838 – MALTHUS AVAIT RAISON !

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Les graves problèmes écologiques, que l’humanité cherche vainement à résoudre, sont insolubles car nous sommes trop nombreux sur notre planète. Je ne tire pas gloire du fait que la population mondiale ait triplé depuis ma naissance !

 Vers les années 1800, l’économiste et prêtre anglican Thomas Malthus publie une série d’essais « sur le principe de population » dans lesquels il fournit une explication sur le fonctionnement impitoyable des sociétés dont le développement est limité par la nature elle-même.

 Le malthusianisme

C’est le début de l’ère industrielle en Grande Bretagne et Malthus observe le développement rapide de la pauvreté et de la famine. Il conclut sur la nécessité de limiter la croissance de la population en régulant les naissances. L’idée centrale étant que la population croit plus vite que l’augmentation des ressources, limitées par la production agricole.

Ces idées, connues sous le terme de malthusianisme, étaient en contradiction d’une part avec les idées de progrès infinis défendues par Rousseau et Condorcet et, d’autre part, avec l’éclosion des techniques et des sciences.

Le malthusianisme fut très longtemps combattu d’un côté par les Églises et, d’un autre, par certains milieux progressistes qui y voyaient « une théorie qui rentrait dans les habitudes de pensées des classes pauvres, et qui justifiait l’avidité du riche et l’égoïsme du puissant ».

L’histoire économique de ces 200 dernières années nous a montré que Malthus avait provisoirement tort. En effet, le niveau de vie des populations n’a cessé de s’améliorer globalement, le travail est devenu plus performant et les ressources ont augmenté plus vite que l’augmentation de la population mondiale.

En 1960, 66% des habitants de notre planète souffraient de malnutrition, ils n’étaient plus que 13% en l’an 2000.

Les erreurs de Malthus

Le célèbre économiste n’avait pas prévu un certain nombre de phénomènes qui ont bousculé ses prévisions :

De nouvelles sources d’énergie (charbon, pétrole), des progrès techniques considérables, avec de nouvelles machines plus performantes, et de nouveaux moyens de transport.

Parallèlement, l’Occident fut le théâtre d’une explosion démographique sans précédent grâce à l’hygiène de vie et l’alimentation, qui firent régresser la mortalité infantile et augmenter l’espérance de vie. Dans le même temps les méthodes de cultures et la mécanisation permettaient à chacun de manger à sa faim, contredisant les prévisions de Malthus.

Puis survint la transition démographique qui correspond à une diminution naturelle des naissances au fur et à mesure que le niveau de vie de la population s’accroit. C’est ainsi que survint une glorieuse fin du XXème siècle qui semblait nous promettre un bonheur éternel… Plus personne n’osait parler de Thomas Malthus et de sa théorie qui paraissait foireuse.

Le démenti écologique

Bien avant l’aube de XXIème siècle, il fut aisé de prendre conscience que notre modèle économique basé sur une croissance indéfinie de notre niveau de vie, au niveau mondial, allait déboucher rapidement sur un épuisement des ressources.

Il est apparu que, dès lors que les milliards d’asiatiques aspiraient au même niveau de vie que les occidentaux, les ressources ne seraient pas suffisantes et les diverses pollutions engendrées par nos industries et nos modes de vie allaient nous asphyxier. Autrement dit, nous croulons sous nos propres déchets et nous finissons d’épuiser les matières premières fournies gratuitement par notre planète…

Nous allons bientôt atteindre 8 milliards d’habitants, ce qui sera sans doute pas encore le pic qui précèderait une lente diminution, et qui apparait pourtant comme un maximum de ce que la terre peut supporter en l’état actuel des choses. Avec 200 ans de retard, Malthus a raison ! Il y a bien une limite au développement simultané du niveau de vie et de la population. Nous y sommes…

Sauf, bien sûr, à vivre complètement différemment, de façon drastiquement plus spartiate, en vivant à l’économie sur tous nos aspects de vie : nourriture, chauffage, transport, besoins énergétiques, technologie, etc. Il n’est pas besoin d’être un devin pour affirmer que cette hypothèse ne viendra jamais du choix des citoyens, mais nous sera imposé par la force de la nécessité ! Or la nécessité fait loi, comme dit le proverbe…

Le malthusianisme était, à l’origine, l’apanage de la bourgeoisie qui ne voulait pas que son capital soit dispersé et dilué. Il est devenu un leitmotiv écologique pour sauver la planète !

Des problèmes insolubles

Le pronostic pessimiste de Malthus a simplement été différé dans le temps. La contrainte naturelle dont il parlait et qui fut tant décriée, refait surface avec encore plus d’acuité. La liste de nos méfaits est considérable et dans de nombreux domaines il n’existe pas d’alternative réaliste !

La romancière Fred Vargas s’est attelée à la tâche d’énumérer les principaux problèmes écologiques que nous avons à résoudre, dans un livre, à la fois stimulant et désespérant, intitulé « L’humanité en péril ». Quel que soit l’angle avec lequel on étudie la situation, il n’y a pas d’échappatoire à la décroissance !

Les évènements vont nous obliger à vivre différemment et l’épisode du Covid-19 apparait d’une étrange synchronicité, comme si cette pandémie était à la fois un signe du destin pour nous aider à prendre conscience et un stimulus pour nous aider à changer de cap. `

On peut se demander aussi s’il n’eut pas mieux valu laisser le virus accomplir son œuvre jusqu’au bout et soulager un peu l’humanité de son trop plein de population, surtout les personnes âgées qui sont devenues très (trop ?) nombreuses. Malthus approuverait cette idée ! Quoiqu’il en soit, le diagnostic que fait l’auteure est lapidaire : « Notre modèle actuel n’est plus viable, même au prix d’aménagements ».

Le réchauffement climatique n’est pas la moindre des menaces, mais les solutions plus ou moins écologique qui sont proposées butent toutes, à terme, sur l’épuisement des ressources naturelles : eau, lithium, terres rares, argent, chrome, zinc, etc. Il va nous falloir vivre autrement et nous y préparer très vite car c’est pour demain.

Nous vivons une époque charnière et, il ne faut pas se voiler la face, nous sommes à l’aube d’un nouveau monde. Pour ne pas avoir à subir le changement inéluctable, il convient de l’anticiper. Cela sera le thème de ma prochaine chronique, qui sera intitulée « Anticiper la décroissance ».

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Ne vous inquiétez pas, je n’ai rien à vendre !… ce ne sont que des sujets de réflexion…

 

 

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