687 – QUI DETIENT L’ART DE GOUVERNER ?

Posted on septembre 25, 2017 par

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Merkel, Trump, Poutine, Macron, chacun gouverne avec son caractère et avec ses talents. Mais, en démocratie, les chefs d’Etat qui savent cultiver avec succès l’art de gouverner sont peu nombreux. Nous avons sous les yeux, en live, divers exemples qui méritent réflexion… J’attends votre avis…

Sélection des médiocres

Vous savez déjà que la démocratie n’a pas tous les avantages et qu’elle conduit souvent à la démagogie qui est une forme de dictature. L’autre grave inconvénient réside dans le fait qu’elle est souvent confisquée par des partis politiques dont le but inavoué est la conquête du pouvoir à n’importe quel prix, même au détriment de l’intérêt du peuple ou de la nation.

La démocratie a donc tendance à s’enliser dans des querelles partisanes, dans la mauvaise foi et le mensonge. Dans ce contexte, il est difficile pour un homme de conviction et de talent de faire entendre sa voix et d’arriver au poste suprême. Les exceptions sont d’autant plus précieuses qu’elles sont rares !

Il n’est pas exagéré de dire que la démocratie, en général, sélectionne les magouilleurs, les comploteurs, les opportunistes, les médiocres, et surtout, les menteurs. Ceux-là font de piètres chefs d’Etat et déçoivent ceux qui les ont élus car ils n’ont aucune des qualités indispensables pour gouverner. François Hollande, qui a mené la France au bord du chaos et de la ruine, est le prototype de la médiocrité, quelles-que soient ses capacités intellectuelles par ailleurs. Il détenait l’art de la combine mais pas l’art de gouverner ! Heureusement il existe des exceptions dont je vais vous parler…

Les hommes de pouvoir

On peut tenir pour acquis que ceux ou celles qui arrivent au sommet du pouvoir ne sont pas là par hasard : ils possèdent un goût prononcé pour ce pouvoir qu’ils ont conquis âprement. Ce goût du pouvoir est souvent accompagné d’un ego surdimensionné et d’une satisfaction de soi qui peut générer une certaine antipathie.

Content de lui-même après une nouvelle provocation verbale!

 Il n’est pas exclu que l’on trouve aussi une bonne dose de mégalomanie, voire un zeste de paranoïa ! Une telle description fait aussitôt penser à Donald Trump dont les prises de position défient souvent le bon sens. Il aime se donner des airs de dictateurs et ne fait rien pour se rendre sympathique. On peut se demander parfois s’il n’envie pas la place de Kim Jong-un !

Il est cependant un homme de scène et aime faire le spectacle, qualités utiles pour un gouvernant. Mais il lui manque une qualité, à mon avis essentielle, qui est celle de la retenue, de la modération et de la réserve. Au contraire, il s’expose en permanence, intervient de façon brutale et péremptoire, y compris et surtout sur les sujets qu’il ne connait pas ! Cette attitude ne concoure pas à rassurer les électeurs, ni sur sa santé mentale, ni sur sa capacité à gouverner.

Par exemple, il affirme vouloir revenir sur les accords internationaux conclus avec l’Iran, après des années de discussions. Il n’a pas lu une ligne de ce traité et n’a pas réfléchi une seconde sur les conséquences mondiales qui en résulteraient. Mais Trump est un homme qui adore choquer, c’est un provocateur né, avec des formules à l’emporte-pièce qu’il distille sur Twitter ! Il aime se créer des ennemis et jouit des réactions outrées que cela suscite… Il pourrait s’inspirer de Han Fei Zi qui, au troisième siècle avant notre ère écrivait : « Le prince garde ses désirs secrets… Le souverain éclairé ne fait rien et se tient au-dessus. En dessous, la foule des sujets s’incline avec crainte ».

Il prend un malin plaisir à faire monter les tensions au quatre coins du monde, de la Corée du Nord au Venezuela, en menaçant chacun des foudres du Pentagone. On peut qualifier ce comportement de puéril et cela pourrait être amusant si ce jeu n’était pas si dangereux. S’il n’était pas à la tête de la première puissance militaire, il ne serait pris au sérieux par personne !

Le joueur d’échec

En face, c’est un tout autre personnage qui dirige la Russie. Un homme qui maitrise parfaitement l’art de gouverner. Il réfléchit, il se tait et ne parle que pour les choses essentielles et avancent ses pions avec méthode et détermination.

Il écoute, il calcule, il prend de la distance et décide d’agir.

 Par exemple, il est intervenu en Syrie avec détermination et totalement. Il n’a pas fait de grands discours creux, pas de menaces excessives, mais de sous-entendus brumeux, mais une efficacité à 100%. La grande force de Poutine, c’est sa vision. Il a une haute idée de sa mission qui consiste à redonner sa grandeur à la Russie humiliée.

Lorsque Poutine parle, il est écouté, car il parle avec mesure et clarté. Il a une vision pour son pays, mais aussi pour l’équilibre du monde, à commencer par celui de l’Europe que nous aurions tord de laisser entre les mains des Américains qui sont devenus des amis dangereux.

