690 – L’HOLOCAUSTE ANIMAL

Posted on octobre 16, 2017 par

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La souffrance des animaux, dans les élevages industriels, lors des transports, dans les abattoirs ou dans les laboratoires, n’est plus à démontrer. Une prise de conscience se fait jour pour condamner ces sévices. Peut-on dès lors parler d’holocauste animal ?

En Suisse, le député écologiste Jonas Fricker a osé cette analogie ce qui a généré des réactions outrées de la part des milieux « bien-pensants » au point qu’il a du démissionner. C’est bien dommage et je peux affirmer qu’il a eu tort car c’est bien d’un holocauste dont il s’agit, le mot ne peut être confisqué par une communauté ou une autre.

Retour aux sources

L’holocauste désigne le sacrifice de la victime expiatoire. Il est écrit qu’Abraham offre un bélier en holocauste (genèse XIII, 13). Le Littré précise que « Jésus-Christ s’est offert en holocauste pour nos péchés ». Par conséquent l’holocauste désigne le sacrifice du bouc émissaire, de la victime expiatoire. C’est exactement ce que sont les animaux de laboratoire.

Vous voyez l’analogie?

 Il n’y a pas besoin d’être végétarien pour s’insurger contre la violence faite aux animaux et ce n’est pas faire injure aux carnivores de la condamner. D’autres l’ont fait avant Monsieur Fricker et de nombreux auteurs ont déjà fait l’analogie entre le martyr des juifs et celui des animaux d’élevage. L’auteur Juif Isaac Bashevis, prix Nobel de littérature, écrit que du point de vue animal, « tous les gens sont des nazis ; pour les animaux, c’est un éternel Treblinka ».

L’historien américain Charles Patterson a repris l’idée dans son livre accusateur intitulé « Eternel Treblinka », dans lequel il décrit et condamne le processus d’abattage industriel. Beaucoup d’autres, sensibles à la souffrance animale, ont osé la comparaison, à commencer par les militants de la cause animale.

Je ne partage pas l’avis du Conseil Central des Juifs d’Allemagne, ni des juges qui ont condamné les défenseurs des animaux utilisant le mot holocauste, sous le prétexte « qu’il fait apparaître le destin des victimes de l’holocauste comme trivial et banal ». Cette phrase revient à dire que l’holocauste animal serait trivial. C’est inadmissible !

Humanisme écologique

Une fois de plus l’homme s’arroge le droit de vie ou de mort sur les animaux, y compris de les faire souffrir. L’humanisme classique place l’homme en haut de la pyramide des espèces et considère que toutes les autres espèces sont à son service et qu’il peut en disposer selon son bon vouloir. D’une certaine manière les nazis ne donnaient pas plus de valeur à la vie et à la souffrance des juifs, considérés comme quantité négligeable.

Cette conception se heurte à l’humanisme écologique qui accepte l’idée que l’homme, doué de raison, a des droits particuliers, mais il a aussi des devoirs vis à vis des animaux et de la nature en général.

Ce débat prend donc des allures philosophiques et l’on voit bien qu’il correspond à une prise de conscience collective de plus en plus forte. Progressivement les animaux deviennent des sujets de droits, comme l’attestent plusieurs condamnations récentes suite à des sévices avérés dans certains abattoirs.

Un peu de respect

Certes, la nature est sans pitié. Chaque espèce est à la fois prédatrice et victime. C’est cet équilibre instable et fragile qui permet la grande diversité, sans qu’une espèce n’envahisse la totalité de l’espace. Bien souvent, l’intervention de l’homme a des conséquences dramatiques qui déstabilisent l’équilibre de la biodiversité.

Depuis la nuit des temps, l’homme fut un chasseur-cueilleur et il faisait partie lui-même de cette biodiversité et de cet équilibre. Il était à la fois prédateur et proie. Dans toutes les civilisations primordiales, le chasseur avait du respect pour l’animal qui allait assurer sa subsistance, il remerciait son âme et rendait grâce au ciel.

On conviait aussi les dieux lorsqu’un animal était sacrifié sur l’autel, victime expiatoire dont le sacrifice était sensé éloigner un danger, une épidémie, la guerre ou une lutte fratricide. Le bouc émissaire avait une mission sacrée, comme le héros qui meurt au combat.

Nos cousins les mammifères

Tous ceux qui ont des animaux de compagnie peuvent attester de leur intelligence, de leur sensibilité et de leur vulnérabilité. Ils entretiennent avec leurs compagnons des liens affectifs très forts et réciproques. Ceci atteste de la grande similitude de comportement entre les diverses espèces de mammifères.

Les réseaux sociaux fourmillent de vidéos émouvantes dans lesquelles on voit cette grande compréhension entre des espèces très différentes. Un petit chien qui dort entre les pattes d’un lion, un éléphant qui sauve une gazelle des dents d’un crocodile, etc. Ces images sont tendres et nous font prendre conscience que nous autres mammifères, nous sommes tous cousins et capables d’entre-aide et de compassion.

La dignité de l’homme

Il ne faudrait pas laisser ce débat devenir un affrontement entre les végétariens et les carnivores. La souffrance animale doit être prise en compte par tout le monde et il en va de la « dignité » de l’homme, si ce mot a encore un sens.

 Le combat contre les sévices infligés aux animaux, que cela soit dans les abattoirs, dans les laboratoires ou dans les arènes, ne sera gagnant que s’il est mené conjointement par ceux qui mangent de la viande et par les expérimentateurs des laboratoires de recherche. Même ceux qui ont un steak dans leur assiette souhaitent que les animaux soient bien traités, avec respect, jusque dans la mort.

Il faut supprimer les souffrances inutiles, dans les élevages comme dans les laboratoires. Pour cela il faut que les acteurs prennent conscience que la souffrance animale est du même ordre que la souffrance humaine. Chaque jour, un plus grand nombre de personnes en convient, mais il subsiste toujours une frange qui, par confort, préfère ne pas voir cette réalité qui dérange. Ce voile devant la face rappelle la cécité de ceux qui ne voulaient pas voir l’holocauste des Juifs, et en ce sens, on peut faire l’analogie.

Il semble heureusement qu’aujourd’hui les mentalités évoluent vite et dans le bon sens. Des cadres juridiques se mettent en place, qui font des animaux des êtres de droit. Mais le principal travail doit se faire au niveau des consciences, c’est cela devenir plus humain. Jadis, l’esclave n’avait aucun droit et son propriétaire pouvait décider de sa vie ou de sa mort. Les consciences ont évolué… Faut-il préciser que l’élevage a précédé l’esclavage qui en découle ?