941 – LA NOUVELLE GUERRE DE L’OPIUM

La société occidentale est la proie d’un déclin rapide, comme l’attestent de nombreux symptômes que nous avons souvent analysés. Parmi ceux-ci, l’augmentation continue de l’usage de drogues psychoactives est symbolique d’une société déprimée qui se délite et s’autodétruit !

Depuis la fin du XVIIIème siècle les Anglais disposaient du monopole de la vente de l’opium en Chine. Mais, au milieu du XIXème siècle, la dynastie Qing voulu interdire la culture du pavot et la consommation de l’opium qui minait la société chinoise.

A deux reprises les Britanniques, auxquels se joignirent les USA et la France, firent une guerre peu glorieuse au gouvernement chinois pour l’obliger à autoriser le commerce très lucratif de l’Opium, financé par la banque HSBC. A deux reprises les Chinois furent vaincus et, en 1860, les Anglais prirent possession de Hong-Kong et obligèrent les Chinois à signer des traités commerciaux qui leur étaient très défavorables !

Les substances naturelles

L’usage, de plus en plus fréquent, de drogues psychoactives, de plus en plus dangereuses, est en soi le symptôme d’une société qui a perdu ses repères traditionnels et cherche à fuir, de façon artificielle, une vie qui lui semble absurde ou trop lourde à porter et qu’il faut oublier.

Il s’agit d’un phénomène social de grande ampleur, en particulier dans les jeunes générations. En France, on estime à 1,3 million le nombre d’usagers réguliers de cannabis et 4,6 millions d’utilisateurs occasionnels…

Par ailleurs, 2,1 millions de français ont expérimenté la cocaïne, 1,9 million ont utilisé l’ecstasy et 500.000 ont essayé l’héroïne !?

A tout seigneur tout honneur, l’abus d’alcool demeure en tête de la consommation des substances naturelles psychoactives. Un tiers des élèves de 3ème consomment régulièrement de l’alcool ! 46% des patients qui consultent pour addictologie sont dépendants de l’alcool. La consommation d’alcool en France atteint le chiffre impressionnant de 10,4 litres d’alcool pur par an, au-delà de 15 ans ! Depuis fort longtemps nous noyons dans l’alcool les chagrins inhérents à notre humaine condition.

Les drogues légales ne sont pas en reste et ne sont pas moins dangereuses. Selon les chiffres officiels, 21% des Français reçoivent dans l’année une prescription pour un psychotrope : antidépresseurs, anxiolytiques et hypnotiques. On peut légitimement s’interroger sur ce qui nous fait peur et que nous devons fuir…

Un autre sujet d’inquiétude concerne l’hyperactivité de l’enfant qui concernerait 200.000 à 500.000 jeunes qui, selon les instances médicales, devraient être traités par le célèbre Ritalin, véritable castrateur psychologique, dérivé des amphétamines, aux nombreux effets indésirables. Je vous conseille de lire à ce sujet le rapport d’un groupe de psychiatres intitulé « Inventer une maladie pour droguer nos enfants » et disponible en ligne. Dans cette étude édifiante, vous apprendrez que « Le trouble de déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité, n’existe pas scientifiquement : rien n’a été découvert, ni en génétique, ni en biochimie, ni en imagerie ». L’usage du Ritalin (ou Concerta, Quazym, Medikinet) essaie de combler par une drogue le déficit éducatif des parents et des enseignants !…

On voit bien qu’il n’existe pas véritablement de frontière entre les drogues illicites et les drogues légales, ce qui autorise toutes les dérives et confusions.

L’opium : l’arme des Talibans

C’est pendant l’occupation américaine de l’Afghanistan que la culture du pavot a culminé pour produire 9.000 tonnes d’opium qui suffit à fournir 90% de la consommation mondiale d’opium et d’héroïne. Il est étrange de constater que l’opium possède la double vertu de financer Al-Qaida et l’État islamique d’une part et de mettre en dépendance une partie de la jeunesse occidentale d’autre part. Les Talibans font coup double !

Aux USA, le nombre de drogués à l’opium ou à ses dérivés synthétiques ou semi-synthétiques se compte par millions ! La mortalité par overdose est en augmentation constante et a fait 107.000 victimes en 2021, dont 70.000 décès liés aux opiacés. C’est un chiffre surréaliste qui en dit long sur l’état de délabrement de nos sociétés qui n’en finissent pas de vouloir se détruire.

La situation est d’autant plus affligeante lorsque l’on apprend que ces opiacés sont prescrits en toute connaissance de cause par le corps médical qui, selon son habitude, s’arroge le droit de vie et de mort sur ses patients sans jamais à avoir à rendre des comptes !

Si le désormais célèbre et hautement addictif Fentanyl, cent fois plus puissant que la morphine, génère la misère physique et morale dans les populations américaines les plus fragiles, il faut aussi compter sur la consommation de différents cocktails à base d’opiacés et d’autres drogues. Les dégâts sont considérables, en particulier chez les amérindiens.