Poutine n’est pas un tendre et ce n’est pas ce que l’on attend d’un chef d’Etat. Mais il ne fait pas de doute qu’il sait, mieux que quiconque, manier l’art de gouverner en sachant profiter de la faiblesse des autres nations.

La discrétion tenace

Il n’y a pas moins de détermination du côté d’Angela Markel qui trace son sillon avec constance et succès. Sa réussite peut surprendre de la part d’une femme d’apparence banale, sans charisme particulier, sans effet de manche et qui n’enflamme pas les foules.

Elle est zen, modeste mais tenace, pragmatique mais persévérante.

 Elle ne tape pas les poings sur la table, elle ne fait pas de promesses impossibles à tenir, elle ne fait pas de lyrisme grandiloquent, mais elle montre le chemin et s’engage la première. Elle n’insulte ni ses adversaires politiques, ni les électeurs qui ne votent pas pour elle. Elle cherche l’accord, le compromis et la transaction équilibrée, qualités dont elle devra faire preuve après les résultats électoraux de dimanche dernier, avec un paysage politique morcelé.

Ses qualités premières seraient sans doute la tolérance et la conviction. Elle travaille pour son pays et pour l’Europe, sans l’arrogance et l’air de supériorité, péché mignon des français ! Elle écoute plus qu’elle ne parle. Elle cherche des points d’appuis pour faire avancer ses projets et elle est constante dans ses choix.

Une de ses grandes qualités serait une certaine prudence qui lui permettrait de ne jamais promettre les buts qu’elle ne peut atteindre. Le choix périlleux et osé d’accueillir plus d’un million de réfugiés Syriens fut non seulement réfléchi mais surtout accompagné des mesures financières et pratiques pour que cette décision soit un succès.

Madame Merkel a su faire de la discrétion une méthode de gouvernement. Elle n’intervient pas de façon intempestive sur chaque nouvelle difficulté qui se présente. Elle prend son temps et réfléchit avant d’agir et de parler. Autrement dit, elle rassure parce qu’elle tient son rôle de chef d’Etat, en réserve, et regarde les évènements avec recul et hauteur. Son autorité provient du respect qu’elle inspire.

La valeur n’attend pas le nombre des années

Nous n’avons pas encore assez de recul pour apprécier l’art de gouverner d’Emmanuel Macron, mais on peut déjà supposer qu’il a l’étoffe d’un chef d’Etat. En particulier, il a une vision pour la France et pour l’Europe, c’est-à-dire qu’il dégage une ligne de conduite pour élever la France au-dessus d’elle-même. Il prononça cette phrase qui dit tout: « Le peuple français est en attente d’un discours qui donne à la fois du sens et des perspectives ».

Une haute idée de sa mission, un goût pour les symboles forts, une vision.

 Il a un langage direct qui dit les choses telles qu’elles sont, ce qui est fort éloigné du verbiage politicien habituel et de la langue de bois qui plait tant aux media. Il sait tracer les grandes lignes de la route qu’il compte emprunter et invite les français à le suivre. C’est un homme de conviction teinté de mysticisme, mais il demeure très discret sur lui-même. Cette attitude est assez « gaullienne », d ‘autant qu’il sait, comme Charles de Gaulle, manier les symboles qui marquent les esprits et qui en disent plus que de longs discours.

Gageons que Monsieur Macron saura se faire respecter car il fera tout pour mériter ce respect. Cette qualité est devenue primordiale en démocratie où on attend du président qu’il se situe au-dessus de la mêlée et des querelles partisanes. S’il sait garder le cap et ne pas fléchir ou céder face aux contestations habituelles en France, il s’imposera comme un véritable leader et finalement ceux qui manifestent aujourd’hui seront ses principaux zélateurs.

Il n’a pas la modestie de Merkel, mais souhaitons qu’il en ait la persévérance. S’il garde la hauteur et le recul, sans se laisser engluer dans les querelles partisanes, si sa main ne tremble pas lorsqu’il signe une directive, s’il met ses idées en pratique, il peut devenir un grand président et sortir la France de l’ornière dans laquelle l’a mise l’incurie de ceux qui l’ont précédé.

Le livre le plus important pour comprendre l’art de gouverner.

 Finalement, nous pourrions résumer l’art de gouverner en quelques mots clefs : avoir une vision qui élève les peuples au-dessus de ce qu’ils sont et savoir leur transmettre un idéal, garder de la hauteur et du recul par rapport aux évènements, faire scrupuleusement ce que l’on a dit qu’on allait faire, avoir la persévérance dans l’action malgré les vicissitudes. Tout compte fait, l’art de gouverner nécessite de l’exigence vis à vis de soi-même et des autres… Se souvenir de cette phrase de Marc-Aurèle, l’empereur philosophe : « Rien n’est avantageux qui te fait perdre le respect de toi-même ». C’est finalement dans le respect que se situe l’autorité et l’art de gouverner.

 

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