Tout est désormais chamboulé et nos repères traditionnels s’effacent. Plus rien n’est vrai, plus rien n’est réel. Le rationnel est une illusion, le savoir est discrédité. Le passé est renié et tout doit être déconstruit. Bienvenue dans le nouveau monde du virtuel…
Tout a commencé à la fin du siècle dernier, avec le désenchantement de la modernité qui n’a pas tenu sa promesse de bonheur des peuples. La science, l’esthétique, le savoir et la prospérité étaient basés sur des institutions et des normes qui ne sont plus légitimes aux yeux des théoriciens du postmodernisme.
L’œuvre princeps qui théorise le postmodernisme date de 1979 est due au philosophe français Jean-François Lyotard qui publie « La condition postmoderne». Pour Lyotard, le savoir est discrédité, tout est relatif, rien n’est certain, tout est interprétation. A ses débuts le postmodernisme concernait l’art et l’architecture mais, au fil des années, il a gagné toute la société et continue d’occuper les esprits dans ce premier quart du XXIème siècle.
La déconstruction
Pour s’installer, le postmodernisme doit au préalable casser les codes traditionnels et accomplir un énorme travail de déconstruction. Désormais, toutes les institutions établies et toutes les idéologies sont devenues illégitimes, à commencer par le savoir. Ce qui compte c’est la vision du sujet autour duquel le monde tourne !
On peut estimer que 1968 est la date clef, à partir de laquelle le monde d’hier a entamé sa longue transformation et, pour certains, son déclin. Cette année charnière fut un véritable tremblement de terre qui secoua une grande partie de l’humanité. Il se trouve que cette année-là je fus le témoin, sur place, des émeutes du quartier latin à Paris, des manifestations étudiantes à l’Université de Berkeley, du soulèvement populaire lors du printemps de Prague pour secouer le joug communiste, des immenses défilés de la jeunesse à Tokyo pour protester contre la base américaine à Okinawa et, enfin, de la marche triomphale sur les champs Élysées pour soutenir De Gaulle !
Un vent nouveau soufflait sur une grande partie de l’humanité et les années qui suivirent furent l’objet de nombreuses provocations pour saper l’ordre établi. Désormais, la société encore patriarcale était attaquée de toute part, en particulier par les deux philosophes phares de l’époque, Pierre Althusser et Michel Foucault qui entendaient abattre les idéologies. Ce qui ne les empêchaient pas de vénérer le marxisme, car les intellectuels n’ont jamais été avares de contradictions !
Tel Jean-Paul Sartre, en précurseur, qui fustigeait les esprits bourgeois et les figures d’autorité, lui qui avait ses entrées au Kremlin, pour y vénérer Staline ! Pour bien marquer son mépris pour l’ordre établi et les œuvres du passé, il n’avait pas hésité, un jour d’Avril 1961, d’aller pisser sur la tombe du grand Chateaubriand, face à la mer, sur l’ile de Bé à une encablure de Saint-Malo… Même les grands esprits peuvent être parfois stupides !
L’important est d’abattre l’ordre établi, de contester toute autorité et de transformer une société pyramidale structurée en une société horizontale ouverte et flexible. « Il est interdit d’interdire », selon le slogan de mai 1968… Le rouleau compresseur de la déconstruction ne pouvait plus s’arrêter ! Ce simple slogan a abouti au laxisme démagogique que nous vivons aujourd’hui…
La liberté sexuelle
La contrainte la plus forte qu’exerçait la société sur les citoyens était le contrôle de la sexualité qui est l’énergie vitale la plus puissante. Ce n’est donc pas étonnant que les premières manifestations eurent lieu sur les campus des étudiants qui revendiquaient la liberté sexuelle en hurlant « Peace and love ».
C’est ainsi que les divorces furent facilités, l’union libre se propagea et les mères célibataires furent banalisées. La pression fut si forte que l’industrie pharmaceutique commercialisa les premières pilules contraceptives malgré les effets secondaires considérables qu’elles entrainaient. On n’arrête pas un train en pleine vitesse, ce qui conduisit à la légalisation de l’avortement qui, du jour au lendemain, se transforma d’un crime pénal à un simple acte chirurgical remboursé par la sécurité sociale.
Lorsque l’on ouvre une vanne, alors que la pression est trop forte, on ne parvient plus à la refermer ! La liberté justifiée se transforme en laxisme généralisé et en déviances diverses au nom de cette fameuse liberté sexuelle tant revendiquée. C’est ainsi que l’on vit se développer nombre de pratiques sexuelles plus ou moins pathologiques, de la simple et banale homosexualité jusqu’à la transsexualité donnant lieu à de véritables mutilations chirurgicales. Aux dernières nouvelles, il y aurait 79 identités de genres différentes que le Président Trump, avec son bon sens, veut faire disparaitre d’un trait de plume.
