858 – MES RENCONTRES EN 2020

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La durée d’une vie n’est pas linéaire et homogène. Certaines années comptent et pèsent plus que d’autres. L’année 2020 pèse lourd, sans conteste, mais chacun y a puisé son propre enseignement. Je partage avec vous mon année 2020…

Je vous livre, pêle-mêle, dans un premier jet, ce que je retiens aujourd’hui de cette année 2020 qui marquera les annales, année historique sans doute, année pivot qui ouvre, à n’en pas douter, sur une époque nouvelle qu’il nous faudra construire ensemble…

La Philosophie du réconfort

Le confinement a réduit les échanges, les visites, les aventures et les voyages mais il a favorisé la méditation, l’introspection et la réflexion. C’était une année nécessaire après des décennies d’agitation et de fuite en avant. Nous avions besoin de reprendre notre respiration.

La philosophie a toujours été pour moi un refuge, un repli sur soi dans une sorte de tour d’ivoire d’où je contemple le monde, avec recul, et une vision plus vaste que dans l’agitation quotidienne.

Philosopher, ce n’est pas pour moi spéculer sur le sexe des anges ou sur la quadrature du cercle, c’est seulement m’orienter dans la vie, de façon pratique, c’est naviguer dans des nouvelles contrées avec quelques repères de base, quelques valeurs fondamentales qui me guident.

J’ai quelques maitres, qui cette année m’ont aidé. Je citerai d’abord Marc-Aurèle, l’empereur philosophe, stoïcien célèbre, homme d’action et de réflexion, ce qui est rare. J’ai médité sur cette sentence pleine de sagesse : « Il ne faut pas dépendre de ce qui ne dépends pas de toi ». 

Je ne résiste pas à la tentation de partager aussi avec vous cette si belle prière de l’empereur, que vous connaissez sans doute déjà, mais qu’il est si beau d’entendre à nouveau, par ces temps de confinement : « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre ». Une phrase que l’on pourrait répéter chaque matin afin d’être armés pour traverser 2021… qui ne sera pas de tout repos…

Et cette autre phrase admirable sous la plume d’un homme qui fut le maitre du monde, ce général qui mena des guerres de la Syrie à la Germanie, qui endura des famines et qui subit une pandémie, qui décima durant des décennies les populations de l’empire : « La nature rend chacun de nous capable de supporter ce qui lui arrive ».

Pascal m’apporta aussi son aide pour mieux apprécier de rester chez moi : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir rester en repos, dans une chambre ». Bien plus tard, Heidegger ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit que « la non-activité est l’occasion de saisir notre plénitude à être ».

Je n’ai pas oublié des penseurs plus libéraux et contestataires, tel le suisse Benjamin Constant qui semble s’adresser de loin à nos gouvernants souvent trop interventionnistes : « Prions l’autorité de rester dans ses limites. Qu’elle se borne à être juste ; nous nous chargerons d’être heureux ».

Bien entendu, les écrits de mon maitre Alexis de Tocqueville ne sont jamais loin de ma table de nuit. J’ai cru qu’il s’adressait à nous en écrivant : « Je crois qu’il y a des résistances honnêtes et des rebellions légitimes ». Les rebellions sont légitimes, lorsque les lois sont injustes : « Quand donc je refuse d’obéir à une loi injuste, je ne dénie pas à la majorité le droit de commander, j’en appelle seulement de la souveraineté du peuple à la souveraineté du genre humain ».

La philosophie devenue folle

Mais il faut que je vous parle aussi du livre le plus terrifiant que j’ai lu cette année. Ce sont les thèses portées par une nouvelle génération de penseurs qui sont fort bien analysées par le philosophe Jean-François Braustein dans « La philosophie devenue folle » dont je vous recommande la lecture, si vous n’avez pas peur d’avoir des cauchemars.

Je vais très brièvement vous résumer la logique de cette nouvelle philosophie postmoderne qui, à mon avis, menace tout simplement les fondements de notre civilisation. Le fil de cette pensée consiste à abattre les frontières, toutes les frontières : le bien et le mal n’existent pas, la « normalité » n’existe pas, donc tout est normal, il n’y a pas de différence entre un humain et un animal, dans un cas il s’agit « d’animaux humains » et de l’autre « d’animaux non-humains ». En bref, il s’agit de concepts binaires issus de la morale bourgeoise qu’il convient de répudier !

Bien entendu, il n’y a pas de diférence entre les sexes et il est tout à fait légitime de passer de l’un à l’autre au gré de ses fantaisies. Les activités sexuelles sont permises tout azimut, si je puis dire, pourvu qu’il n’y ait pas de brutalité, avec des animaux aussi puisqu’ils ne sont pas fondamentalement différents des humains, avec des enfants pourquoi pas, si on ne leur fait pas de mal. Pas besoin d’ajouter que ces philosophes sont de fervents supports des communauté LGBT+ et de la pansexualité !

A part la sexualité, la grande affaire de ces penseurs s’oriente vers un effacement de la frontière entre la vie et la mort. Autrement dit, ils naviguent essentiellement entre Eros et Thanatos, comme tout un chacun ! Ainsi, puisqu’un nouveau-né n’est pas encore conscient d’être une personne, il n’a donc pas un droit légitime à la vie, pas plus qu’un fœtus in utero contre lequel on peut pratiquer un avortement. La logique est implacable et conduit directement à l’infanticide qui n’est pas une faute morale, puisqu’il n’y a plus de morale.

