774 – LE FANTASME DU REPLI NATIONAL

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Les européens n’ont pas de mémoire, ils ont oublié leur histoire et les sources de leurs conflits. Ils préfèrent se saborder que de s’unir.

 Mes lecteurs savent que je suis un fervent partisan d’une Europe forte et souveraine, ce qui signifie une Europe Unie capable de parler d’une seule voix et d’agir fermement. J’en viens même à penser, parfois, que si les européens détestent Donald Trump à ce point, c’est qu’ils aimeraient bien avoir un leader aussi déterminé à défendre leurs intérêts !

J’ai l’honneur de faire partie de cette génération qui a d’abord rêvé, puis élaboré, le projet européen. Ce projet devait se faire sur au moins deux générations et aboutir à une Europe Fédérale animée d’un vrai leadership.

Le désamour

Vous qui êtes à la manœuvre aujourd’hui, qu’avez-vous fait de l’Europe ? Avez-vous crû que le bonheur était acquis et qu’il suffisait de se laisser porter ? Vous avez donné vos voix à des boutiquiers et de petits politiciens sans envergure, vous avez voté pour les plus démagogues, pour ceux qui savaient le mieux mentir !

Ils ont fait l’Europe à la mesure de leur médiocrité et de leurs petits calculs de politiciens mesquins. Ils ont imaginé une Europe faites de contraintes, de paperasserie, de règlementations étriquées, de discussions de marchands de tapis, une Europe de fonctionnaires…

Ils ont laissé ouvertes les portes de l’Europe à tous les vents, y compris les plus mauvais. Les gens et les marchandises pénètrent en Europe sans contrôle et sans limitation, au point que les européens ne savent plus qui ils sont, perdus dans une société sans repère. Ils ont perdu la mémoire de l’origine de leur civilisation…

On parle d’une Europe en crise, et chacun s’attend au pire, sans faire un geste, ni même celui de voter pour ceux qui persistent à vouloir construire l’Europe. Demain il sera trop tard, les peuples sombrent non pas à cause des actions qu’ils commettent mais par ce qu’ils n’ont pas entrepris ! L’Helvète, amoureux de l’Europe, Denis de Rougemont, écrivit : « La décadence d’une société commence quand l’homme se demande : Que va-t-il arriver ? au lieu de se demander : Que puis-je faire ? »

Le socle

Lors des crises, il faut toujours revenir à l’essentiel, au socle fondamental sur lequel on repose. Cela nécessite parfois de regarder en arrière, de réapprendre l’histoire afin de bien connaitre les racines européennes. Nous oublions trop souvent le fait que notre héritage est celui de la culture gréco-romano-judéo-chrétienne qui éclaira le monde pendant 25 siècles et nous devenons perméables à une idéologie mondialiste, informe et sans consistance.

Avons-nous oublié les siècles de guerres meurtrières au nom du nationalisme ? Avons-nous oublié les guerres horribles du siècle passé qui nous menèrent tous à la ruine et au désastre ? Rendons hommage aux sacrifices inutiles de nos ancêtres en plaidant et agissant ardemment pour la fraternité et la solidarité européenne.

Henri de Saint Simon fut peut-être le premier, après les guerres napoléoniennes, à ressentir le besoin de l’unification européenne pour surmonter les épreuves d’un continent en crise. En 1814, il publie un texte intitulé « De la réorganisation de la société européenne » dans lequel il écrivit : « L’Europe est dans un état violent, tous le savent, tous le disent ».

Selon lui, le mal était déjà ancien, l’Europe ayant perdu son unité lorsque la Réforme a mis fin à la suprématie de l’autorité papale qui lui fournissait une indéniable forme d’organisation. Les pays européens avaient donc besoin d’une autorité commune qui les rassemble.

Avec une intuition fondamentale, Henri de Saint Simon envisage alors une confédération fondée sur des institutions communes pour garantir une paix durable et permettre les mutations sociales et politiques en garantissant la stabilité des nations. Il défendait déjà, avec vigueur et conviction, la mise en place d’un « parlement européen », sur le modèle Anglais et présidé par un roi. Aujourd’hui, on se contenterait d’un Président de l’Union Européenne !

L’étau

Comment peut-on être aveugle à ce point, pour ne pas voir que l’Europe désunie est de plus en plus prise en étau entre les puissances américaine, chinoise et russe qui nous imposent, chaque jour, des règles nouvelles ?

La construction européenne n’est pas une option à choisir, elle est une nécessité absolue pour ne pas être broyés par les mouvements tectoniques en cours. Quelle liberté restera-t-il à la France, ou à toute autre nation, sans une Europe unie et forte ? Les partis politiques qui prônent l’affaiblissement de l’Europe pour donner plus de liberté à la France se trompent lourdement. Seule l’Europe peut assurer aux peuples un minimum de liberté !

Sans l’Europe, la France retournerait à ses démons et se déchirerait de l’intérieur, tandis que les puissances extérieures lui imposeraient ses lois et ses contraintes. L’Europe, avec ses propres règlements choisis par le peuple, apporte la stabilité à chacune de ses composantes. Un véritable gouvernement européen est seul à même de nous garantir un espace de liberté en même temps que le respect des identités régionales. C’est ainsi qu’elle sera désirable.

Qui peut imaginer que l’euro, la monnaie commune, pourrait subsister si nous ne poursuivons pas la construction européenne ? Le retour aux monnaies nationales conduirait, de façon inéluctable, à l’appauvrissement des nations les plus faibles et les plus endettées. Est-ce cela que propose le fantasme nationaliste ?

Le désir

L’Europe n’est pas qu’un marché de 400 millions de portemonnaies !  L’Europe a aussi des valeurs plus hautes. Dans La Crise de l’esprit, le poète Paul Valéry évoque « Cette Europe triomphante qui est née de l’échange de toutes choses spirituelles et matérielles, de la coopération volontaire et involontaire des races, de la concurrence des religions… ».

Seule une Union Européenne forte et puissante sera en mesure de protéger nos valeurs fondamentales face à la montée en puissance de l’islamisme dans de nombreux pays limitrophes, comme à l’intérieur de nos frontières.

L’Union européenne est une construction permanente, un work in progress, jamais fini, toujours en chantier, nécessitant améliorations, modifications, changements. Elle doit évoluer avec les temps qui changent.

On raconte que le grand Alexandre de macédoine, en l’an 333 avant J.C., lors de la bataille d’Issos contre l’armée Perse de Darius, fit brûler ses navires pour que ses soldats ne soient pas tentés de battre en retraite. Il n’avait pas de plan B. Il devait vaincre et retourner chez lui à bord des navires ennemis. Les nations européennes n’ont pas de plan B possible, ils doivent s’unir ou disparaitre.

L’Europe a besoin de la volonté et de l’énergie de chacun. C’est un projet magnifique qu’il faut protéger du défaitisme des cyniques, du ressentiment des pessimistes, de l’amateurisme des politiciens et du fantasme des nationalistes. La voie est étroite, la pente est raide, mais nous arriverons au sommet car nous n’avons pas le choix.

 

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