658 – METISSAGE DANS LE MEILLEUR DES MONDES

Posted on mars 6, 2017 par

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L’époque est à la culture unique, au métissage, au brassage, à l’œcuménisme, à l’indifférencié, à l’uniformité, au mondialisme et finalement à la pensée unique.

On disait, jadis, que les voyages forment la jeunesse. Il fallait aller rouler sa bosse, se confronter à d’autres cultures, à d’autres langues, à d’autres habitudes et surtout à d’autres façons de penser. Entre les deux guerres, aller à Douala, à Phnom Penh ou à Valparaiso, c’était plusieurs semaines de navigation, le temps de mesurer la distance et de se préparer à la différence. Voyager, c’était vivre une multitude de découvertes et d’étonnements. Bref, c’était l’aventure.

Il y a encore 60 ans, aller de Quimper à Biarritz, c’était changer de monde, de coutumes, de langue, de façon de manger et de s’habiller, passer de la coiffe bretonne au béret basque. Il y avait ainsi en France plusieurs petits mondes clos, avec ses habitudes, ses façons de faire et de parler, mais surtout ses façons de penser. Les différences étaient marquées. Depuis, la télévision et les moyens de communication ont nivelé les différences.

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Citoyens du monde

A l’échelle du globe, nous devenons indifférenciés, d’une culture mondialisée, baskets et blue-jeans, de partout et de nulle part, avec Airbnb et Easyjet, de San Francisco à Saint Petersburg, de Récife à Malaga. Nous sommes nourris des mêmes hamburgers et nous regardons les mêmes séries télé. Petit à petit, voyager devient ennuyeux. Pourquoi aller en week-end à Barcelone ou à Prague, si c’est pour y retrouver les mêmes boutiques, les mêmes marques, les mêmes modes, les mêmes chaînes d’hôtel et les mêmes gens ?

Il faut aller bien loin, hors des sentiers battus, pour se sentir dépaysés, au fond de l’Afrique, de la Papouasie ou de l’Afghanistan. Encore une génération ou deux et ils seront aussi happés par la machine à homogénéiser les langues, les cultures et les ethnies !

C’est bien d’être «citoyen du monde », apatride, d’ici et d’ailleurs, ultramobile dans un monde uniforme. On travaille aujourd’hui à Manchester et demain à Vancouver ou à Shanghai, quelle importance ? L’anglais est la langue universelle et on est partout à l’aise, mais chez soi nulle part.

Bien sûr, il y a encore des blancs et des noirs, des yeux ronds et des yeux bridés. Mais pour combien de temps ? Dans ce grand brassage des peuples et des cultures, se fabriquent les hommes et les femmes de demain, résultat d’un immense mixage génétique à l’échelle de la planète.

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Le métissage ne date pas d’hier

Bien sûr, le métissage vient de la nuit des temps, depuis que les tribus se font la guerre et s’échangent les femmes en guise de traité de paix. Bien sûr Rome a conquis la Gaule, le sang Viking coule dans les veines des Normands et celui des Maures en Andalousie. Bien sûr les croisés ont laissé s’éparpiller quelques gènes Francs dans les rues de Damas…

Mais aujourd’hui c’est d’une autre nature, à l’heure de la mondialisation, d’internet, des voyages de masse low cost et de l’immigration de masse. D’un côté on peut se réjouir de ce mélange qui gomme les différences et, peut-être, les rivalités. Mais je ne peux m’empêcher d’être triste de cette perte culturelle et de diversité. Je frémis à l’idée d’un monde uniforme et ennuyeux dans lequel chacun finit par penser de la même manière et dans la même direction.

Les humains s’efforcent de garder la plus grande diversité biologique possible dans le monde animal et végétal, mais dans le même temps ils se laissent broyer dans le grand homogénéisateur des peuples.

Progressivement, les pays riches sont moins riches et les pays pauvres moins pauvres. Sous l’effet des vases communiquant s’établit un standard de vie moyen au sein de ce que l’on dénomme désormais « la classe moyenne », moyennement éduquée par un système éducatif médiocre d’un bout de la planète à l’autre. Il subsiste une petite minorité de super-éduqués et de super-riches qui mènent le monde.

Il existe encore des hommes et des femmes, mais pour combien de temps ? L’espèce humaine peut désormais se reproduire sans homme, ou presque. Des reproducteurs sélectionnés sont capables de produire assez de sperme pour féconder des milliers de femmes qui donneront naissance à des citoyens standardisés.

La notion de différence sexuelle s’estompe peu à peu comme on peut le voir déjà dans l’habillement des jeunes, mais aussi dans leurs goûts et leurs métiers.

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Le meilleur des mondes

J’ai toujours cette sentence d’Antoine Houdar de la Motte dans le fond de ma tête et elle illustre aujourd’hui à merveille mon propos : « Donnez le même esprit aux hommes ; vous ôtez tout le sel de la société. L’ennui naquit un jour de l’uniformité ».

Vous l’aurez compris, je crains que le métissage en cours produise les pires effets. Une société sans aspérité, sans goût et sans saveur, une pensée unique tout azimut. L’analogie est frappante avec les cellules cancéreuses qui se reproduisent à l’identique mais sans fonction précise. Demain, la différence sera vue comme une tare, comme une déviance. « 1984 » n’est pas loin : « l’ignorance c’est la force ». Une société métissée, fille à la fois de 1984 et du « Meilleur des mondes » : « Si on est différent, il est fatal qu’on soit seul ».

« Le monde est stable, à présent. Les gens sont heureux ; ils obtiennent ce qu’ils veulent, ils ne veulent jamais ce qu’ils ne peuvent obtenir. Ils sont à l’aise ; ils sont en sécurité ; ils ne sont jamais malades ; ils n’ont pas peur de la mort ; ils sont dans une sereine ignorance des passions et de la vieillesse; ils ne sont encombrés de nuls pères ni mères ; ils n’ont pas d’épouses, pas d’enfants, pas d’amants, au sujet desquels ils pourraient éprouver des émotions violentes ; ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils le doivent. Et si par hasard quelque chose allait de travers, il y a le soma.« 

 

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