Quelques molécules naturelles, utilisées comme compléments alimentaires, sont sur le point de modifier profondément notre rapport à la santé en nous protégeant des maladies et en augmentant de façon notable notre espérance de vie en bonne santé.
Toute ma vie, j’ai défendu cette idée que nous sommes directement responsables de notre santé : nous ne devrions jamais déléguer cette responsabilité au système de santé, qui gère nos maladies, mais n’apprend pas aux patients à ne pas être malades. Autrement dit, la médecine a certes participé à l’augmentation de la durée de vie… mais en mauvaise santé !
Hormis les maladies infectieuses, 80% de nos maladies métaboliques pourraient être évitées avec des mesures d’hygiène simples, au niveau de la nutrition et de l’exercice physique. Les progrès de la recherche en biochimie et la compréhension approfondie des mécanismes intimes de la vie, à commencer par la respiration cellulaire, ont ouvert des perspectives immenses dans le domaine de la longévité.
J’ai déjà abordé cet aspect fascinant dans plusieurs chroniques récentes auxquelles vous pouvez vous référer et, en particulier, la chronique n°974 « Devenez un centenaire alerte » dans laquelle j’énumère les trois molécules les plus étudiées chez l’animal et chez l’homme pour augmenter la longévité.
Dans ma précédente chronique je décris d’autres méthodes très efficaces pour augmenter la durée de vie en bonne santé, comme la restriction calorique et le jeune intermittent. Mais, malgré des résultats bénéfiques indéniables, ces techniques exigent un suivi exigeant auquel beaucoup de patients rechignent. (Chronique n° 1027 « Faut-il manger moins ? »).
Toutefois, de nouvelles pistes ouvrent des horizons prometteurs, avec moins de contraintes : certaines molécules naturelles et nutritionnelles semblent capables de provoquer les mêmes effets bénéfiques que la restriction calorique …
Respiration versus fermentation
Une des principales caractéristiques de la restriction calorique est d’entraver le métabolisme des cellules tumorales. La spécificité des cellules cancéreuses se dénomme « l’effet Warburg », du nom du biochimiste allemand qui a mis en évidence le fait que ces cellules provoquent une fermentation du glucose qui, en se transformant en acide lactique, acidifie le milieu dans lequel baigne les cellules.
Ce processus de fermentation se dénomme « glycolyse » et remplace ainsi la voie normale de la « phosphorylation oxydative » qui a lieu dans les mitochondries. L’acide lactique ainsi formé est un puissant activateur de la carcinogénèse et sert de carburant aux cellules cancéreuses.
Le plus étonnant réside dans le fait que ce processus pathologique et spécifique des cellules cancéreuses est connu depuis les années 1930 et fut superbement ignoré par la recherche médicale bien qu’il fut enseigné à des générations de biochimistes ! Il faut savoir que, pour corriger cette anomalie, il faut avoir recours principalement à des substances naturelles et nutritionnelles non brevetées, c’est-à-dire disponibles librement et donc sans intérêt pour l’industrie pharmaceutique ! Cela n’a pas empêché le Dr Otto Warburg d’obtenir le prix Nobel, mais en vain.
Vous pouvez être indignés à la lecture de ce qui précède. Personnellement, cela fait plus de cinquante ans que je le suis ! C’est une des raisons pour lesquelles j’ai, jadis, quitté l’industrie pharmaceutique…
Quoi qu’il en soit, c’est au niveau des mitochondries, ces petits organites intracellulaires, que tout se joue. C’est à ce niveau que nos cellules respirent, dégradent le glucose et produisent en quantité le fameux ATP, chargé de l’énergie indispensable pour faire fonctionner l’organisme dans son ensemble.
Tout dysfonctionnement des mitochondries fragilise l’organisme, réduit l’espérance de vie et conduit à une kyrielle de maladies. C’est pourquoi les molécules qui agissent positivement sur la longévité et le cancer sont généralement des molécules naturelles qui protègent, réparent ou stimulent les mitochondries.
La respiration des mitochondries se dénomme « cycle de Krebs » et s’oppose à la fermentation dénommée « glycolyse ». Toutes les molécules qui favorisent la respiration aux dépens de la fermentation vont avoir une action bénéfique sur la longévité et une action anticancéreuse.
Les mimétiques de la restriction calorique
Aussi étonnant que cela puisse paraitre, certaines molécules sont capables d’induire une restriction calorique à l’intérieur des cellules qui sont ainsi soumises à un jeûne physiologique. Il n’est pas exagéré de dire que ces découvertes bouleversent totalement notre attitude face à la santé et la maladie.