Par conséquent, l’infanticide, autorisé pour convenance personnelle, comme l’avortement, conduit tout droit à l’euthanasie de tous ceux qui « n’ont pas une vie qui mérite d’être vécue ». La notion est floue et permet tous les cas de figure.

Sous l’influence de cette philosophie, la définition de la mort fut modifiée, de « mort clinique » en « mort cérébrale ». Il s’agit en fait d’une mort juridique et légale de quelqu’un qui n’est pas cliniquement mort, qui respire encore et qui a besoin de s’alimenter, mais sur lequel on va pouvoir prélever des organes.

D’où aussi l’idée du psychiatre Willard Gaylin, président du Bioethic Hasting center, qui dans son livre au titre explicite, Harvesting the Dead, propose de cultiver des néo-morts, dans des fermes de cadavres ou bioemporiums, afin d’avoir des organes facilement disponibles pour l’enseignement, pour tester des médicaments ou pour les greffes.

Quels sont ces penseurs fous ? Ce sont les maitres à penser des plus grandes universités américaines, en général professeurs de Bioéthique, (le comble !), et lus par des milliers d’étudiants dans le monde : Judith Butler à Berkeley, John Money à John Hopkins, Peter Singer à Princeton, Donna Haraway à l’Université de Californie à Santa Cruz, Hugo Engelhardt à Rice University à Houston…

Voilà pour l’essentiel, je vous ai épargné les détails ! Vous voyez que mon confinement n’a pas toujours été serein, mais je vous conseille cependant le livre, extrêmement bien documenté, de Jean-François Braustein, car il montre vers quel monde d’effroi nous allons et que les nazis n’auraient pas renié. Ces questions sont au cœur de notre civilisation et nous devons lutter de toutes nos forces contre ces perversions de l’esprit !!!!

Le livre et le film qui m’ont ému

J’ai fait aussi des rencontres plus sereines et j’aimerais vous dire quelques mots d’un livre que j’ai beaucoup aimé : « L’Éthique du samouraï moderne » de Patrice Franceschi, une petite merveille dans laquelle j’ai puisé avec délice une multitude de citations pleines de sagesse, dont voici quelques pépites pour vous mettre l’eau à la bouche.

« Le bonheur véritable n’est rien d’autre que l’adéquation constante entre ce que l’on pense et ce que l’on fait ». Et l’existence de la mort nous oblige « A faire de chaque seconde une vie entière ».

Et à quoi reconnait-on quelqu’un qui n’est pas un samouraï moderne ? : « A la litanie de ses plaintes »… et gardez-vous que « le sang chaud qui coule dans vos veines ne se transforme jamais en liquide trop tiède ».

Enfin, je vous livre celles-ci pour qu’elles vous accompagnent tout au long de 2021 : « Ne craignez pas de penser à l’inverse du plus grand nombre, d’aller à contre-courant, de naviguer contre vents et marées, d’être seuls ». Et, « Si, pour vous faire rendre les armes, on vous propose un peu plus de sécurité en échange d’un peu moins de liberté, refusez poliment ».

Par ailleurs, j’aime bien les films avec une trame psychologique fine et cohérente. Des films qui ont quelque chose à dire avec des acteurs qui portent un message, ce que l’on appelle souvent des films d’auteur. Dans cette veine, ma femme m’a fait découvrir « Tallulah ». En deux mots, une très jeune femme un peu paumée qui, à la suite d’une rencontre insolite, est amenée à faire un rapt d’une enfant maltraitée auprès d’une mère qui ne parvient pas à assumer. Au fil des évènements, on comprend que la jeune femme, qui fut elle-même abandonnée par sa mère, répare son enfance… C’est subtil et très bien joué. Un rare film délicat, dans un monde de brutes !…

L’émission d’information qui décoiffe

Je n’ai jamais beaucoup aimé les grandes chaines d’information qui véhiculent un « politiquement correct » et nous abreuvent des idées à la mode, concoctées dans des cénacles parisiens « branchés » et, selon moi, décadents. En outre, pour mieux asseoir leur pouvoir médiatique, ils diffusent la peur.

C’est ainsi que l’on m’a incité à écouter celui que je considère comme le meilleur analyste politique que j’ai entendu depuis longtemps. On m’avait parlé de lui depuis des lustres, mais je m’étais laissé influencé par ce que l’on disait de lui dans la presse bien-pensante où il était qualifié d’infréquentable. 

Un jour, j’ai osé transgresser cet interdit virtuel et j’ai découvert l’intelligence et la verve percutante d’Éric Zemmour, qui intervient chaque jour de la semaine à 19 H sur C-News, au milieu d’un petit aéropage sympathique et intelligent. Les échanges sont ouverts et courtois, un vrai moment de bonheur et de stimulation pour l’esprit, ce qui n’empêche pas de conserver son libre-arbitre… Si vous ne connaissez pas cette émission, je vous la conseille sans réserve, elle est rafraichissante par les temps qui courent. Zemmour est tellement au-dessus de tous les autres commentateurs, que je comprends maintenant pourquoi il a tant d’ennemis !

Voilà, vous savez tout sur ma traversée 2020. Elle fut malgré tout tranquille et pleine de découvertes merveilleuses ou bousculantes. Parlez-nous de vos découvertes 2020 afin de les partager avec les lecteurs de chronique libre, que j’espère plus nombreux chaque année !

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