767 – LES RETRAITES HEUREUX

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A 20 ans, trop souvent, c’est la vie qui te choisit et tu es porté par la vague, au gré du vent. A la retraite, c’est toi qui choisis ta vie. Qu’est-ce que tu en fais ?

Nombreux sont ceux qui aspirent à la retraite. Mais que font-ils de ce temps libre ? Les choix sont multiples et variés, chacun en fonction de ses goûts et de ses possibilités.

J’aime bien mettre en exergue nos petits travers et nos incohérences. Que mes lecteurs me pardonnent les quelques impertinences qui suivent et qui peuvent aussi me concerner.

En observant autour de moi, je me suis amusé à répertorier les mille et une façon de vivre sa retraite. Pour simplifier, j’ai trouvé 6 grandes catégories de retraités, sans prétendre que l’une serait préférable à une autre.

Le bricoleur

Celui-là, il prétend qu’il ne veut pas se prendre la tête, mais il aime bien mettre ses talents de bricoleur au défi. Il tente de réaliser des rêves d’aménagement qu’il n’a jamais eu le temps de faire et parfois jusqu’à la limite de ses compétences.

Sa curiosité et son émerveillement s’exercent entre Leroy-merlin et Bricorama où il passe l’essentiel de son temps libre.

Il peut s’aventurer dans des réalisations grandioses qu’il ne parvient pas à finir seul et, tout penaud, ira chercher un copain électricien pour finir une installation dans laquelle il a un peu mélangé les fils.

Il va vouloir refaire la cuisine qui, pendant des semaines, deviendra un capharnaüm qui agacera prodigieusement sa femme. Il se consolera au jardin en se lançant dans la permaculture bio qui lui donnera bien des soucis.

Heureusement qu’il y a les petits enfants qui seront moins critiques sur ses talents et qui le consoleront de ses déboires. Il ne manquera pas d’idées pour les occuper « utilement ». En effet, le bricoleur vise l’utile, l’art pour l’art, ce n’est pas son truc. Quoi qu’il fasse, il faut que cela serve à quelque chose !…

L’intello

Dès la retraite, il va relire « ses classiques » en piochant au hasard dans ce qui reste des livres de classe de ses enfants. Il va se mettre à parler de Voltaire et de Rousseau, il va étaler sa science sur la Guerre des Gaules ou sur la Mésopotamie pour laquelle il n’avait pas eu une pensée depuis 50 ans…

Il va être au fait des expositions et écumer les musées. Il ira aux concerts et écoutera la musique religieusement, en fermant les yeux, comme les vrais mélomanes qu’il n’est pas forcément, mais qu’il s’efforce de devenir car l’intello est un touche-à-tout, un insatiable curieux.

Il a lu le dernier Goncourt sur lequel il a un avis définitif. Il écoute France-Culture et il exprime un dédain condescendant pour les chaînes périphériques qu’il qualifie de « populaires ». Il se croit bien éduqué parce qu’il se lave les mains après avoir pissé, tandis-que l’ouvrier se lave les mains avant.

Il peut se mettre à écrire, à polémiquer dans le courrier des lecteurs, à ouvrir un blog, à fouiner sur internet à la recherche d’informations pointues et souvent inutiles. Mais il aime apprendre, pour le seul plaisir de découvrir ou d’accumuler, car l’intello est un boulimique !…

Le militant

C’est le défenseur de la veuve et de l’orphelin. Il a besoin d’une cause à défendre, d’un combat à mener. Il écumera les réunions politiques ou syndicales, il collera des affiches, il manifestera à la moindre occasion car il y a toujours une cause à défendre.

Le militant n’aime pas rester chez lui, il faut qu’il sorte ! Alors, quoi de mieux que les grandes ou petites causes à défendre ? On ne milite pas seul, il faut des copains pour faire monter l’enthousiasme.

Il aime les défilés, les banderoles, les coudes à coudes dans la foule, les slogans que l’on crie comme une rengaine, l’hystérie collective quand il finit par croire ce qu’il hurle, car le militant n’aime pas penser par lui-même, il a besoin de mots d’ordre. Il a l’âme d’un petit soldat.

Le militant français a trouvé son Grand Œuvre dans les manifestations de Gilets Jaunesauxquelles il a participé activement. Lors d’une récente incursion en France, j’ai pu voir quelques gilets jaunes aux cheveux blancs qui occupaient les ronds-points en buvant des coups avec les copains, sous des petites tentes improvisées. Cela ne fait de mal à personne et surtout çà occupe le temps… pour la bonne cause, car le militant qui boit des coups avec ses copains reste, avant tout, un insoumis !