Ces substances ont comme caractéristique d’activer la voie du stress physiologique, provoqué généralement par le jeûne. Elles diminuent l’inflammation, les maladies dues à l’âge et à l’auto-immunité, sans altérer à long terme la prise alimentaire totale.
Les substances qui ont un effet identique à celui de la restriction calorique n’ont pas tous le même mécanisme d’action et utilisent des voies métaboliques distinctes. Mais, les molécules les plus efficaces agissent de façon globale par différentes voies :
– Effet antioxydant,
– Induction de l’apoptose des cellules cancéreuses (suicide cellulaire),
– Action autophagique qui consiste à éliminer les cellules défaillantes et, en particulier, les cellules cancéreuses,
– Régulation épigénique qui consiste à activer les gènes suppresseurs de tumeurs et, surtout, – Stimulation de la respiration cellulaire en agissant sur les mitochondries.
Pour être classée parmi les mimétiques de la restriction calorique, une substance doit satisfaire trois critères fondamentaux :
- Elle doit provoquer les mêmes effets physiologiques, métaboliques et hormonaux que la restriction calorique, sans avoir besoin de restreindre l’apport alimentaire
- Elle doit induire une réponse physiologique à celle provoquée par un stress environnemental
- Elle provoque les mêmes effets sur la longévité que la restriction calorique et la réduction des maladies dues à l’âge. (1)
Les molécules de la longévité
Les molécules qui favorisent la longévité ont souvent, également, une action anticancéreuse car elles favorisent la respiration cellulaire au niveau des mitochondries et aux dépens du processus de fermentation qui est le signe d’une cellule malade. (2)
Ces substances protectrices appartiennent à diverses familles chimiques et sont généralement présentes en quantité suffisante dans les végétaux que nous consommons. C’est sans doute la raison pour laquelle l’alimentation végétarienne présente de nombreux effets bénéfiques sur la santé et la longévité.
Au contraire l’alimentation moderne, à base de produits manufacturés et de substances purifiées ou altérées par les processus industriels, est à l’origine de la majorité de nos maladies dites « de civilisation ».
Parmi les molécules nutritionnelles qui ont une action identique à celle de la restriction calorique on peut citer celles qui inhibent la fermentation glycolytique, à commencer par la D- Glucosamine, molécule simple et proche de la structure du glucose, déjà connue pour son action antiinflammatoire et réparatrice des cartilages. Il fut récemment démontré que la glucosamine active l’autophagie, stimule la biogénèse des mitochondries et diminue le taux de glucose sanguin. Des études épidémiologiques ont démontré que la prise régulière de glucosamine à la dose de 1,5 g par jour diminue la mortalité.
Les végétaux contiennent tous une quantité variable de substances protectrices et antioxydantes de la classe des polyphénols. Parmi celles-ci, il faut citer en premier lieu la catégorie des flavones et, en particulier, la génistéine qui a été étudiée pour ses propriétés anti-cancéreuses. C’est aussi un inhibiteur de la glycolyse et, à la dose de 54 mg/jour, elle améliore la densité osseuse chez les femmes ménopausées et réduit la pression artérielle. A des doses plus élevées, la genistéine réduit le risque de cancer du sein.
Dans la catégorie des polyphénols, quatre autres molécules nutritionnelles sont très prometteuses :
- Le Resvératrol, célèbre pigment présent dans le vin rouge, est aussi un inhibiteur de la glycolyse et fait partie des molécules les plus étudiées pour accroitre la longévité (3) et lutter contre le cancer. Le resvératrol fait partie des molécules nutritionnelles les plus prometteuses, mais ce produit se heurte à une mauvaise biodisponibilité et à une dégradation trop rapide par le métabolisme. Néanmoins, une administration sous forme de nanoparticules ou de liposomes semblent donner d’excellents résultats (4).
- La Curcumine, présente en abondance dans le curcuma, a une action positive dans le syndrome métabolique en agissant sur l’excès de poids, le glucose sanguin et le taux de cholestérol. En outre, la curcumine réduit le taux sanguin des biomarqueurs pro-inflammatoires et, dans le même temps, augmente le taux des médiateurs anti-inflammatoires.
- La Quercétine est un pigment végétal présent, entre autres, dans les oignons et la peau des pommes. A la dose de 50mg/jour, on note une action bienfaitrice sur le taux de glucose sanguin, sur le profil lipidique et sur la pression artérielle.
