je me pose ne sont pas partagées par les autres et que personne ne semble s’insurger. Vous le voyez, je ne comprends plus rien…

OUI, il faut appeler cela une oeuvre d'art!...

OUI, il faut appeler cela une oeuvre d’art!…

Des toilettes en or massif

 J’ai aussi appris que l’artiste italien Maurizio Cattelan, dont l’esthétisme est pour le moins audacieux, comme vous pouvez en juger ci-contre, vient d’installer des toilettes en or, oui, vous avez bien lu, en or massif 18 carats et parfaitement fonctionnelles, dans le musée Guggenheim à New-York ! Les visiteurs son autorisés à les utiliser! L’œuvre, si on peut s’exprimer ainsi, est dénommé America, en hommage sans doute à Donald Trump. Est-ce le monde qui est fou, ou bien est-ce moi ?

Le petit chien a 43 millions de dollars!

On dit que les artistes perçoivent, avant les autres, le monde de demain. Cela me fait frémir, tant le monde de l’art atteint des sommets dans la folie et la démesure. En 2013, le célèbre chien de Jeff Koons, dénommé « balloon dog » s’est vendu 43 millions de dollars. Il est mignon son chien, et il ne mord pas celui-là, mais quelle folie a atteint celui qui a mis 43 millions sur la table ? Est-ce indécent ? Je vous laisse le soin de répondre. Nous pourrions poser la question à François Pinault qui en a acquis un. Peut-être se dit-il qu’il trouvera demain un plus fou que lui, ou plus malin, pour racheter cette œuvre encore plus chère. A moins que l’on retrouve prochainement des kyrielles de balloon dogs dans les bazars chinois pour 10 Euros.

Quand nos angoisses et nos névroses deviennent des oeuvres d’art

L’avantage avec la folie et la démesure, c’est que l’on peut toujours imaginer plus fou et plus grand. Il n’y a pas de limite à la folie. L’idole se dénomme aujourd’hui Jean-Michel Basquiat, tête brûlée, apôtre de la démesure, décédé d’une overdose à l’âge de 27 ans. Ses toiles, qui font peur lorsqu’on les regarde, se vendent à plus de 50 millions de dollars l’unité ! Elles traduisent son angoisse existentielle et sans doute sa propre folie, mais je crains qu’elles expriment aussi l’angoisse de notre monde d’aujourd’hui. Il est décédé il y a presque 30 ans et je n’ose pas imaginer ce qu’il peindrait de notre monde contemporain. En ce qui me concerne, je regarde ses toiles à «l’esthétique radicale », comme dit le journal, non pas comme des œuvres d’art, mais avec un œil qui tente de scruter son psychisme et ses tourments. Les artistes expriment le fond de leur âme et de leur inconscient, ils font souvent œuvre thérapeutique. Il me reste néanmoins une question qui me hante : qu’est-ce qui nous fascine à ce point dans les angoisses de Basquiat, pour que chacune valent plus de 50 millions de dollars ? Est-ce le reflet de notre propre folie ?

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J’avance cependant une hypothèse. Ce qui distingue les artistes à succès, Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat, Maurizio Cattelan et quelques autres, n’est peut-être pas leurs talents, mais davantage leur génie médiatique, leur savoir faire pour se mettre en avant, pour se mettre en scène, pour s’auto-encenser et pour finalement choquer le bourgeois ! Les media font caisse de résonnance à leur égotisme ou à leur paranoïa, et le tour est joué…

L’époque est étrange et déboussolée, la folie des hommes fait recette. Seuls les robots gardent la tête sur les deux épaules et assez de bon sens. Ce sont eux demain qui gouverneront le monde sous le contrôle des algorithmes et les hommes seront assez fous pour leur laisser le pouvoir… Ma propre folie, c’est peut-être d’être trop lucide ou trop raisonnable et ce n’est plus à l’ordre du jour. Quand la norme est la folie, le bon sens devient extravagant ou même pathologique !…

Il faut distinguer la folie ordinaire de la démence

Bien sûr, toutes ces petites folies ne sont pas bien graves au regard de la démence qui atteint les hommes à Kaboul, à Bagdad, à Mossoul, à Alep, à Jérusalem ou ailleurs encore. Mais cette démence là nous est familière depuis la nuit des temps. Elle fut le quotidien de nos aïeux il n’y a pas si longtemps en Europe, où des foyers couvent encore. Alors nous pardonnerons aux juges leur stupidité et aux artistes leur prétention. Les extravagances des uns et des autres font partie de la folie ordinaire et normale des humains. Il faut simplement s’y faire…