682 – LA SUPERIORITE D’HOMO SAPIENS

Posted on août 21, 2017 par

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La question qui me préoccupe aujourd’hui consiste à comprendre comment et pourquoi Homo Sapiens a conquis le monde. Comment ce fait-il qu’il y a 70.000 ans, la race humaine à laquelle j’appartiens s’est mise soudain a évoluer, dans ses techniques et ses cultures, après 2 millions d’années de stagnation ?

Pendant 2 millions d’années, plusieurs espèces humaines ont coexisté en divers endroits du monde. Elles vivaient dans la nature, au milieu des autres espèces animales. Une seule a survécu, sous la forme d’Homo sapiens, après avoir sans doute éliminé toutes les autres. Au cours de l’évolution le cerveau humain s’est agrandi conférant une supériorité sur les autres espèces pour survivre…

La révolution cognitive

 Les néanderthaliens, grands et forts, qui avaient un cerveau plus grand que le nôtre, et qui vivaient paisiblement en Europe depuis des millions d’années, ont néanmoins été exterminées il y 70.000 ans par des Homo sapiens venus d’Afrique. Ce fut sans doute le premier génocide de l’histoire humaine ! A partir de cette époque survint ce que les spécialistes dénomment « la révolution cognitive » qui permit à nos ancêtres de commencer une longue et puissante évolution jusqu’à aujourd’hui. Quelle pouvait être la supériorité d’Homo sapiens sur les autres espèces d’Homo qui peuplaient la terre ?

Habitat pour tribu moderne

 Homo sapiens développa deux spécificités, d’une part il s’organisa en clans, puis en tribus ; dans une nature hostile, il n’y avait pas de survie possible en dehors du clan. D’autre part, il acquit le langage. Autrement dit, il semble que ce qui permit à nos lointains ancêtres de devenir les maîtres du monde réside dans leurs capacités à communiquer et à créer des liens sociaux. Notre plus grand talent serait donc le bavardage ! Nous sommes des animaux sociaux. A l’ère d’Internet, de Facebook et de Twitter, il est difficile de réfuter cette théorie…

Le langage permet de communiquer sur les choses pratiques de la vie, sur les dangers, sur les ressources alimentaires et les outils à fabriquer. En bref, il permet la coopération avec son clan et avec d’autres clans. Mais surtout, il permet de parler de choses que l’on ne connaît pas, d’évènements imaginaires, d’entités virtuelles, de fictions. Le langage a permis l’émergence des croyances et des mythes que l’on partage avec les autres.

La ola dans les stades, nouvelle prière collective ou rite tribal?

La Foi soulève des montagnes

 Ce partage est la pierre angulaire des actions collectives. Certes, l’union fait la force, encore faut-il que l’union soit possible. Qu’est-ce qui peut pousser un individu à travailler à une cause commune, si ce n’est le fait de partager les mêmes valeurs et les mêmes fictions ? Ce qui soude les humains entre eux, et qui leur permet de coopérer et d’accomplir le pire et le meilleur, c’est la communion autour de fictions. Qu’il s’agisse de croyances en un ou plusieurs dieux, de nationalisme, de racisme, de socialisme, de matérialisme, de rationalisme ou de tout autre idéologie, la fiction est plus forte que la réalité. Nous travaillons pour une cause à laquelle nous avons besoin de croire, que nous soyons ouvrier chez Peugeot ou fonctionnaire, nous avons besoin d’être motivés par une fiction, par un mythe.

Il fallait la fiction du nationalisme pour aller mourir à la guerre.

 Seules les fictions soudent les peuples. L’histoire de l’humanité est une question de croyance, de foi. Il n’y a pas de coopération possible s’il n’y a pas de partage de fictions communes. Le moteur de l’humanité est alimenté de ces fictions qui varient suivant les tribus, suivant les peuples, suivant les époques. L’étude des civilisations nous montre que, depuis la nuit des temps, jusqu’à nos jours, Homo sapiens a besoin de croire, à besoin de rêver, d’imaginer et d’adhérer à des fictions qui le dépassent et le transcendent. Il semble donc que lorsque les peuples perdent la foi en leurs fictions, ils perdent la foi en eux-mêmes.