Les humains se caractérisent par un esprit faible et extrêmement perméable aux modes et aux suggestions, ce qui rend particulièrement flou et mobile la notion de normalité. Certains finissent par considérer la transsexualité comme normale et elle est aussi proposée comme alternative aux adolescents mal dans leur peau. Il se trouve même des chirurgiens suffisamment criminels pour procéder à ces mutilations irréversibles. Ils dépassent en cela les médecins nazis et nous pouvons espérer qu’ils se retrouveront un jour devant un tribunal…
La ‘cancel culture‘
Plus globalement, il s’agit du refus de la dualité qui touche tous les secteurs de la pensée. Pour le postmodernisme, il n’y a plus de beau ou de laid, de normal ou n’anormal, d’homme ou de femme. Les différences sexuelles sont des illusions et des a priori culturels, L’esthétisme est celui du mauvais goût avec l’éloge de l’hétéroclite. Les objets kitsch sont transformés en œuvre d’art avec Jeff Koons.
Le savoir est discrédité, tout est relatif, rien n’est certain, tout est interprétation, si l’on croit Jean-François Lyotard. C’est la fin des métarécits de la modernité ; on ne croit plus à rien, même pas en la science ! Wikipédia précise : « Lyotard annonce la fin des deux grands métarécits modernes : le métarécit de l’émancipation du sujet rationnel et le métarécit de l’histoire de l’esprit universel. La pensée moderne a longtemps été l’histoire d’un Sujet de la connaissance qui progressait dans sa quête de justice et d’avancement social ; il y avait autrefois une autorité qui faisait de cette quête le récit d’une marche vers l’émancipation rationnelle ».
Plus rien n’est sûr, plus rien n’est vrai et la réalité est une illusion. C’est sur ce terreau que s’est ensuite développée la cancel culture qui entend gommer le passé afin de repartir sur de nouvelles bases. Toute autorité héritée du passé est vécue comme une tyrannie. La cancel culture ne fait pas dans le détail et ne sait pas manier la nuance… C’est ainsi que le colonialiste constituât un crime et l’autorité des parents, des maitres sur les enfants ou des patrons sur les salariés, du pseudo colonialisme.
Les adeptes de la cancel culture se prétendent des « éveillés », des « woke », pour reprendre le terme né dans les minorités américaines. Suffisamment éveillés pour renverser l’ordre établi au profit des minorités raciales ou sexuelles. Pour se faire entendre, il convient de déboulonner les statues, changer le nom des rues, faire annuler les conférences qui contestent la dictature des minorités. C’est l’exact contraire de l’universalisme !
“Le principe de la démocratie représentative, c’est la majorité. (…) Aujourd’hui, on court le risque d’une dictature des minorités. La nouvelle idéologie est de fracturer les gens selon les clivages sexuels, raciaux, ethniques. De limiter les champs des possibles. (…) Nous voulions au contraire le vaste monde“, estime le journaliste Brice Couturier dans son livre Ok millenials.
Le désenchantement
Dans le post modernisme, la consommation prime sur la production. C’est le primat de la technologie au service d’un individu sans contrainte, sans éthique et sans plus de respect pour le passé que pour le futur. « Après moi le déluge » clament les adeptes.
Seule compte l’hédonisme et la jouissance qui se conjuguent au présent seulement ! il n’y a pas de réalité, seulement un simulacre de celle-ci. La réalité n’est que virtuelle, comme dans un jeu vidéo. Pour de nombreux citoyens le virtuel et le réel ont fusionné et deviennent indiscernable. A plusieurs reprises, le Président George Bush, qui a regardé la guerre en Irak devant sa télévision, a affirmé très sérieusement, et à plusieurs reprises : « La guerre du golfe n’a pas existé » !
Dieu est mort et le consumérisme demeure la seule valeur disponible pour des citoyens désorientés et désenchantés. Le discours des media ou des politiques n’a donc pas plus de consistance que le conte des mille et une nuit… « La vérité est souvent douloureuse et dérangeante. La fiction, elle, est extrêmement malléable… Ce qui assure la cohésion des humains, ce sont le plus souvent des histoires fictives » analyse Yuval Harari dans son dernier livre Nexus. Les politiciens ont retenu la leçon : en politique, seul le mensonge est récompensé !
L’urbanisation croissante a entassé des millions de gens dans les mêmes lieux, coupés de la nature, de ses contraintes et de ses merveilles. Les enfants ne jouent plus dans les rues et dans les parcs, ils ne quittent plus leur vie virtuelle qui semble les combler. Ils suivent en cela le modèle de leurs parents, le nez sur leur smartphone. Les citoyens deviennent des citoyens dociles, facilement manipulables dans le meilleur des mondes possible…
Dans ce monde connecté, il est de bon ton de prétendre être écologiste et de voyager à travers le monde à la moindre occasion. Il se peut que nous nous sentions à tel point prisonnier dans notre monde virtuel, qu’il devient nécessaire d’en sortir pour se sentir réellement vivant.
Le postmodernisme renie le passé et a peur d’un avenir incertain. L’individu postmoderne n’a pas de passé et ne sait pas où il va. Il est coincé dans un présent, mi-réel, mi-virtuel, qui lui glisse entre les doigts. « No future », susurrait le mouvement punk des années 70. Le monde postmoderne a rompu les amarres avec une civilisation millénaire et navigue désormais dans des mers inconnues et dangereuses, à la recherche d’une nouvelle terra incognita hypothétique…