787 – LE MONDE D’HIER

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Je suis sans nostalgie de mon enfance. J’ai seulement connu une époque révolue, plus en harmonie avec la nature, plus respectueuse de l’environnement, plus exigeante et sans doute plus humaine.

Je vais vous décrire une époque que beaucoup de mes lecteurs n’ont pas connu. Cela se situe vers les années 50, la guerre était finie et les têtes étaient pleines de projets et d’espoir d’un monde meilleur. Nous avons gagné en confort et je vous laisse découvrir ce que nous avons perdu…

Une nature belle et protectrice

Les villes avaient une âme et il n’existait pas encore de mégapoles inhumaines et de banlieues inhospitalières. La campagne arrivait jusqu’aux portes des villes et les citadins avaient conservé l’amour et le respect de la nature.

Cette nature était façonnée par l’homme depuis des générations mais elle était accueillante et protectrice. Je me souviens des cours d’eau où nous pouvions nous baigner, et où nous pêchions des écrevisses et des poissons. Ces rivières sont aujourd’hui polluées et devenues stériles, charriant des détritus.

Nous buvions les eaux fraiches et savoureuses des sources qui sont devenues impropres à la consommation, trop riches en nitrates et résidus de pesticides. Quantité d’animaux sauvages peuplaient les champs et les bois. Les renards cohabitaient avec les lapins, les lièvres et les faisans en abondance. Nos promenades étaient accompagnées par le vol des perdreaux et des cailles, là où dorénavant on ne rencontre même pas un moineau !

J’ai connu des plages de l’Atlantique où il suffisait de pousser son haveneau pendant un quart d’heure pour ramener assez de crevettes pour toute la famille. Une simple promenade dans les rochers, à marée basse, permettait de ramasser des crabes et des araignées de mer à profusion.

Les petits bateaux de pêche rentraient le soir, pleins à craquer de poissons qui ne contenaient pas de mercure. L’abondance était partout et nous avons cru naïvement qu’elle était inépuisable.

Nous savions apprivoiser la nature et en retour elle nous éduquait, elle nous guérissait. Nous avions encore en nous quelque chose de sauvage, d’inaltéré. Nous vivions dans un monde écologique, dans une sorte de paradis terrestre, mais nous ne le savions pas…

Le temps long

Nous vivions une époque de la lenteur. Nous prenions le temps de rêver, de marcher, d’imaginer et de créer. Nous n’avions ni télévision, ni e-phone, ni jeux vidéos, et nous passions simplement nos soirées en famille à refaire le monde.

Les enfants jouaient dans les rues, dans les cours et les jardins. Ils n’avaient pas de jouets mais savaient en créer par eux-mêmes avec un bâton et trois bouts de ficelles ! Il n’y avait pas de parc d’attraction mais l’imagination et la créativité y suppléaient. Nous aimions lire et rêver, notre monde était intérieur.

Les voyages étaient rares et nous n’allions pas en week-end à l’autre bout de l’Europe, mais un pique-nique en famille ou bien de longues promenades en vélo suffisaient à notre bonheur. Nos voyages s’effectuaient dans nos imaginations et ils étaient peut-être encore plus beaux. Aujourd’hui, le voyage est devenu notre passe-temps favori. Pourtant Stefan Zweig, dans son essai intitulé « Le monde d’hier », écrivait déjà : « Toutes les humiliations qu’autrefois on avait inventé exclusivement contre les criminels, on les infligeait maintenant à tous les voyageurs avant et pendant le voyage ».

L’éducation était stricte et chacun savait tenir sa place. Il y avait des tabous et des interdits souvent stupides, mais nous avions appris à les respecter. La sexualité, il fallait la réprimer et ne pas en parler.

L’enfant n’était pas roi, mais il était éduqué pour devenir un adulte responsable, respectueux et civilisé, c’est-à-dire à des années lumières des méthodes modernes d’éducation qui reposent sur l’absence de contrainte. Qui sait si les enfants sont aujourd’hui plus heureux et s’ils feront des adultes plus épanouis ? Pensent-ils que leur vie sera facile ?

