686 – COMMENT NOURRIR LA PLANETE ?

Posted on septembre 18, 2017 par

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Chaque jour, la population mondiale augmente de 250.000 âmes supplémentaires. Cela fait 90 millions de bouches de plus à nourrir à la fin de l’année. A ce train là, nous serons 9,5 milliards d’habitants sur cette planète en 2050.

Tel est le plus grand défit qui se dresse devant l’espèce humaine qui ne cesse de proliférer, principalement en Asie et en Afrique. Ces deux continents représentent déjà plus des trois quarts de la population mondiale. A titre de comparaison l’Europe compte pour moins de 10% et en baisse constante, ce qui permet de comprendre mieux les flux migratoires.

Je suis né dans un monde qui comptabilisait 2 milliards d’individus et à l’heure où je vous écris on en dénombre déjà 7,5 milliards. On peut parler d’explosion démographique !

La première révolution agricole

 J’ai vécu cette période pendant laquelle l’agriculture n’était pas sortie de ses pratiques ancestrales, associant la polyculture et l’élevage, avec des méthodes et des moyens que l’on peut qualifier de traditionnels et de « naturels ».

 Puis vint, en Occident, l’industrialisation de l’agriculture qui fut une véritable révolution basée sur la mécanisation, sur l’utilisation des engrais chimiques, sur le recours de plus en plus massif aux pesticides et herbicides, enfin sur la monoculture intensive.

Les résultats ont été fulgurants en terme de rendement par hectare avec l’aide de moins en moins de bras. L’occident dans son ensemble, depuis la guerre, a été capable de nourrir sa population et même souvent de trop la nourrir ! En Asie et en Afrique, cette révolution est en cours de façon inégale et de nombreux pays doivent encore compter sur les surplus agricoles de l’Occident.

La question qui se pose est désormais de savoir si les humains seront à même de se nourrir tous de façon satisfaisante à l’horizon 2050. Dans les pays industrialisés les rendements plafonnent et parfois même régressent sur des terres épuisées. Les surfaces agricoles diminuent sous l’effet à la fois de l’extension des zones urbaines et de l’abandon des terres difficiles ou ingrates. Nous sommes donc actuellement à un pic de production qui tend à fléchir. Plus d’ajouts chimiques deviennent contre-productifs.

Selon les experts de la FAO il faudrait augmenter la production de nourriture de 70% pour satisfaire tout le monde, c’est-à-dire d’une part nourrir 2 milliards de bouches supplémentaires mais aussi tenir compte des exigences accrues au fur et à mesure du développement économique. Il est clair que l’agriculture industrielle, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, ne pourra pas atteindre cet objectif, sauf à envisager de profonds bouleversements dans les méthodes de culture.

La nouvelle révolution agricole

Une nouvelle façon de penser l’agriculture nourricière se fait jour sur deux fronts, au niveau des chercheurs en agronomie et aussi au niveau des cultivateurs et jardiniers. L’agriculture est pensée de façon plus globale en incluant toutes les interactions entre la plante, le sol, les microbes, les champignons, les insectes, les vers et le climat.

On parle désormais de « phytobiome » pour désigner cette vie grouillante qui pullule dans la terre nourricière et qui interagit avec les plantes. Une simple cuillère de terre contient 50 milliards de microorganismes, répartis sur 10.000 variétés différentes. Autant dire tout un monde, qui était jusqu’à présent négligé par les agronomes et dont on fait semblant de découvrir qu’ils sont prépondérants, à la fois pour la croissance des plantes, mais aussi et surtout pour mieux lutter contre les ravageurs et se défendre contre les parasites et les stress divers.

On a trop oublié que les plantes ont leur propre système de défense et qu’elles sont capables d’émettre, au niveau des racines ou des feuilles, des substances toxiques ou répulsives pour les rendre moins appétissantes. C’est le rôle de la nicotine, de la caféine ou du tanin dans le raisin, par exemple…

La firme multinationale Monsanto s’est associée à la société danoise Novozyme pour créer une alliance orientée sur la recherche des interactions entre le phytobiome et la plante. La technique mise au point consiste à enrober les graines de certaines bactéries sélectionnées afin de renforcer les défenses naturelles des plantes et enrichir le sol environnant les racines. Des centaines d’essais sont en cours sur des cultures de maïs et de soja.

