742 – HUMBLES PERSPECTIVES GEOSTRATEGIQUES

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Les USA, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Europe et l’Afrique : quels seront demain les rapports de force entre ces blocs et les risques d’accident de parcours, dans un monde métastable ?

J’aime bien arpenter le globe à grandes enjambées et, en prenant du recul, porter un regard panoramique vers le futur. Exercice difficile et périlleux, tant le monde d’aujourd’hui est différent de celui que l’on imaginait en l’an 2000, c’est-à-dire hier…

Les responsables politiques valorisent le présent et le futur immédiat car c’est ce sur quoi ils seront jugés par leurs mandants. Mais la vitesse s’est accélérée, les évènements se bousculent et ils ne savent pas les anticiper. Ils pensent national, de façon étriquée, alors que les vrais enjeux sont planétaires, qu’il s’agisse d’immigration, d’écologie, de démographie, de risque nucléaire, de terrorisme, de démocratie, de sous-développement ou des inégalités…

Un monde sans maître

Depuis la deuxième guerre mondiale, et a fortiori depuis la fin de l’empire soviétique, les américains étaient les maitres incontestés du monde et assuraient, par leur présence tout azimut sur les mers du globe, la sécurité des échanges. Ils intervenaient ici ou là pour remettre de l’ordre si nécessaire : ils étaient les gendarmes du monde.

Cette situation prit fin après le 11 Septembre 2001 lorsque Georges W. Bush définit « l’axe du mal » et perdit toute retenue en intervenant massivement en Afghanistan et en Irak, mettant à sac ces deux pays qui sombrèrent dans le chaos total.

Les américains eurent cette naïveté accablante de croire qu’ils allaient installer la démocratie ex nihilo. Devant cet échec, qui donna naissance à l’Etat Islamique, les américains se retirèrent d’autant plus facilement d’un Moyen-Orient en ruine qu’ils n’avaient plus besoin de son pétrole.

Comme l’écrit Alain Minc dans son récent ouvrage « Une humble cavalcade dans le monde de demain » : « La politique de Barack Obama a représenté le versant élégant et civilisé d’un néo-isolationisme dont Donald Trump offre la face primitive et vulgaire ».

L’Amérique, autrefois dirigée par les WASP* de la côte Est, culturellement proches des européens, est devenue un pays métis dont le poids des latinos et des asiatiques est prépondérant et elle s’éloigne de l’Europe qui doit en prendre note.

Le gouvernement américain n’a plus de stratégie et agit au cas par cas, selon ses humeurs du moment et il a perdu toute crédibilité internationale, il ne lui reste plus que la force. Le monde est donc devenu imprévisible et plus dangereux que jamais. Les prochains défis de l’Amérique sont en Asie, à Taiwan plus précisément, où les chinois l’attendent quand l’heure sera venue. C’est là que se jouera la guerre ou la paix et aussi le destin planétaire américain. Les Chinois sont déterminés… mais patients.

 3.000 milliards de dollars

Telles sont les réserves de change de la Chine qui investit sous toutes les latitudes ce qui en fait le premier créancier des USA. La Chine restera-t-elle seulement une puissance économique, politique et militaire ou voudra-t-elle redevenir une puissance impériale ?

La réponse à cette question est fondamentale pour la suprématie américaine et aussi pour le devenir de Taiwan. Je penche pour l’avenir impérialiste de la Chine, eu égard à son passé, mais surtout sur les leçons apprises de l’histoire des peuples : rien n’est plus efficace qu’une guerre extérieure pour souder un peuple lorsque des tensions centripètes naissent à l’intérieur ! Dans ces conditions, le nationalisme aidant, Taiwan redeviendra chinois…

La domination sur la mer de Chine sera plus pressante et sans concession. Le gouvernement Chinois sera le parrain de la réunification de la Corée et l’influence américaine dans la région se trouvera d’autant amputée.

Les relations commerciales de la Chine avec l’Afrique sont déjà profondes et elle y remplace le vide laissé par les anciennes puissances coloniales. La diaspora chinoise est déjà présente dans les principaux ports d’Afrique où elle veut contrôler le business : elle achète des matières premières et vend des biens de consommation. Pour l’instant, il n’y a pas d’ingérence politique, mais on peut envisager une tête de pont chinoise en Afrique avec main mise sur un territoire instable.

Le réveil du nationalisme Indien

Depuis le charismatique Nehru, l’Inde fut la grande absente du concert des nations, maintenue dans le sous-développement par une démographie galopante.

On entend parler de l’Inde pour des conflits frontaliers locaux, avec la Chine dont elle se méfie ou avec le Pakistan au Cachemire. Jouera-t-elle demain un rôle clé sur l’échiquier mondial ?

Là aussi, le monde bouge, et c’est la démographie qui fait bouger l’Inde, bientôt plus peuplée que la Chine. C’est une démocratie avec des traditions héritées de l’empire Britannique, une puissance nucléaire et un nouveau dynamisme économique.