Une époque frugale

Nous étions sans exigence et le travail était au centre des vies. L’oisiveté était inconnue car il fallait faire beaucoup de choses par soi-même, à commencer par les tâches ménagères. La notion de confort n’était pas ce qu’elle est devenue.

Nous ne cherchions pas à être à la mode, il nous suffisait d’être vêtus, la notion de « marques » nous était inconnue. Nous n’avions ni supermarché, ni galeries marchandes. Aurions-nous été plus heureux si nous avions convoité une paire de chaussure ou une veste élégante ?

Nos désirs et nos envies étaient modestes, car nous pensions avoir plus de devoirs que de droits ! Nous ne désirions aucun bien matériel que nous n’avions pas et nos aspirations étaient autres. C’est sans doute pour cette raison que les vols étaient rares, presque inexistants. On pouvait laisser sans risque son vélo sur le pas de sa porte. Au Lycée, des centaines de bicyclettes étaient accrochées sous un abri non surveillé et je n’ai jamais entendu parler du moindre vol !

Il y avait les garçons et les filles. Les garçons ne rêvaient pas d’être des filles, ni l’inverse. Notre univers était simple et frugal. L’obésité de l’adulte était rare et, à cette époque, je n’ai jamais vu d’enfant en surpoids, nous étions du genre agile et mince ! L’abondance, puis la surabondance, n’avaient pas encore exercé leurs méfaits…

Les petites filles attendaient leur puberté avec impatience et elle survenait vers l’âge de 13 ou 14 ans. Aujourd’hui, au même âge, elles ont déjà des seins imposants et se comportent comme des Lolita. Est-ce normal que les premières règles surviennent maintenant vers 10 ans ? Qu’est-ce qui a changé ? Tout le monde a entendu parler des perturbateurs hormonaux qui polluent l’eau et les aliments, mais qui s’en préoccupe ?

Les enfants restaient des enfants et leur monde était bien distinct de celui des adultes. Nous n’aurions pas aimé que nos parents viennent s’immiscer dans nos jeux. Nous avions notre territoire sacré et nos règles secrètes. Ainsi, nous nous sentions libres et apprenions à façonner notre vie.

En 1950 le monde sortait d’une période de folies meurtrières et destructrices. 70 ans plus tard, nos folles pulsions de destruction se sont orientées vers la nature et l’environnement que nous avons mis au service de notre confort, de nos plaisirs et de la vie facile. L’humanité sera-t-elle jamais sage ?

 

 

 

 

5 comments

    1. Oui en effet cher Jean, ce monde d’hier nous a construit et celui de demain nous fait peur mais nous fascine!…
      Affections

  1. Nos souvenirs avec cun brin de nostalige sont aussi ceux du futur. Le passé nous a construit, raison de plus de tout attendre de l’avenir bien que nos vivions dans un monde en folie, en fait non , c’est celui de dirigeants ou prescripteurs d’opinion, un petit millier en tout (et les autres les idiots utiles, ,sans conscience, qui veulent  » la  » ruine » d e notre âme ( et d’aillerus aussi bientôt notre peau avec leur regard sur la mort) comme dirait Rabelais. Ne les laissons pas faire, délogeons les du pouvoir.
    Nostalgie du passé doit nourrir notre nostalgie d’un autre avenir.;i..

    1. L’après guerre fut sécurisant et plein d’espoir…
      Le monde de demain fait peur mais il nous attire…

  2. Nostalgie ? Tout cela est hélas bien vrai. Mais qui a construit ce monde d’aujourd’hui … Notre génération, éblouie par les nouvelles technologies. Tout n’est pas à dédaigner dans ces découvertes. Le tout, et ce qui semble difficile, serait d’en faire un usage intelligent pour le bonheur de tous. Trop d’intérêts en jeu, trop d’égoïsme, trop d’ėgo, trop d’avidité. Notre monde a un besoin urgent de gouvernants visionnaires, un conseil de sages, travaillant pour plus de justice sociale. La seule solution pour faire progresser l’humanité.

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