La nature est malicieuse

Mais c’est un travail de titan car il faut piocher dans un réservoir de milliers de microorganismes et mesurer sur le terrain, année après année, leur efficacité éventuelle. Avec ces méthodes les chercheurs espèrent améliorer les rendements de 5 à 10%.

Ces recherches sont passionnantes et montrent qu’il existe un dialogue permanent entre la plante et la vie qui l’entoure. Ainsi, par exemple, une plante peut détecter qu’un insecte ou une chenille est en train de manger ses feuilles. Elle réagit en émettant des substances répulsives qui vont les éloigner. Mais les chenilles sont capables de sécréter des bactéries intestinales qui vont se déposer sur les feuilles et tromper le système de vigilance de la plante !

Heureusement, les chercheurs sont malins et ont réussi à esquiver les malices de la nature en nourrissant les chenilles avec une mixture bactérienne qui ne leur permet plus de tromper les défenses de la plante… Vous mesurez la complexité des problèmes à résoudre.

Parlons OGM

scarabées ravageurs du maïs

 On ne peut pas parler d’agriculture moderne sans parler des OGM qui, quoiqu’en pense les milieux écologiques mal informés, ne sont pas tous à jeter à la poubelle. Ainsi, la moitié du maïs récolté aux USA est transgénique. Il contient un gène en provenance d’une bactérie tueuse d’insecte qui permet à la plante de tuer les larves des scarabées ravageurs. Ceci évite l’épandage d’insecticides.

Mais globalement, l’utilisation des OGM ne présente pas un bilan très positif en terme de rendements, selon l’Académie Nationale des Sciences. Les OGM ont surtout permis aux agriculteurs d’améliorer leurs revenus, ce qui n’est déjà pas si mal. Il semblerait illusoire de mettre trop d’espoir dans les Organismes Génétiquement Modifiés pour nourrir demain la planète !…

Le pragmatisme

L’agriculture biologique a déjà intégré cette vision holistique qui englobe, de façon pragmatique, l’ensemble des paramètres qui interagissent entre eux. Sa philosophie repose sur les capacités naturelles de défense des végétaux, à condition de ne pas perturber l’équilibre de la nature par des actions intempestives et brutales avec les divers pesticides et herbicides.

 Les rendements obtenus aujourd’hui avec l’agriculture biologique sont tout à fait convenables et rentables par rapport à l’agriculture industrielle. Elle fera encore des progrès avec de nouvelles données en provenance de la recherche agronomique.

Des jardins d’abondance grâce à la permaculture.

Les nouvelles méthodes de jardinage, en particulier la permaculture dont nous avons déjà eu l’occasion de parler (voir chronique 536 « La nouvelle révolution agricole ») sont de nature à révolutionner l’agriculture nourricière grâce à des rendements époustouflants, sans apport d’engrais chimiques ni de pesticides. La permaculture joue sur la complémentarité de certains légumes qu’il faut associer, sur la densité des plantations, sur la couverture des sols qui ne doivent jamais être nus (mulching). 

La permaculture propose de prendre la nature comme modèle au lieu de vouloir l’asservir. Elle est appréhendée dans sa globalité et tous les écosystèmes sont reliés les uns aux autres. Elle permet de régénérer les sols appauvris. 

 Le progrès réside dans la vision nouvelle d’un vaste réseau de connections, dans lequel les espèces s’adaptent et modifient leur comportement en permanence. La vie est communication et changement. Il faudra la contribution de multiples disciplines pour appréhender cette complexité et en tirer des enseignements pour le futur de l’agriculture. En attendant, il faudra se reposer sur les connaissances pratiques accumulées par des centaines de générations d’agriculteurs et dont l’ivresse de la modernité nous avait fait oublier la pertinence !