L’Inde est à même de maitriser l’expansionnisme chinois dans cette région du monde et les occidentaux auraient tout intérêt à maintenir des liens étroits avec ce pays qui va prendre du poids. La question est de savoir si la démocratie sera un avantage ou un inconvénient pour que son économie rivalise avec celle de la Chine.

L’Ours Russe humilié

De Pierre le Grand jusqu’à Staline, l’obsession Russe est la peur de l’encerclement ! Face à cette angoisse, la réaction de la Russie a toujours été celle de la conquête.

La méconnaissance de l’histoire, et la naïveté, ont amené les occidentaux à ranimer cette peur sous le leadership américain. Des bases militaires américaines furent installées autour de la Russie, y compris dans les anciennes Républiques Soviétiques. La goutte d’eau qui fit déborder le vase fut les velléités américaines d’intégrer l’Ukraine à l’OTAN, signe d’une inculture grave. Heureusement qu’Angela Merkel s’y est opposé : l’Ukraine a toujours été Russe !

Les réactions de Poutine étaient prévisibles et il annexa la Crimée, c’était le moins qu’il pouvait faire. La réaction des Occidentaux fut stupide et consista à se créer un ennemi dont l’Europe n’avait pas besoin… On a toujours tort d’humilier ses voisins.

La Russie a marqué des points au Moyen-Orient et a renforcé son influence dans la région où les occidentaux ont perdu tout crédit.

L’économie Russe est restée archaïque et en mauvais état, minée par quelques oligarques profiteurs. Elle ne peut s’en sortir qu’avec un prix élevé des matières premières, ce qui n’est pas exclu dans un avenir proche. Tant que Poutine est à la barre, la Russie peut progresser et s’en sortir, mais sur le plan politique l’avenir est incertain et risqué. Le vrai risque de la Russie, c’est l’après Poutine !

Le baril de poudre africain

La démographie est maitresse de la géopolitique : en 2050 l’Afrique comptera 2,4 milliards de bouches à nourrir et un africain sur deux aura moins de 18 ans. En Afrique tropicale le taux de fécondité est de 5 à 6 enfants par femme et il est de 6 à 8 au Sahel. Vous savez maintenant tout sur l’Afrique… et vous pouvez imaginer la suite.

L’émigration vers l’Europe restera encore pendant longtemps la seule échappatoire. Ce que l’Europe a connu en matière d’immigration n’est rien en comparaison de ce qui l’attend et la façon de gérer ce flux déterminera son avenir… Il est tout à fait certain que des millions d’Africains vont débouler sur le sol européen.

Il faut envisager pour l’Afrique un contrôle des naissances, mais il faudra du temps pour qu’il soit effectif et accepté par la population. De toutes façons, son effet est à long terme.

En attendant, il faut aussi que le niveau de vie s’élève et là encore l’Europe peut aider l’Afrique à sortir du sous-développement et ainsi réduire d’autant les flux migratoires. Il commence déjà à y avoir une classe moyenne et un peu d’industrialisation. Les choses bougent et l’Afrique est appelée à jouer un rôle majeur, mais le risque de chaos demeure.

L’avenir de l’Europe est dépendant de l’avenir de l’Afrique et les hommes politiques qui ne savent jamais anticiper n’ont pas mesuré le risque d’explosion du baril de poudre Africain qui est sous nos pieds.

L’Europe à l’heure des incertitudes

L’avenir de l’Europe nous préoccupe au premier chef et, dans le concert des nations, c’est elle qui court les plus grands dangers !

Le sujet mérite une chronique à part entière… Cela sera le sujet de la semaine prochaine.

Les USA sont en retrait face à une Chine expansionniste et qui risque de devenir impériale. Une Russie de plus en plus tsariste, une Inde qui sert de tampon et qui attend son tour pour devenir une puissance dominante. Un axe Moscou-Pékin peut entamer la suprématie américaine. Enfin, une Europe pleine de doutes et d’incertitudes, ayant perdu tout pouvoir réel mais qui conserve une certaine influence due au prestige de l’âge.

WASP : White Anglo-Saxon Protestant

Restez à l’écoute…

… et la semaine prochaine lisez la chronique 743 :

 « L’EUROPE EST CERNEE »

 

 

 

2 comments

  1. Un sujet à priori intéressant , mais j’ai cru rêver ,Yves, en te voyant faire appel à l’immense autorité de monsieur Alain Minc ,selon moi une des plus grandes nullités de notre temps .JB

    1. Mon cher Jean, je cite Alain Minc sans faire appel à son autorité. La citation en question me paraissait assez juste. Son livre, que je cite et que j’ai lu, n’apporte pas grand chose… Comme tout le monde il se pose beaucoup de questions auxquelles il ne sait pas répondre… L’avenir est ouvert…

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