Depuis la Révolution cognitive, les humains vivent cette dualité d’une double réalité. Une réalité objective, d’où découlent la science et la technique, et une réalité virtuelle, imaginaire, qui permet la coopération et la motivation. Il nous faut la foi en Dieu pour construire des cathédrales comme il nous faut croire à une fiction patriotique ou religieuse pour risquer sa vie à la guerre. Chez Homo sapiens, rien ne se fait de grand sans la foi en une valeur collective partagée. Aujourd’hui, la fascination pour le sport est une fiction fédératrice, comme notre vénération pour les sociétés de la Silicon Valley.

Le ciment fédérateur

Les mythes fondateurs soudent les peuples

 Ce qui cimente les peuples, se sont donc leurs croyances communes, leurs mythes partagés, leurs valeurs magnifiées, leur Foi qui transcende. Les religions relient les hommes. C’est ce partage qui permet de vivre en société, d’agir en grand nombre, et de respecter les lois. Homo Neanderthalensis, hélas pour lui, n’avait pas semble-t-il cette faculté. Homo sapiens se raconte des histoires qui circulent de génération en génération, il invente des mythes fondateurs, des contes, et des odyssées, il imagine des tabous, des rites et des cérémonies. Toutes ces croyances constituent le fondement des civilisations, le ciment qui assemble les individus en un même peuple. Sans ce ciment, il n’y aurait pas de peuples civilisés, pas de commerce, pas d’invention, pas de progrès.

Au fil des siècles, les croyances ont été modifiées de nombreuses fois. La flexibilité est inscrite dans les gènes d’Homo sapiens. Nos ancêtres étaient animistes et étaient entourés de surnaturel. Chaque animal, chaque objet, chaque montagne avait une âme propre. Puis, il y eut le polythéisme et les dieux de l’Olympe. En Occident, vinrent le monothéisme et les diverses religions qui en découlent. La religion fut longtemps un puissant ciment fédérateur, jusqu’à la « mort de Dieu », très récente dans l’histoire de l’humanité.

Mais il y eut d’autres fictions qui enchantèrent les peuples l’espace d’une génération, dénommées le nationalisme, le communisme, et le matérialisme qui tous aboutirent à des impasses décevantes. Si le matérialisme est encore vénéré d’un bout à l’autre de la planète, il est aussi remis en question car il ne semble pas apporter le bonheur et l’harmonie des peuples.

Le rationalisme

 La science et la technique émanent de la pensée rationnelle qui se prétend l’antithèse des fictions et des croyances qui pourtant animent les peuples. Le rationalisme a tué l’idée de Dieu qui n’était plus nécessaire pour expliquer le monde. Nous sommes aujourd’hui face à ce grand vide, le monde est désenchanté. Il n’est sans doute pas exagéré de dire que l’Occident se trouve face à un bouleversement culturel considérable depuis qu’il a perdu la foi en tout ce qui l’a façonné, ses racines culturelles, ses croyances et ses mythes. Grâce à la science, il ne reste plus que « la réalité vraie » et nue, débarrassée de toute sa partie imaginaire, de tous ses habits de fée.

Le rationalisme est néanmoins une autre fiction, un autre rêve qui aide à vivre ceux qui s’en contente. C’est la première pensée réellement mondialiste, car comprise et acceptée quelque soit son pays ou son origine. Les lois de la physique sont universelles. Mais la limite du rationalisme, c’est qu’il évacue l’esprit et ne garde que la matière. Qu’on le veuille ou non, l’homme ne se satisfait pas de matière, comme nous l’avons vu, il a besoin de mythes et surtout il sait qu’il a une âme.

En attendant, l’Occident déprime car il est privé de son âme, c’est-à-dire de son essence. Il faut se rendre à l’évidence, l’homme a aussi une dimension spirituelle, même si nous l’avons oublié. Le sport ou Facebook seront-ils suffisants pour créer des liens mobilisateurs pour reconnecter notre âme? L’écologie mondialiste et la cosmo-éthique peuvent-elles être de nature à sortir l’Occident de sa léthargie ? Les peuples ont une âme et l’avenir de notre civilisation repose sur cette réalité que la science refuse de voir et de prendre en compte. Les prochaines grandes découvertes apporteront sans doute des éléments convaincants dans ce sens. Nous en reparlerons dans une prochaine chronique.