657 – PARTIS POLITIQUES: OPIUM DU PEUPLE

Posted on février 27, 2017 par

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Je suis tombé par hasard en librairie, sur un petit opuscule de la philosophe Simone Weil et intitulé : « Note sur la suppression générale des partis politiques ». Le programme me convenait parfaitement et je l’ai acheté.

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J’ai déjà, à plusieurs reprises, insisté sur les méfaits des partis politiques, sur leur esprit sectaire et partisan, sur leur incapacité à faire passer l’intérêt général avant les ambitions personnelles.

J.J. Rousseau croyait en la vertu du pouvoir du peuple parce que le vouloir commun à tout un peuple doit être conforme à la justice, par la neutralisation mutuelle et la compensation des passions particulières. Selon lui, les idées des uns et des autres finissent par s’équilibrer pour déboucher sur des décisions démocratiques justes. Ce sont ces idées qui ont inspiré la révolution française…

La notion de parti politique n’existait pas avant 1789 et le premier parti politique fut sans doute le Club des Jacobins qui, quelques années plus tard se transforma en parti totalitaire qui installa la Terreur et dont la guillotine fut l’outil principal. Cela commençait mal !

La grande tendance des partis politiques est en effet de devenir totalitaires et tyranniques, comme cela fut illustré de sinistre manière lorsque la démocratie partisane confia le pouvoir à Hitler.

Les passions collectives

En effet, Rousseau oubliait de mentionner les « passions collectives » qui peuvent venir pervertir la sagesse des peuples, comme une vague déferlante qui engloutit le sens commun. Nous savons tous, d’expérience, la puissance destructrice d’une foule en colère et la force de persuasion d’un tribun haineux qui s’appuie sur les sentiments les plus vils des auditeurs. (voir chronique 605 « Hystéries collectives ».

J’adhère totalement à cette affirmation de Simone Weil, lorsqu’elle décrit les trois caractères essentiels des partis politiques : 

  • « Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective.
  • Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres.
  • En dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite ».

Tout est dit dans ce qui précède. Elle peut ainsi en déduire que « par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration. »

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Ceux qui adhèrent à un parti sont probablement sincères car ils pensent concourir au bien public, c’est à dire à plus de justice et de vérité. Ils sont embarqués dans un mouvement qui les dépasse et finissent par perdre leur jugement critique vis-à-vis de leur parti. Ils laissent le parti juger de tout à leur place et ils ne savent plus penser par eux-mêmes, comme on peut le voir dans les meetings politiques.

Les plus lucides finissent par voir que le parti est à lui-même sa propre fin et qu’il ne sert d’autres intérêts que les siens.

Un organe de propagande

Dans ces conditions les partis politiques ne sont que des organes de propagande dans lesquels tout, ou presque, est permis pour assurer le développement du parti. Simone Weil ajoute : « Les partis sont des organismes publiquement, officiellement constitués de manière à tuer dans les âmes le sens de la vérité et de la justice. »

Elle ajoute cette phrase choc : « Hitler a très bien vu que la propagande est toujours une tentative d’asservissement des esprits. Tous les partis font de la propagande ».

Il n’est pas exagéré de dire que les leaders des partis politiques sont potentiellement des dictateurs. Ils sont simplement empêchés dans leur dessein par l’action des autres partis qui contiennent leur visée totalitaire.

Mais il suffit qu’un leader plus charismatique et plus malin prenne l’ascendant sur le peuple pour que la démocratie parlementaire se transforme en tyrannie. Ce risque avait été anticipé avec une grande lucidité par Alexis de Tocqueville.

Une oppression mentale

Il est vrai que les partis politiques n’ont pas, du point de vue de l’histoire, l’exclusivité de l’oppression mentale. Jadis, l’Eglise catholique était maîtresse en la matière, dans sa lutte contre l’hérésie. Aujourd’hui, on peut observer la même tyrannie de la part de l’Islam, parfaite machine à décérébrer.

Dans les pays occidentaux laïcs, les partis politiques ont tout simplement repris le flambeau de l’oppression mentale et, « si on confiait au diable l’organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux. »

L’opium du peuple

Ainsi, « notre démocratie est fondée sur le jeu des partis, dont chacun est une petite Eglise profane armée de la menace d’excommunication. L’influence des partis a contaminé toute la vie mentale de notre époque ».

C’est tellement confortable de n’avoir pas à penser et de se soumettre à l’autorité du parti.

On interdit bien les stupéfiants qui brouillent l’esprit et rendent dépendant. Mais on tolère les partis politiques qui rendent sourds et aveugles et qui font profession d’asservir l’esprit. Ils sont mauvais dans leur principe et dans leur pratique.

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La démocratie directe

Je ne partage pas la conclusion de Simone Weil qui propose l’interdiction des partis politiques. On verrait éclore des officines occultes qui opéreraient dans l’ombre. Il y en a déjà assez comme cela, comme nous l’avons vu dans ma dernière chronique !

En ce qui me concerne, je crois que le meilleur remède pour lutter à la fois contre les dérives de la démocratie parlementaire, et contre la suprématie mortifère des partis politiques, consiste à instaurer la démocratie directe, c’est-à-dire la consultation du peuple pour chaque décision qui le concerne. C’est simple et cela fonctionne…

Mais, naturellement, les politiciens en place qui émanent des partis ne veulent pas perdre une once de leur pouvoir de nuisance. Il faudra les déloger par la force, à moins qu’un jour un candidat propose l’instauration de cette démocratie directe, comme elle existe en Suisse, à la base du succès de ce pays dans les domaines de l’économie, de la technique, de l’éducation et des libertés.

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