938 – EUROPE: L’ANGOISSE DU DECLIN

Les nuages noirs s’accumulent au-dessus d’une Union Européenne sans gouvernance et sans vision. Elle va prochainement payer la somme de ses propres erreurs qui furent nombreuses et répétées.

Rien n’arrive par hasard et nous sommes tous, individuellement et collectivement, responsables de notre destin. On peut vivre bien, un certain temps, en accumulant un certain nombre d’erreurs qui peuvent passer inaperçues ou qui sont cachées. Puis, un jour, nous commettons l’erreur de trop, qui va faire tout basculer !

Mes lecteurs habituels savent combien j’ai été profondément attaché à la construction européenne qui, à mes yeux, constituait un immense espoir pour que l’Europe de l’Ouest conserve un certain leadership mondial et assure un bon niveau de vie a ses populations. En effet, une Europe désunie et morcelée risquait de retomber dans ses vieux démons, en étant incapable de peser commercialement, industriellement et politiquement face aux deux blocs hégémoniques : les USA et la Chine.

Je suis aujourd’hui envahi par le doute de la capacité de l’Europe à faire face à son destin. Elle peut rapidement gaspiller les derniers atouts qui lui restent et sombrer dans un long déclin. Nous sommes à la croisée des chemins. Les citoyens européens auront-ils le courage du sursaut ou bien continueront-ils sur la voie de la facilité apparente qui leur coûtera très cher ?

Absence de leadership

L’erreur originale de l’Union Européenne fut d’ouvrir ses portes prématurément à des membres qui n’étaient pas prêts structurellement ou psychologiquement. Ce fut le cas de la Grande-Bretagne qui fut, pendant des décennies, un obstacle à une véritable intégration européenne. Intégrer l’Union sans en accepter les contraintes n’a pas de sens et la principale contrainte est un abandon de souveraineté au profit d’une gouvernance centrale.

C’est précisément cette étape qui n’a jamais été franchie et dont la réalisation s’éloignait à chaque fois qu’un nouveau membre venait s’adjoindre au groupe. Il eut fallu conserver encore longtemps le noyau des 6 pays fondateurs avant de les diluer dans une masse de pays qui voulaient profiter de l’attraction économique de l’Union sans en accepter les contraintes.

Nous en sommes là, avec 27 membres qui ne parviennent pas à penser collectivement et privilégient sans cesse leurs égoïsmes nationaux, à courte vue. C’est la grande faiblesse des démocraties contemporaines que d’être incapables de penser à moyen ou long terme, c’est-à-dire au-delà des prochaines échéances électorales…

Nous nous retrouvons donc en 2022 avec une Europe sans véritable gouvernance et sans vision d’avenir, (« un canard sans tête » comme disent ses détracteurs ) et soumis à tous les vents mauvais de l’Histoire. Sans un gouvernement fort, elle ne peut avoir ni une armée, ni une politique internationale, ni une stratégie commerciale crédibles.

L’Europe est donc soumise à toutes les influences des lobbies internationaux et des gouvernements de ses membres. Elle est ballotée sans détenir son destin en main et elle n’est ni écoutée, ni respectée.

La désindustrialisation

Pendant de nombreuses années l’Union Européenne a joui d’un certain prestige qui lui a tourné la tête et l’a incité à vivre au-dessus de ses moyens. Elle s’est crue riche sans se donner les moyens du succès.

C’est ainsi qu’elle a commencé une politique sociale extrêmement généreuse, pour ne pas dire laxiste. Elle n’a pas tenu compte de la concurrence commerciale internationale et elle a perdu sa compétitivité. Pour continuer d’assurer un certain niveau vie à ses citoyens elle a délocalisé l’essentiel de son activité industrielle dans des pays à faible salaire et elle a massivement importé des biens fabriqués en Asie, essentiellement en Chine.

L’erreur et la faute graves des gouvernants fut de faciliter cette désindustrialisation massive sans dire ouvertement qu’il s’agissait d’un véritable appauvrissement. Cette politique à courte vue a été celle de presque tous les gouvernements français depuis les années 80 et ce n’est donc pas un hasard si la France est le pays européen qui s’est le plus désindustrialisé.

Le corollaire de cette désindustrialisation est une perte de compétence généralisée dans de multiples domaines. Ce n’est donc pas un hasard si la France n’a pas été capable de générer un seul grand groupe industriel nouveau. Ce n’est donc pas un hasard si, plus globalement, l’Union Européenne n’a donné naissance à aucun groupe majeur dans le domaine des nouvelles technologies !

Les récents évènements sanitaires et militaires nous ont, de façon cruelle, rappelé combien nous sommes dépendants des importations étrangères pour l’essentiel des biens que nous consommons ! L’Europe a pu mesurer l’ampleur de sa faiblesse structurelle.