Le bénévole

Cela part d’un bon sentiment, les bénévoles sont aujourd’hui légion car il y a toujours quelqu’un à aider et cela donne une bonne image de soi. Il y avait autrefois, chez les bourgeois, les « dames patronnesses » qui avaient leurs « bonnes œuvres ». Les pauvres de la paroisse savaient les repérer ! Mais elles furent critiquées sous le prétexte que leur démarche était trop patriarcale.

Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ? A mon avis pas grand-chose. J’ai connu une amie qui se préoccupait beaucoup des femmes battues. Elle a trouvé une association spécialisée sur le sujet. Mais il ne faut pas croire que l’on peut venir en aide aux femmes battues en arrivant les mains dans les poches ! Elle a dû suivre des cours qu’elle devait financer, puis passer un diplôme. Au bout du parcours, elle se réjouissait de pouvoir enfin aider ses consœurs en difficulté. Mais hélas, l’association n’avait absolument pas besoin d’elle, il y a beaucoup moins de femmes battues que de bénévoles pour s’en occuper… On s’en réjouit…

J’ai lu un reportage sur les « restos du cœur », œuvre combien célèbre et utile. Le journaliste notait qu’il y avait non seulement pléthore de bénévoles mais, surtout, ce qui est moins glorieux, c’est que nombre des convives ainsi conviés n’étaient pas des nécessiteux ! Que voulez-vous, il faut bien que quelqu’un en profite : il y avait tant de nourriture qu’il aurait fallu en jeter une grande partie !

Quand je vous dis que le bénévolat est une affaire qui marche et qui n’a jamais si bien marché. Il est devenu aujourd’hui plus difficile de trouver une place de bénévole qu’un boulot rémunéré ! Ne pas confondre le militant et le bénévole : le premier a seulement une grande gueule et il sait s’en servir, le second a deux bras et deux jambes et veut qu’elles servent à quelque chose.

Le méditatif

Pas d’agitation, pas d’hyperactivité, la retraite n’est pas faite pour que l’on continue à bosser. Le méditatif est du type passif, émotif, secondaire. Dans son fauteuil, il est au centre du monde, il l’observe et en parle savamment.

L’avantage du méditatif, par rapport à tous les autres, c’est qu’il a du temps pour lui. De ce fait, il est au courant de tout, pas une information lui échappe. Il en sait tant sur la politique, l’économie et les faits de société, qu’il se dit parfois qu’il aurait dû faire de la politique et qu’il aurait été meilleur que « tous ces bons à rien ».

Il écume les séries télé ou les matchs de foot au point que son emploi du temps est trop chargé. Pas question de manquer un épisode. L’inconvénient du méditatif, c’est que ses méditations tournent parfois en rond et virent vers l’anxiété.

Trop de méditation et on devient vite hypochondriaque. On pourrait reprocher au méditatif de s’écouter trop et d’épuiser le corps médical avec ses inquiétudes et ses angoisses. Il peut se croire alors incompris et devenir ronchon. Il est aussi apôtre du « Carpe diem » et sait jouir de la vie comme un épicurien, mais toujours sur la corde raide, il sait trop que nous sommes mortels et telle est son angoisse car le méditatif est lucide !…

Le sportif

Le corps est une machine et il faut qu’elle fonctionne bien. Pour cela, le sportif a une idée en tête : s’entrainer pour améliorer ses performances et se maintenir en forme. Il se fixe des buts, des résultats à atteindre. Marcher 10.000 pas par jour n’est pas suffisant, il faut au moins un chronomètre pour évaluer le temps.

Que cela soit pour courir, pour skier, faire du vélo ou du trekking, il faut impérativement un équipement spécial, si possible bariolé, coloré, visible de loin et généralement très laid. Le sportif est à la pointe du progrès, bardé de technologie pour suivre les battements de son cœur ou sa tension artérielle… il ne faut rien laisser au hasard, le sport est une affaire sérieuse.

J’ai connu une grand-mère qui a commencé par courir 500 mètres et a fini au marathon de New-York ! D’autres vont escalader le Mont-Blanc ou grimper au Mont Ventoux en vélo. Les retraités affectionnent le vélo et les échappées avec les copains. On plaisante, on discute et au moins on ne parle pas politique, cela risquerait de fâcher.

Le sportif n’est pas un solitaire, il aime le groupe, les randonnées le long des GR, les piqueniques sous la pluie, les bivouacs à la belle étoile, les courses populaires. Il n’est ni gourmand, ni gourmet, une barre protéinée et une boisson minéralisée suffisent à son bonheur. Les kilos inutiles, il faut les trainer! Le sportif est surtout un stoïcien.

Je ne sais pas dans quelle case mes lecteurs, retraités ou futurs retraités, s’imaginent. Rien n’interdit de mélanger les genres et de vivre à sa manière. Certains sont inclassables et c’est très bien. La seule chose importante, c’est de savoir que la vie est belle et d’être heureux…

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