Les psychotropes légaux

Ce n’est pas parce qu’une substance psychoactive a obtenu le label de médicament qu’elle est moins nocive et moins dangereuse. L’abus de psychotropes légaux est aussi dramatique et aussi symptomatique d’une société à la dérive, que l’abus de drogues illicites. Bien souvent ils ont l’un et l’autre le même mécanisme d’action.

Un Français sur quatre prendrait, plus ou moins régulièrement, un ou plusieurs médicaments psychotropes (anxiolytiques, antidépresseurs et hypnotiques). Il se vendrait près de 150 millions de boites de psychotropes chaque année. 23% des adolescentes consommeraient des psychotropes, souvent celui de leurs parents ! Ces chiffres sont affligeants…

Voici ce qu’écrivait le Professeur Zarifian : Il n’existe actuellement aucune réflexion dans le milieu médical, et en particulier dans le milieu psychiatrique académique, sur l’éthique de la prescription de médicaments psychotropes. Les leaders d’opinion restent muets face à l’abaissement de la limite entre le normal et le pathologique, ouvrant de nouveaux marchés à la prescription ; […] ils acceptent la banalisation de l’utilisation des psychotropes pour lesquels il n’existe nulle part de pharmacovigilance spécifique de leurs possibles effets psychiques indésirables. […] Il existe une intentionnalité claire de fournir exclusivement aux médecins généralistes ou spécialistes, par la voie de discours académiques, une représentation monolithique réduite aux seuls symptômes accessibles aux seuls médicaments. » Alors que « pratiquement toutes les études cliniques, épidémiologiques, médico-économiques, sont suscitées, financées et exploitées au plan statistique de manière autonome par l’industrie ou par des sous-traitants qu’elle rémunère. »

Les Nouvelles Substances Psychoactives (NSP)

Quand il s’agit de se détruire, les humains sont inventifs et créent sans cesse de nouvelles molécules psychoactives plus ou moins délétères.

« Elles existent sous toutes les formes, en liquide, en cristaux, en poudre… certaines se fument, s’injectent par voie intraveineuses (slam), se « pluggent » (administration intra rectale) … Elles ont en commun d’être des imitations des drogues traditionnelles avec des effets superpuissants » écrit le psychiatre addictologue Laurent Karila.

L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies a répertorié, en 2021, une nouvelle substance chaque semaine. Dans cette forêt abondante et inextricable des NSP se distinguent deux grandes familles : les cathinones de synthèse, dont le plus célèbre est la 3-MMC, dérivés des feuilles de khat, un arbuste africain aux effets stimulants, d’une part, et les cannabinoïdes de synthèse d’autre part.

Environ 5% des jeunes de 17 ans déclarent avoir déjà consommé l’une ou l’autre de ces drogues de synthèse psychoactives aux noms évocateurs et disponibles sur le net : « Spice Diamond », « Yucatan Fire », « Chill X », et Buddha blue » ou encore dénommé en France « Pète ton crane », cannabinoïde de synthèse sous forme de liquide à vapoter et utilisé dans divers établissements scolaires, selon un reportage du journal « Le Monde » publié en Juillet 2022.

Selon la même étude, ces substances seraient majoritairement fabriquées en Europe et en particulier aux Pays-Bas, phare avancé du libéralisme pour ne pas dire du laxisme. Les matières premières proviennent de Chine et sont généralement des ingrédients utilisés par l’industrie pharmaceutique (éphédrine, amphétamines) qui sont ensuite confiés à des chimistes ingénieux capables de produire facilement plusieurs tonnes…

C’est ainsi que le trafic de drogues synthétiques s’est développé plus rapidement que celui des drogues d’origine végétale. Plus besoin de plantations à entretenir et à arroser, un simple labo suffit !

« Ce sont surtout les psychostimulants qui ont progressé et notamment les cathinones (proches de l’amphétamine), moins couteux et facilement accessibles » affirme une pharmacologue. La 3-MMC, par exemple, était à l’origine utilisée par des consommateurs gays, dans le cadre du « Chemsex », pour intensifier les performances sexuelles. Selon Laurent Karila, elle touche dorénavant une clientèle plus large, hétéro, qui la consomme comme la cocaïne, « à l’apéro » …

Tout cette petite marchandise arrive discrètement et efficacement par la poste, directement dans votre boite-aux-lettres. Je m’interroge sur les raisons qui attirent les nouvelles générations vers des psychostimulants et des hallucinogènes variés qui les mettent gravement en danger. Est-ce la recherche de sensations fortes pour se sentir un surhomme, dans une vie triste et maussade ? Est-ce le besoin urgent de fuir une condition humaine trop lourde à supporter ? Ou bien encore, est-ce une pulsion de mort plus fondamentale qui parcoure nos sociétés usées, fatiguées, blasées… ?

Chronique après chronique, je n’en finis pas d’énumérer les symptômes d’une société occidentale en voie de déliquescence. Nos dirigeants, les parents et les enseignants se sont épuisés dans une lutte vaine contre la pulsion de mort. Peut-être faudrait-il commencer par transmettre des valeurs suffisamment hautes et nobles pour donner des raisons de vivre et d’espérer !…

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