729 – MORT PAR DESESPOIR

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On ne sait pas mesurer le bonheur. Mais on connait le nombre de désespérés qui boivent, se droguent ou se suicident.

Dans les pays développés le suicide représente la deuxième cause de mortalité chez les 15-34 ans. Ce sont aussi les jeunes générations qui se droguent et qui abusent de l’alcool. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans leur tête ?

Des taux de suicide très disparates

Aux USA, les chiffres sont alarmants, 45.000 citoyens mettent fin à leur jour chaque année, c’est deux fois plus que le nombre d’homicides commis annuellement. Le taux de suicide au niveau national atteint 15,4 pour 100.000 habitants, en augmentation de 25% en quinze ans !

On peut alléguer la crise économique, l’isolement social, les ruptures sentimentales ou la perte d’un emploi. Mais il se peut que ces explications constituent des causes alibi et que le mal soit plus profond.

Pour y voir plus clair, voyons la répartition du taux de suicide par pays, selon les chiffres officiels :

  • En haut du tableau on trouve un groupe de pays disparates qui vont de la Côte d’Ivoire au Sri Lanka dans lesquels le taux de suicide avoisine chaque année les 30 pour 100.000 habitants.
  • Dans les pays d’Europe du Nord (Russie, Pologne, Ukraine) le taux annuel n’est plus que de 18.
  • L’Europe de l’Ouest affiche des taux de suicide moindre, situés entre 10 et 13.
  • L’Europe du sud et l’Amérique Latine, catholiques, ont plus le sens de la conservation avec un taux de suicide de 6 à 10.
  • Enfin, si l’on fait confiance aux statistiques, ce sont les pays les plus pauvres et Musulmans, comme le Bengladesh et le Pakistan qui ont le taux de suicide le plus bas du monde, de 2,5 à 5 pour 100.000 habitants. C’est 5 fois moins que dans la riche Amérique qui donne volontiers des leçons au monde entier !

Jouer avec la mort

Et puis, il y a ceux qui se suicident lentement et jouent avec la mort en consommant sans modération, alcool, tabac ou drogue.

Les spécialistes estiment que 3,8 millions de français ont une consommation d’alcool dite « à risque ». Les célèbres « Binge drink », hérités des anglo-saxons, font des ravages parmi les jeunes qui font des concours pour savoir celui qui tombera ivre le premier ! Comment peut-on être aussi stupide ou… désespéré?

Par ailleurs, 11,8 millions de français fument quotidiennement ce qui occasionne 73.000 décès par an, sans compter les maladies et invalidités.

Mais, ce qui est aussi très préoccupant, c’est l’augmentation de la mortalité avec des drogues dures : héroïne, cocaïne, amphétamine, ectasy, etc… Ainsi, en France, 600.000 personnes ont expérimenté l’héroïne, ce qui correspond à une consommation occasionnelle. Ils sont 150.000 à consommer régulièrement de la cocaïne. En Suisse Romande, 2,6% de la population consommerait de la cocaïne !

Aux USA, la consommation de drogue dure a considérablement augmenté ces dernières années avec 500.000 utilisateurs réguliers, ce qui conduit à 63.000 morts par an par overdose. Le taux de mortalité par overdose est de 32 pour 100.000 habitants, soit le double du taux de suicide direct. Mais l’overdose n’est-elle pas une sorte de suicide ?

Ces chiffres sont alarmants et on considère que la diminution de l’espérance de vie, observée aux USA depuis quelques années, serait due à la double augmentation du taux de suicide et du nombre d’overdose. Sans parler des dommages cérébraux irréversibles et sans compter les 15.000 morts par hépatite C !

Ces chiffres en disent long sur la santé mentale d’une partie de la jeunesse, enfants gâtés qui s’ennuient et qui jouent leur vie à la roulette Russe… Y aurait-il une désespérance de l’Occident, élevé avec trop de confort et de sécurité, et désabusé d’une vie trop facile ? La jeunesse manquerait-elle de repère ? Les jeunes auraient-ils de la difficulté à trouver un sens à leur vie ?

Faut-il rappeler que la consommation de drogues est un des facteurs qui a mené à l’effondrement de l’Empire Chinois. Ce fut la hantise de Mao Tsé Tong qui, dans les années 50, établit des camps de désintoxication. Aujourd’hui, la consommation de drogues dures est une spécificité occidentale qui essaime maintenant dans les pays asiatiques émergents. Est-ce un signe de décadence ?

Vivre comme une machine

Vivre, cela demande un certain enthousiasme, une certaine joie, un plaisir. Comment expliquer que, pour un pourcentage de plus en plus important de nos concitoyens, la vie est devenue un fardeau ? Ils croient alléger ce fardeau grâce à la fuite de la réalité avec la drogue ou bien ils s’évadent dans le suicide…

Le seul matérialisme, qu’il soit socialiste ou capitalisme, ne suffit pas à satisfaire l’âme humaine. Elle a besoin de perspectives plus grandioses, de valeurs plus enthousiasmantes et plus spirituelles que celles proposées par la société de consommation. Il semble avéré que dans les pays religieux, dans lesquels les citoyens ont une vie plus spirituelle, les taux de suicide et de consommation de drogue sont nettement moins élevés.

Selon la version scientifique, notre vie ne serait due qu’au hasard de rencontres moléculaires fugitives, et destinée à retourner vers le néant d’où elle a émergé par accident. Cette lucidité est source d’une terrible angoisse existentielle. Finalement je ne suis rien que de la matière organique, appelée à retourner vers la matière minérale, après un bref passage d’une vie sans aucune signification.

La vie ne serait alors qu’un spectacle grotesque, une « Fin de Partie » à la Samuel Beckett, témoin du rétrécissement de la conscience humaine, au cours du pathétique 20èmesiècle. Il sut nous émouvoir en mettant en scène des vies dérisoires et désenchantées qui ne mènent nulle part. Dans ces conditions, pourquoi ne pas jouer avec la mort puisque la vie n’a pas de sens ? A moins de s’étourdir dans les effluves enivrants de la société de consommation et du spectacle, sous l’œil vigilant d’un Big Brother totipotent. En Europe, il semble que cela soit la solution choisie par le plus grand nombre.

Qui a dit que le 21èmesiècle serait spirituel ou ne serait pas ? Haut les cœurs ! Regardons autour de nous, la vie est belle par elle-même et pour elle-même. Le retour à la nature et à sa beauté fournit un émerveillement permanent qui rend la vie enthousiasmante. Le matérialisme n’a rien à dire de la beauté, ni de l’amour, ni de la chaleur humaine…

 Pour avoir une version imagée du sujet, vous pouvez aller voir le nouveau film «Climax» dans lequel vous assisterez à un dérapage collectif sur le thème de la perte des repères.

4 comments

  1. Cher yves ,

    « Avoir  » est quelque chose de tres simple , il suffit d’avoir un porte feuille bien garni , « Etre » est une autre paire de manches….
    Lorsque vos armoires sont pleines a craquer et que vous avez achete le dernier gadget a la mode , que pouvez vous faire de plus , si ce n’est faire face au vide d’une vie remplie d ‘ objets inutiles.

    Savez vous ou il y le plus de suicides dans le monde ? C ‘est dans le colorado , la ou on retrouve la plus grande concentration de milliardaires au metre carre. Ces gens s’ennuient , et un sens a sa vie , cela ne s’achete pas…

    Excellente journee

    Roger

    1. Merci Roger pour ces réflexions très pertinentes. « To be or not to be, that is the question »…

  2. Mais avant tout , qu’est-ce que la vie, cette chose merveilleuse qui échappe à notre entendement ?

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