Une démographie anémique

Le manque de dynamisme des pays européens se retrouve dans une démographie en chute libre. La situation la pire se situant en Europe orientale ou l’indice de fécondité est souvent inférieur à 1,5 enfant par femme, alors que l’indice de renouvellement naturel est de 2,1 enfants par femme.

 Un pays comme l’Ukraine comptait 52 millions d’habitants en 1990, il n’en comptait plus que 43 millions en 2021 et il a encore perdu 6,5 millions d’âmes en 2022, suite à la guerre.

C’est un phénomène constant en Europe de l’Est où se cumule une très faible natalité et une émigration massive vers l’Europe de l’Ouest.

Ce sont ces pays exsangues que l’Union Européenne a comme projet mortifère d’intégrer pour s’affaiblir davantage ! Ukraine, Bulgarie, Serbie et d’autres encore…

L’Union Européenne subit elle-même un déficit démographique inquiétant avec un vieillissement accéléré de sa population ce qui pose d’immenses problèmes au système des retraites. Les partis politiques, qui persistent à promettre la retraite a 60 ans, sont gravement coupables d’aveuglement et de l’appauvrissement généralisé. Les citoyens qui croient ces promesses sont ignorants ou stupides, ou les deux à la fois !

Aucun pays de l’UE n’a un indice de fécondité qui peut assurer son renouvellement. De nombreux pays ont des indices très faibles, inférieurs à 1,3 comme en Italie ou en Espagne qui ne comblent ce déficit que grâce à l’immigration, en provenance d’Amérique Latine pour l’Espagne et d’Europe de l’Est pour l’Italie. La France est en tête du peloton avec un indice de fécondité de 1,77 grâce à son importante population magrébine qui poursuit son mouvement migratoire important.

Quoi qu’il en soit, l’Europe vieillit vite ce qui n’est pas un gage de dynamisme mais qui constitue un poids financier qui va vite devenir insupportable.

L’Inflation destructrice

La menace la plus grande, à court terme, qui désormais plane au-dessus de l’UE, est une inflation massive qui va amputer fortement le niveau de vie des citoyens. Il s’agit d’un élément déclencheur qui va mettre en exergue toutes les faiblesses de l’Europe que j’ai énumérées précédemment.

Pendant des années, et encore actuellement, la Banque Centrale Européenne, sous la pression des gouvernements, a créé à partir de rien une quantité phénoménale de monnaie pour assurer le train de vie des citoyens. Depuis maintenant trop longtemps l’Europe vit au-dessus de ses moyens ! Cette politique à court terme est extrêmement dangereuse car elle a pour conséquence de surenchérir le prix des actifs (actions des sociétés et immobilier), c’est-à-dire d’enrichir les riches et d’éloigner les pauvres du plaisir d’être propriétaire !

Les États sont donc très endettés. Je l’ai déjà écrit, la dette de la France atteint la somme vertigineuse de 2800 milliards d’euros, dont 600 milliards sous le règne d’Emmanuel Macron. Tant que les taux d’intérêts étaient extrêmement faibles, cela était assez indolore, mais imaginez ce qui va arriver avec un taux d’intérêt de seulement 3% : Il faut sortir 84 milliards chaque année, en pure perte.  A 4% ou au-delà vous pouvez calculer vous-même…

C’est dans ce contexte que survint la guerre en Ukraine qui aurait pu être circonscrite, si les Etats-Unis et les gouvernements européens n’avaient pas jeté de l’eau sur le feu entrainant une flambée du prix de l’énergie dont ils sont les seuls responsables. Certains pays européens, par leur stupidité, risquent même d’être privé du gaz Russe !

C’est donc tout l’édifice européen qui est menacé : les sites industriels sont menacés d’arrêt, les autres vont augmenter leur prix et perdre leur compétitivité. L’Europe va devoir importer davantage ce qui aggrave une situation déjà périlleuse. Les citoyens vont s’appauvrir et c’est l’ensemble de l’Europe qui va s’affaiblir au profit des USA et de la Chine. De son côté la Russie renforce ses partenariats avec l’Inde et la Chine.

L’Europe est donc perdante sur toute la ligne ! L’Euro, qui a déjà perdu 10% de sa valeur depuis le début de l’année, va de nouveau être menacé sous l’effet de l’écart entre les taux d’emprunt Allemand et Italien ! Nos gouvernants sont directement responsables de cet immense gâchis qui ressemble à un suicide économique collectif. Pendant ce temps-là, les citoyens et même les divers partis politiques semblent aveugles et sourds à ce qui se passe vraiment, sous leur nez, dont ils sont pourtant les artisans.

Le déclin de l’Europe est en route. Ce déclin n’est pas linéaire, il peut soudainement s’accélérer jusqu’à l’effondrement soudain. Il suffit d’un élément déclencheur qui ébranle les fondements de l’édifice. L’inflation, si elle devient incontrôlée, peut menacer la survie de l’euro. De cette catastrophe, nous serions collectivement directement et pleinement responsables… Nos gouvernants, ceux que nous avons élus, auront tout fait pour en arriver là !

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