- Enfin, une substance que l’on peut qualifier de miracle, présente en abondance dans le thé vert, et qui répond au doux nom de épigallocatéchine-3-gallate ou plus communément EGCG. A la dose de 300mg/jour l’EGCG a une action remarquable sur le syndrome métabolique : améliore le flux sanguin artériel, diminue le taux de cholestérol et en particulier le taux de LDL, diminue le taux de triglycérides et d’hémoglobine glyquée. En outre, cette molécule diminue la pression artérielle, l’indice de masse corporelle et la graisse abdominale.
Il existe une autre catégorie de molécules naturelles qui sont des précurseurs du NAD+, cofacteur essentiel du cycle de Krebs et transporteur d’électrons, jouant un rôle clé dans le processus respiratoire. C’est le cas du NMN (Nicotinamide mononucléotide) popularisé par le Dr David Sinclair et déjà évoqué dans la chronique n°974 “devenez un centenaire alerte”.
Le taux de NAD+ diminue avec l’âge et la stratégie consiste à apporter à l’organisme des précurseurs du NAD+ afin d’accroitre la longévité et lutter contre le cancer. Le précurseur de base est la niacine ou vitamine B9. D’autres molécules plus complexes sont proposées : la Nicotinamide riboside (NR), la Nicotinamide mononucléotide (NMN), déjà signalée. Ces molécules, qui agissent au niveau de la respiration mitochondriale, sont parmi les plus prometteuses et font l’objet de nombreuses études qui démontrent leurs bienfaits sur la longévité.
A noter aussi l’alpha- cétoglutarate, intermédiaire du cycle de Krebs, qui joue un rôle crucial dans le métabolisme énergétique, dans la synthèse des protéines, dans la régulation épigénique, dans la fertilité et la lutte anticancéreuse. C’est un candidat pour améliorer la longévité. (5)
Pour être complet, je peux encore vous signaler une polyamine, la spermidine, présente en petite quantité dans de nombreux aliments et plus particulièrement dans les graines germées, les noix, les brocolis et le soja fermenté Natto. Le taux de spermidine diminue avec l’âge et un apport supplémentaire stimule l’autophagie et prolonge la vie en bonne santé. A noter des effets cardio et neuro protecteurs. Des études épidémiologiques ont montré que l’apport en spermidine est inversement proportionnel à la mortalité par cancer ou par maladies cardiovasculaires. (6)
Conclusion
L’ère de la suprématie du médicament chimique pour traiter nos maladies touche à sa fin, après une domination sans partage de 70 ans. Des substances naturelles parfaitement bien tolérées se révèlent beaucoup plus efficaces que les médicaments chimiques pour prévenir et traiter nos maladies, depuis les maladies cardiovasculaires jusqu’au cancer !
Ces molécules nutritionnelles ne sont pas brevetées, elles n’intéressent donc pas l’industrie pharmaceutique qui n’a rien à gagner. N’attendez donc rien du corps médical, le bras armé des laboratoires pharmaceutiques. Prenez votre santé en main et, si vous voulez vivre très longtemps en bonne santé et vous protéger du cancer, vous pouvez acheter sur internet un cocktail de 2 ou 3 produits ci-dessus.
Je vous suggère, par exemple, Resvératrol et NMN, qui semblent donner d’excellents résultats. Le matin vous pouvez choisir le thé vert, très riche en EGCG C’est le triple choix que j’ai fait et je me sens très bien, avec beaucoup plus de résistance physique… Il est important aussi de compléter cette supplémentation avec des exercices physiques réguliers dont l’intensité dépends de votre âge…
Pour ceux qui ont un risque de cancer, je propose l’association d-glucosamine et resvératrol qui inhibent la fermentation et stimulent l’activité respiratoire des mitochondries. Ils doivent aussi boire du thé vert, de préférence le thé matcha.
L’avenir est entre vos mains !
(1)« Mass spectrometric investigation of caloric restriction mimetics”- Proteomics. 2021; 21(9):e2000121
(2)“Caloric restriction mimetics in nutrition and clinical trials”- Front Nutr. 2021; 8:717843
(3)“Effect of resveratrol and pterostilbene on aging and longevity”- Biofactors. 2018; 44(1):69-82
(4)“Resveratrol used as nanotherapeutic: a promising additional therapeutic tool against hormone-sensitive, hormone-insensitive and resistant prostate cancer” Am J Clin Exp Urol. 2023; 11(1):1-11
(5)“Alpha-ketoglutarate as a potent regulator for lifespan and healthspan: Evidence and perspectives” Exp Gerontol. 2023;175:112154
(6)“Spermidine improves angiogenic capacity of senescent endothelial cell, and enhances ischemia-induced neovascularization in aged mice”- Sci Rep. 2023; 13(1) 8338