1069 – FRANCE : LA TROISIÈME VOIE

La France est gravement malade et, si elle veut guérir, il va falloir trouver de nouveaux remèdes ! Il faut envisager de modifier radicalement son fonctionnement, ses méthodes, son état d’esprit et ses alliances. Espérons qu’elle en soit capable et qu’elle en ait encore la force…

J’ai déjà maintes fois énuméré les maux chroniques dont souffre la France. Mais il se trouve que les évènements, soudain, s’accélèrent, et les symptômes s’aggravent de façon alarmante, au point qu’il n’est plus possible de les ignorer, malgré les tentatives du personnel politique pour nous anesthésier. (Relire la chronique-libre n°1014 « La France, entre peurs et défaitisme »).

Les principales causes

Toutes les maladies ont des causes, souvent multiples et, avant de trouver le remède, il convient de les connaitre et de les comprendre afin de les corriger. Nos maladies humaines proviennent d’abord de nos modes de vie, de nos abus, de nos carences, qui nous fragilisent face à l’adversité de la vie. J’ai passé ma vie à expliquer à quel point nous sommes individuellement et collectivement, en grande partie, responsables de notre santé. Il en va de même pour les peuples !

Ceux qui vivent dans un système démocratique sont aussi hautement responsables du destin de leur pays. Dans ces conditions, si la France est malade, les citoyens en sont collectivement responsables. Ils se sont trop souvent comportés en enfants irresponsables, délégant leur pouvoir à des politiciens médiocres.

La démagogie est le plus grand mal dont souffrent les démocraties faibles car elle consiste à céder aux caprices enfantins du peuple qui veut tout et son contraire. De façon analogique, c’est l’équivalent du citoyen qui vit selon son bon plaisir, mange n’importe quoi, se bourre de sucreries, fume et boit. Il génère ses futures maladies …

Cette démagogie, accompagnée de laisser-faire et de laisser-aller, est donc à la source de nos maux. C’est elle qui a conduit les politiciens a acheter la voix des citoyens avec des cadeaux empoisonnés, à commencer par un système social et de retraites extrêmement laxiste et dispendieux. (Relire chronique n°1040 « La démocratie dévoyée ») :

  • Des dépenses de santé hors de contrôle, et souvent plus nocives qu’efficaces.
  • Un système d’indemnité chômage qui n’incite pas à travailler et qui permet, tous les six mois, de quitter son travail tout en étant rémunéré durant la même période.
  • Un système de retraite basé sur le principe de la répartition, et non pas de la capitalisation, système suicidaire à une époque où la natalité baisse de façon drastique.
  • Un âge de départ à la retraire beaucoup trop jeune, et donc insoutenable, à une époque où l’espérance de vie augmente et le nombre de jeunes diminue.

Autrement dit, la France va économiquement droit dans le mur. Pour survivre provisoirement, elle doit s’endetter lourdement alors que les taux d’intérêts montent. Le seul paiement de la dette va constituer, prochainement, le premier poste de dépenses !

Parallèlement à ce laxisme budgétaire, et pour cette raison, la France n’a pas les moyens d’un bon système éducatif, d’une recherche scientifique efficace et d’une politique industrielle ambitieuse. Elle croule sous les impôts mais n’est plus compétitive. Elle est sur la voie du sous-développement …

A cela il faut ajouter des choix stratégiques calamiteux qui l’ont conduite à perdre l’ensemble de ses relations traditionnelles dans les pays d’Afrique et à se mettre en dépendance totale vis-à-vis des Etats-Unis, au point de perdre toute autonomie diplomatique et stratégique.

Pour ajouter à ses malheurs, la France a mis ses dernières forces, ses quelques armes et ses derniers deniers, au service de l’Ukraine qui sera prochainement son cercueil !

Globalement, et pour résumer, la France n’est pas respectée car elle n’est plus respectable !

La nouvelle voie

Après ce sombre tableau, il convient d’éviter le défaitisme mais, au contraire, envisager les moyens du sursaut. Compte tenu de la gravité du diagnostic que nous venons de faire, seuls des moyens drastiques et multiples peuvent sortir la France de son marasme.

Pour aller au-delà, il est sans doute nécessaire de revoir notre système d’alliances et oser se poser un certain nombre de questions : l’Union Européenne nous apporte-t-elle la sécurité et le développement économique suffisants ? La dépendance aux USA est-elle avantageuse et protectrice ? Il me revient en tête cette phrase célèbre d’Henri Kissinger (1923-2023), secrétaire d’État américain talentueux et lucide : « Être un ennemi des États-Unis est dangereux, mais être ami est fatal ».

