896 – COUP DE TRAFALGAR !

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L’Europe doit se réveiller ! L’Union Européenne est l’objet humiliations répétées de la part de ses « amis » et « alliés ». C’est le symbole du déclin de l’Europe, cette lointaine banlieue de l’Empire, désormais rangée au rebut de l’Histoire.

 On ne peut être trahi que par ses amis et ceux que nous aimons !

Vous connaissez la formule célèbre : « Dieu me garde de mes amis ; mes ennemis je m’en charge ».

Cependant, dans le domaine de la géopolitique, il n’y a ni ami ni sentiment, c’est ce que l’on appelle la « realpolitik ». Mais les pays de la vieille Europe avaient encore quelques illusions romantiques qu’ils vont devoir abandonner, et réviser leur vision du monde, pour être plus réalistes.

Le grand point faible des citoyens européens, et en particulier des Français, c’est qu’ils ont besoin d’être aimés. Ils oublient que dans les rapports humains et surtout dans les rapports internationaux, ce qui compte c’est d’être respecté, sachant que l’on ne respecte et n’admire que la force…

Le mépris américain

Le monde Occidental était, jusqu’il y a peu, constitué de deux blocs qui partageaient la même origine et la même culture : L’Europe et l’Amérique. Depuis la guerre, cette dernière exerçait le leadership de ce couple.

Le Journaliste Bock-Côté, qui désormais officie sur C-News en lieu et place du remarquable Eric Zemmour, a bien défini l’Amérique d’aujourd’hui comme étant le « post-occident ». C’est-à-dire que l’Europe a décroché et ne compte plus dans le destin de l’empire, comme jadis lors de l’effondrement de l’Empire romain d’Occident, l’Empire d’Orient poursuivit seul son destin…

Désormais donc, l’Amérique décide seule et prétend gouverner le monde occidental en fonction de ses seuls intérêts économiques et géostratégiques. D’une certaine manière, l’Occident se replie sur ce que l’on peut dénommer le monde Anglo-Saxon, comme vient de le démontrer le nouveau traité entre les USA, L’Australie et la Grande-Bretagne, véritable partenariat stratégique qui comprend aussi la construction d’un sous-marin nucléaire.

Cet accord est d’une grande perfidie car il s’est fait à l’insu et contre les Français qui avaient signé depuis plusieurs années un contrat militaire avec l’Australie et qui se trouve donc annulé. Dans un article qui vient de paraitre, l’ancien ambassadeur Laurent Dominati a cette remarque qui fait mal : « Il faut noter que Washington s’étonne de notre étonnement. Là est l’humiliation : comme si on n’existait pas ». Il ajoute plus loin : « Drôle de façon que celle des Américains de vouloir impliquer les Européens dans leur conflit avec la Chine en les écartant du Pacifique ».

Devant le parlement européen, Ursula von der Leyden a jugé « inacceptable » l’attitude de Washington vis-à-vis de la France, jugeant sans doute que c’est l’Europe entière qui a été insultée ! Disons que la présidente de la commission européenne a effectué le minimum syndical et en restera là, de peur d’irriter trop les Américains…

Cela fait déjà plusieurs années que les USA décident seuls sans en référer à leurs soi-disant « alliés » qui avaient pris l’habitude de s’aligner. Ils ont décidé de la guerre en Irak, ils ont décidé de la guerre en Afghanistan en nous priant de se joindre à eux, ils ont décidé seuls d’un arrangement avec les Talibans et ont enfin décidé d’évacuer Kaboul en catastrophe sans en référer à quiconque.

Malgré ses cajoleries vis-à-vis de Donald Trump, Emmanuel Macron fut méprisé. Malgré les louanges de la presse bien-pensante européenne vis-à-vis de Joe Biden, ce dernier continue de mépriser superbement l’Europe. Va-t-elle retenir la leçon et se réveiller ?

L’Europe préfère ne pas exister

Si l’Europe n’est pas respectée, c’est aussi probablement parce qu’elle n’est pas respectable. Sur le plan de la défense elle est incapable de mettre sur pied une armée et elle choisit son armement en ordre dispersé.

