842 – OPEN-BAR POUR LA SANTÉ

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Je suis inquiet pour mes compatriotes. La peur de la maladie semble ronger leur cerveau et aussi leur portefeuille ! Les services de santé sont désormais en libre-service et tout est gratuit, à volonté, sans limitation et sans contrôle…

La grande question philosophique consiste à savoir jusqu’où l’intérêt individuel prime sur l’intérêt collectif ! Pour définir ce dilemme, on utilise le terme « d’aléa moral » qui traduit l’expression anglo-saxonne « moral hazard ».

Ce concept d’aléa moral concerne de très nombreux problèmes de société, depuis le réchauffement climatique jusqu’aux soins de santé. Dans une société de plus en plus égoïste et individualiste, il devient urgent de mettre des limites au chacun pour soi et au mépris des conséquences sur la collectivité.

D’abord s’informer

Tout se passe comme si la santé n’était pas d’abord l’affaire des citoyens et leur responsabilité propre. Il est plus facile de prévenir que de guérir, mais rien ni personne ne nous incite à prendre notre santé en main pour éviter d’être malade.

Les conseils nutritionnels et d’hygiène devraient être diffusés dès l’école primaire pour bien les ancrer dans la tête de chacun. Au lycée cela devrait faire l’objet d’une matière à part entière afin de comprendre les bases du métabolisme et du fonctionnement du corps humain. Les cantines scolaires se devraient d’être exemplaires en la matière : pas d’aliments sucrés, beaucoup de légumes, des céréales complètes…

Ensuite ces informations indispensables seraient reprises et adaptées par les médecins qui seraient de vrais pédagogues. Il faudrait pour cela que les médecins soient eux-mêmes formés, non pas uniquement pour soigner les maladies, mais aussi pour éviter d’être malade. (relire la chronique 836 « La médecine moderne se désintéresse de la santé »)

Je suis consterné de constater l’ignorance de nombreux médecins sur les bases fondamentales de la nutrition et sur la capacité de certains compléments alimentaires pour corriger le métabolisme. La grande majorité des diabètes de type 2 ou d’hypertensions pourraient être facilement évitée avec une prise en charge nutritionnelle précoce. Certains médecins prescrivent des antidiabétiques ou des hypotenseurs sans aucune recommandation alimentaire !

Le lucratif dépistage

Bien sûr, je sais, les conseils ne rapportent rien à celui qui les donne, ni aux labos qui font la formation médicale continue et ne parlent que de médicaments. Tout le système médical actuel est bâti sur le dépistage et non sur la prévention, c’est-à-dire sur la recherche de nouveaux malades mais non pas sur la diminution de la morbidité !

Ce dépistage, érigé en dogme fondamental, y compris pour les maladies que l’on ne sait pas soigner, est alimenté par la peur, diffusée tout azimut sur les ondes. Le nombre de maladies que nous pourrions potentiellement avoir est si grand que l’on se demande parfois s’il est normal que nous soyons en bonne santé. Ces dangers qui nous menacent constituent le fond de commerce de nombreux professionnels de santé. Chacun rivalise pour nous proposer des check-up indispensables, vitaux, élémentaires et il faudrait être inconscient pour les refuser ! C’est gratuit et sans limite…

C’est ainsi que nous naviguons de coloscopie en IRM et scanner pour vérifier si la machine est encore bonne pour le service. Au moindre doute, on nous propose une analyse complémentaire et nous nous baladons de spécialiste en spécialiste, avec à chaque fois cette peur au ventre, qui est non seulement le moteur du système, mais qui aussi provoque un effondrement de nos barrières immunitaires… La peur nous prédispose aux maladies, à commencer par le cancer. Autrement dit, c’est tout bénef !

La surmédicalisation

On arrive donc à une situation totalement hors de contrôle. Vous pouvez consulter pour n’importe quel motif, même le plus anodin. Si vous êtes en retraite et que vous vous ennuyez à la maison, un rendez-vous hebdomadaire (ou plus) pour une consultation, un bilan, une analyse, un check-up, etc, est une bonne façon d’occuper son temps… utilement !

Personne ne va jamais vous dire que vous êtes hypochondriaque et vous rassurer, non, au contraire, le système est fait pour vous inquiéter. Il n’est pas prévu de limite à la consommation médicale, c’est l’open-bar à volonté.