L’Europe, et la France en particulier, s’est laissée entrainer par les USA dans une guerre stupide en Ukraine, dont on connait l’issue. Nous savons également que c’est l’Europe qui sera en première ligne pour assurer sa reconstruction, tandis que les USA seront partis ailleurs défendre leurs intérêts … (Relire chronique n°1001 « Ukraine : du sang et des larmes »).

Il est urgent de revoir nos alliances et de prendre en compte la réalité géographique qui fait que la Russie est européenne. C’est donc folie que de lui faire la guerre, surtout pour des motifs qui ne nous concernent pas ! Un rapprochement avec Moscou ne signifie pas rompre nos liens amicaux, économiques et civilisationnels avec Washington, mais permettrait de réduire notre dépendance politique et technologique. Ce fut l’axe politique de De Gaulle …

Pour réaliser cette modification, la France pourrait proposer sa candidature pour faire partie des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) afin de mieux équilibrer nos échanges et nos alliances, et ainsi récupérer une partie de notre autonomie géostratégique. En effet, notre appartenance exclusive à L’Union Européenne, à l’OTAN et au G7 constitue une entrave à nos propres choix géopolitiques.

La France pourrait aussi prendre l’initiative de construire un nouveau groupe, constitué de pays qui cherchent à s’émanciper de la domination américaine et, ainsi, sortir de la dépendance exclusive au dollar. La Hongrie et la Turquie pourraient être parmi les premiers candidats pour rejoindre cette nouvelle voie, à mi-chemin entre la domination américaine et la domination Chinoise.

D’autres pays d’Europe-Centrale pourraient aussi trouver avantage dans cette troisième voie, de même que le Japon, et de nombreux pays d’Afrique. En particulier l’Afrique francophone qui revendique, à juste titre, une totale indépendance par rapport à l’ancienne puissance coloniale, devrait intégrer ce groupe. Cette dernière proposition constituerait une méthode vertueuse pour réveiller la francophonie avec un projet concret et ambitieux.

L’équilibre mondial serait renforcé par une force du milieu, non-engagée, ni avec l’Ouest, ni avec l’Est, mais capable de nouer des accords et des collaborations à la fois amicales et fructueuses. Les échanges commerciaux pourraient se faire en différentes monnaies, dollar, euro et autres.

L’Union Européenne, prise en otage par des politiciens médiocres, n’est pas parvenue à s’imposer dans le domaine géostratégique. Elle s’est laissée entrainer dans une guerre ruineuse et est en train de perdre ses atouts industriels pour, finalement, devenir une entité féodalisée à l’Amérique. La France peut rester dans cette Union affaiblie, mais elle doit pouvoir nouer d’autres alliances.

La reconstruction

Ces perspectives géopolitiques ne peuvent s’envisager qu’avec une France qui a retrouvé ses forces et son prestige. Cette troisième voie et ces nouvelles alliances peuvent l’aider, mais il est impératif que le redressement soit déjà en cours.

Les deux principaux obstacles au développement de la France résident, d’une part, dans la médiocrité de son personnel politique et sa démocratie dévoyée et, d’autre part, dans une administration pléthorique et inefficace. Ces deux maux sont liés, l’un renforce l’autre.

Le défi démocratique prime tout. Le mode de gouvernement fait la différence entre les pays prospères et les autres. L’économie étant le nerf de la guerre, une nation prospère se dirige comme une entreprise prospère, c’est-à-dire débarrassée de toute idéologie abstraite, mais orientée vers le réalisme. Pas de bla-bla-bla, mais des actes concrets et efficaces.

Une entreprise prospère se préoccupe autant de ses clients que de son personnel avec lequel il est exigeant et juste. L’entreprise est au service des clients. Au contraire, l’Administration Publique se préoccupe davantage de son personnel avec lequel il est peu exigeant et ses clients, dénommés « usagers », sont à son service !

La rénovation démocratique que je préconise nécessite un gouvernement constitué principalement de chefs d’entreprise ou d’anciens chefs d’entreprise expérimentés, élus sur une liste appropriée et chargés de conduire les affaires publiques comme leurs propres affaires. Ils seraient jugés aux résultats par rapport aux objectifs sur lesquels ils se sont engagés.