Plusieurs pays Européens ont choisi du matériel américain et se mettent ainsi en dépendance, les USA étant alors en mesure de donner l’autorisation de s’en servir.

Le dernier exemple en date étant celui de la Suisse qui, d’un côté, cherche un accord de coopération économique avec l’UE et qui, de l’autre, passe commande d’avions de chasse américains ! Il a suffi d’un chantage exercé par Joe Biden lors d’un passage éclair à Zurich pour que le gouvernement Suisse change d’avis et délaisse le choix européen pour le choix américain…

Ce choix est d’autant plus stupide que, étant donné l’étroitesse du pays, l’armée Suisse a besoin de l’autorisation de ses voisins à chaque fois que ses avions de chasse veulent décoller ! Ce qu’il faut souhaiter c’est que les délégations suisses soient désormais persona non grata à Bruxelles, comme Guy Parmelin vient de l’être à Paris.

Il serait temps que l’Europe ose exister, condition essentielle pour se faire respecter. C’est peut-être l’heure de quitter l’OTAN qui a fait entrer le loup dans la bergerie en y incluant la Turquie, qui mène par ailleurs une politique anti-européenne tous azimuts. La France dispose d’une occasion unique pour se faire entendre et de mettre les USA et ses partenaires au pied du mur, en conditionnant son maintien dans l’OTAN à la sortie de la Turquie !

Selon Laurent Dominati, dans la confrontation sino-américaine qui s’annonce, il y a « un vide stratégique planétaire » que l’Europe devait occuper en prenant sa place. Si l’Europe refuse de prendre cette place, la France doit la prendre… Pour cela il faut une volonté politique, se fixer un cap et arrêter de s’aligner sur la voix de l’Amérique.

Des pays comme la Russie ou la Turquie n’ont pas beaucoup de moyens mais ils arrivent à prendre leur place au Moyen-Orient, en Méditérranée et en Europe du Nord. Ils savent utiliser leurs forces aux endroits bien choisis, avec intelligence et détermination.

Ce désir « d’autonomie stratégique européenne » est vue avec recul et scepticisme en Allemagne qui, jusqu’à présent, juge que le parapluie américain coûte moins cher et est plus sûr. C’est la voie de la facilité. Espérons que le prochain gouvernement change d’avis, mais il devra compter avec le lobbying des industriels Allemands qui ne veulent surtout pas gâcher leur juteux commerce avec les USA !

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural

Les Américains refusent de voir que la Russie de Poutine n’a rien à voir avec ce que fut l’Union-Soviétique communiste. Le fait que Poutine ne soit pas un modèle de démocrate ne devrait pas empêcher les européens d’opérer un rapprochement stratégique avec la Russie. Afin d’éviter d’être broyé par la double hégémonie américaine ou chinoise, nous avons un intérêt commun d’agir ensemble.

Les européens doivent refuser de suivre les USA dans toutes leurs entreprises hasardeuses et agressives, dans tous les coins du monde. Quels intérêts avons-nous de provoquer la Russie ? L’Occident aime bien faire la morale au reste du monde, cela lui épargne de regarder ses propres turpitudes. Les Américains disent souhaiter une Russie démocratique, car ils savent bien que cela serait le meilleur moyen de l’affaiblir !

En son temps, le général de Gaulle avait cette vision géopolitique d’une « Europe de l’Atlantique à l’Oural » et il sut s’émanciper de la tutelle américaine en quittant le commandement unifié de l’OTAN. Chacun de ses successeurs s’imagine comme son digne héritier, mais hélas, ils sont tous très loin du modèle qu’ils prétendent servir !

La France a été humiliée et ridiculisée par cette histoire de sous-marins. Derrière elle, c’est l’Union Européenne qui subit le même sort, par ce coup de Trafalgar anglo-saxon. Ce coup de pied au cul devrait nous réveiller et nous sortir de nos illusions et de notre léthargie, ce qui serait une excellente nouvelle…

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