773 – LA FRANCE DANS LE MIROIR

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Il est parfois utile de se regarder dans le miroir et voir à quoi on ressemble. L’image que nous renvoie la société française, aujourd’hui, n’est pas particulièrement reluisante et pour certains cela peut être difficile à regarder en face !

Vu de l’extérieur, on a l’impression que les français font leur crise d’adolescence, mal dans leur peau, hyper-émotifs, polémistes, et irresponsables, contre tout et son contraire. Est-ce bien raisonnable ? Qu’est-ce qui leur manque pour devenir des adultes matures ?

La dictature de la polémique

Les français sont ingouvernables, c’est bien connu ! Ils ont conservé ce fond gaulois qui les poussent volontiers vers la récrimination ou la révolte. Mais il semble que, depuis 20 ans, les choses se soient aggravées et qu’ils soient devenus des ados capricieux, à l’image des nouvelles générations qui croient que tout leur est dû.

Tout se passe comme si les français n’étaient jamais satisfaits de rien. Ils s’emballent pour des hommes ou des idées qu’ils renient la saison d’après. Ils ont des idées toutes faites sur toutes choses et ne veulent pas en démordre, même contre l’évidence contraire.

Ils élisent des présidents dans une euphorie juvénile disproportionnée et voudraient très vite les jeter aux orties, comme si leur obsolescence était programmée ! Rien ne semble les rassembler durablement, et chacun a son idée personnelle de ce qu’il faudrait faire…

Le moindre prétexte est sujet à récrimination et à polémique. On aurait pu croire un instant que l’incendie dramatique de Notre Dame de Paris allait leur donner l’occasion d’un sursaut national salvateur (voir chronique 769 « La France touchée au cœur »). J’ai moi-même rêvé que la reconstruction allait rallier les énergies autour d’un projet noble et mobilisateur.

En fait, après le chœur des pleureuses et l’émotion d’une soirée, les français sont retournés à leur passion commune et autodestructrice : la polémique rabougrie! Aucun projet ne les satisfaits, entre ceux qui ne veulent pas dépenser un kopeck, ceux qui veulent reconstruire à l’identique, à la cheville près, et ceux qui ont mille idées pour faire autrement… Ils vont ainsi se chamailler pendant des lustres, en pure perte.

La déprime

On accepte mieux les caprices de la jeunesse qui se cherche et qui secoue le joug parental. Mais qui peut plaider que la France est jeune ? De la jeunesse elle n’en cultive que les maux ! Elle en a les caprices mais pas le dynamisme…

Elle aime se plaindre et gémir comme si elle était victime de quelque complot. La France n’accepte pas l’idée que ses difficultés viennent d’elle-même, de ses choix, de son mode de vie, de ses illusions et de son idéologie.

Dans aucun autre pays l’égalité des chances n’est à ce point remarquable, même s’il est encore imparfait. L’école est gratuite, ouverte à tous, l’université est gratuite, ouverte à tous. Le système éducatif forme à des milliers de métiers : comment se fait-il que des centaines de milliers de jeunes arrivent à l’âge adulte sans formation ?

Les Français ne sont-ils pas responsables d’un système éducatif qui fabriquent des chômeurs ? Comment justifier que l’école ne soit pas bilingue à une époque où l’anglais est devenu la langue véhiculaire internationale ? Dès qu’un gouvernement veut moderniser l’enseignement, les citoyens font obstruction !

Comment les français ont-ils pu croire qu’en travaillant moins ils allaient gagner plus ? Ils travaillent moins chaque semaine, ils travaillent moins sur l’année et ils travaillent moins sur la durée d’une vie. C’est un choix de vie respectable, après tout il n’y a pas que le travail dans la vie ! Mais il convient d’assumer ses choix : quand on travaille moins, on gagne moins, il n’y a pas de miracle…

Le rendez-vous manqué

Les français sont mécontents et aiment le faire savoir. Manifester fait partie du sport national. Les désormais célèbres Gilets Jaunesen sont la parfaite illustration. Leurs frustrations sont légitimes mais personne ne leur a expliqué qu’elles sont la conséquence des choix politiques démagogiques qui sont faits depuis 30 ans.

Parmi les revendications des Gilets Jaunes, il en est une qui pouvait constituer une réponse au malaise ambiant, je veux parler du référendum d’initiative populaire. C’était la meilleure façon de rendre les électeurs adultes, de les mettre face à leurs responsabilités.

Au niveau local, comme au niveau national, les citoyens doivent être en mesure de décider de la société dans laquelle ils veulent vivre. Ils peuvent voter des mesures démagogiques qui vont les ruiner à long terme, mais au moins ils en seront responsables…

La démocratie directe était une façon de rénover une démocratie en panne en laquelle plus personne n’a confiance. Le président Macron a manqué ce rendez-vous avec l’histoire et il se peut que cela soit une erreur tragique…

L’horizon européen

Il reste à la France un atout pour sortir de sa léthargie et éviter de se recroqueviller sur elle-même. Je veux parler du projet européen.

Comme l’avait très bien compris de Gaule, la France a besoin de rêver de grandeur. Après l’empire colonial, elle n’en finit pas de se morfondre. Elle déprime de sa propre médiocrité. Le rêve européen est arrivé à point nommé, après la perte des colonies et le prestige entamé. Une génération y a œuvré avec foi.

Mais il semble que la génération qui est actuellement aux affaires, en France comme ailleurs, n’ait pas l’envergure d’esprit suffisante pour penser grand et pour porter leur regard au-delà de leurs frontières, aussi étroites soient-elles.

C’est pourtant le projet européen qui peut encore apporter un souffle nouveau pour sortir la France de sa déprime ambiante, de ses doutes et de ses jérémiades. Il lui faut un but plus grand qu’elle et non pas un repli sur soi étriqué et mortifère. C’est aux français d’en juger, pour le meilleur ou pour le pire… Le vote du 26 Mai est l’occasion de se déterminer.

Avant de partir à la retraite, le chroniqueur au journal « Le Monde », Gérard Courtois, a écrit un ultime éditorial dans lequel il brossait un rapide tableau de l’évolution de la politique française depuis 60 ans et qu’il résumait en ces termes : «De solide, la politique est d’abord passé à l’état liquide et, désormais à l’état gazeux, donc explosif ». On ne peut pas mieux dire !

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