Mais il ne faut pas croire que l’excès de consommation médicale ne concerne que le dépistage chez les hypochondriaques, il concerne aussi les soins aux vrais malades, oui, hélas, il y en a ! Les prescriptions et examens inutiles ou redondants sont légions. Une étude vient de paraitre concernant le système de santé dans la très vertueuse Suisse. Ceci fait apparaitre que « dans le système de santé suisse, 20% des actes sont superflus » et pourtant les auteurs de l’étude précisent qu’ils ont été très prudents et conservateurs dans leurs chiffres.

Le manque de coordination entre les différents services hospitaliers ou entre les différents prescripteurs conduit à des actes en double, sans compter les actes sans utilité médicale. L’important semble être le business avant tout et ni les assurés ni les prescripteurs ne se préoccupent du coût pour la collectivité. Et encore, on ne parle pas de l’acharnement thérapeutique sur les vieillards en fin de vie… Malgré cela il serait facile d’économiser de l’ordre de mille euros par patient et par an !

En France, le budget de la Sécurité Sociale est supérieur au budget de l’Etat, il représente 25% de la richesse nationale et croît plus vite que le PIB. Cela veut dire que son poids s’alourdit d’année en année. J’ai plusieurs fois prédit que notre économie va s’effondrer sous le poids des dépenses de santé…

Une société malade

On peut se demander si la société n’est pas collectivement et globalement malade ? Une société frileuse et peureuse, terrifiée par la maladie, incapable d’envisager la mort, est une société psychiquement malade.

L’épisode du covid-19 illustre parfaitement ce que je veux dire : la peur a engendré une panique disproportionnée, elle a mené à des décisions dépourvues de bon sens, comme le fait de mettre en quarantaine un gamin dès qu’il a la goutte au nez ! Je ne sais pas ce que l’Histoire retiendra de notre comportement en cette année 2020, qui aura peut-être battu tous les records de bêtise depuis le début de l’humanité… 

Savez-vous que les infections nosocomiales, contractées à l’hôpital, concernent en France 800.000 patients, (1 patient sur 20), chaque année, dont 20.000 en meurent ? Savez-vous que 30% des patients ventilés en réanimation meurent de pneumopathie ? En Allemagne, une infection nosocomiale est impliquée dans 13,5% des décès ! Cela n’est pas rien et cela relativise les méfaits du covid ! Est-ce que l’on ferme les hôpitaux pour cela ? (1)

Les psychanalystes, et tous les spécialistes de l’âme humaine, peuvent déjà spéculer sur le sens et l’origine de notre peur panique de la maladie qui atteint des sommets inquiétants. La surconsommation médicale n’est que la résultante de ce comportement pathologique.

Il semblerait que la société de consommation, qui a poussé le cynisme jusqu’à l’absurde, soit lasse de vivre et se laisse aller à la déprime. La peur panique de la mort s’apparente à la peur de vivre…

Nous en revenons à l’aléa moral dont je parlais au début de ce texte. Pour éviter à quelques milliers de vieillards de mourir, nous avons mis à la rue des centaines de milliers de citoyens, démunis et déboussolés, nous avons privé d’éducation des millions de jeunes, livrés à eux-mêmes…

« Au moment même où un enfant nait, il est condamné à mort » fait remarquer L’artiste Christian Boltanski qui expose en ce moment au festival Images de Vevey en Suisse. On y voit, sur un écran, en temps réel, le nombre de morts et de naissances… et on remarque qu’il y a plus de naissances ! Restons optimistes…

Oui, je m’inquiète plus de la santé morale de mes concitoyens que de leur santé physique. Il va falloir qu’ils se mettent dans la tête que nous sommes mortels. Notre société a perdu la tête !

(1) – « La mortalité attribuable aux infections hospitalières » – Dr Pascal Astagneau 

C-Clin Paris Nord

3 comments

  1. Et moi , je suis effaré de constater que le médecin généraliste ne connaît rien en matière de respiration et notamment qu’il est très important d’avoir un bon taux de CO2 pour être bien oxygené. On appelle cela l’effet BOHR.
    Année après année je me suis rendu compte de la différence entre mon médecin et moi .
    Moi je ne connais rien en maladie , je n’ai aucune expertise dans ce domaine . Par contre j’en connais un bout en matière de santé et comment faire pour la préserver .
    Mon médecin , lui , ne connaît que les maladies qu’il a appris à l’université .
    En fait , c’est le fond de commerce de big pharma …..

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