La démocratie directe et le recours fréquent au référendum doit trancher les grands choix stratégiques et sociétaux, comme le ferait le contrôle d’un conseil d’administration dans une société privée. Afin d’éviter la démagogie, je propose de réduire le suffrage universel qui serait réservé exclusivement à ceux qui paient des impôts. L’impôt devenant lui-même largement réparti afin de stimuler la responsabilité des citoyens.

La seule idéologie serait l’efficacité économique au service des citoyens. Cela suppose une exigence de rentabilité et d’efficacité pour chaque investissement matériel et humain. La démagogie serait ainsi remplacée par l’exigence pour tous. Pas de laxisme, pas de rente de situation. Le personnel administratif serait réduit au strict nécessaire et les incompétents orientés ailleurs, vers d’autres métiers. (Relire la chronique n°101, écrite il y a 15 ans : « L’administration pachyderme »).

Dans une telle organisation le chef de l’État et ses collaborateurs ne sont les vassaux d’aucun parti politique. Ces partis seraient réduits à des groupes de travail et de réflexion, chargés de faire des propositions au gouvernement, composé au maximum de 6 à 10 ministres qui décident collégialement. Nous avons besoin d’entrepreneurs de bonne volonté, au service du bien commun. Les politiciens de métier n’ont aucune expérience de la réalité et baignent dans un système de croyances et d’idéologies hors-sol. Ils sont le plus souvent médiocres et imbus d’eux-mêmes.

Ces perspectives peuvent paraitre utopiques mais il faut oser reconsidérer notre stratégie, notre démocratie et nos alliances lorsque celles-ci deviennent trop contraignantes en comparaison des avantages. Afin d’éviter d’être mis sur la touche de l’Histoire, nous devons oser le changement au service d’une ambition plus grande que nous… Nous avons besoin de plus de réalisme et de moins d’idéologie !

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4 commentaires

  1. Monsieur Ponroy,
    Pour les Affaires étrangères, je découvre que nous avons globalement la même ligne stratégique.
    Pour les Affaires intérieures, c’est autre chose ! D’accord pour une autre organisation gouvernementale (plus opérationnelle), un usage fréquent du référendum, et sans doute d’autres points de convergence… mais votre gouvernement d’experts qui finiraient inexorablement en aristocrates, un peu comme celui souhaité par Wilhem Röpke, un des fondateurs de l’ordolibéralisme (doctrine libérale qui a mené l’UE dans le décor), non merci.
    Bien cordialement.
    Alexandre Anizy

    1. Oui, c’est probablement trop utopique ! Mais comment sortir de la médiocrité des politiciens ?

  2. Mon cher Yves
    Pour faire tres simple, je suis d’accord avec ton diagnostique, mais pas avec les solutions que tu préconises.
    Pour ce qui est de la solution géopolitique que tu indiques, il me parait difficile d’imaginer se mettre à la remorque de cette gigantesque ambulance qu’est la Russie qui ,en plusieurs siecles d’existence et malgré une population importante, des ressources gaziéres et petroliéres infinies et 10% des terres immergées de la planete, possede un PIB qui ne parvient pas à se hisser au niveau de l’Italie (1638 Mds de dollars pour la premiere et 1989 Mds de dollars pour la seconde); les causes en sont bien connues: une obsolescence généraisée des infrastructures, 40% des richesses consacrées à l’armée, au detriment de l’enseignement et de la santé ,une corruption généralisée (indice de corruption de 138 devancé seulement par l’Azerbaidjan qui fait “mieux”avec le score de 152)… Sans compter une appétance déraisonnable pour l’autocratie, qui pour être honnete lui a sans doute permis de continuer a exister, du moins en partie, à défaut de se developper.

    Dans ses conditions leur parler de démocratie directe, de referendum ou de gouvernement d’experts me parait optimiste. Pour ce qui est de les embarquer dans une collaboration quelconque…

    Enfin, puis,j’ai des doutes sur l’éfficacité d’un gourvernement composé de chefs de grandes entreprises, ces derniéres étant par leur gouvernance fondée sur le principe de subordination, aux antipodes des états dont le fonctionnement est basé sur les principe d’égalité, de service public et de souveraineté du peuple…

    Notons enfin que les Brics constituent une sorte d’alternative au G7 dont les deux seuls points communs sont la démographie et une potentailité de développement importantes; pour le reste le seul point commun des pays composant les Brics est une unanime detestation des riches (exception faite des Emirats dont le culte immodéré du bling-bling n’échappe à personne) et donc ,une espérance dans le devenir d’une certaine capacité de nuisance; à part cette derniére, quel rapport entre l’Ethiopie et les Emirats, et entre ces derniers et le Brésil?

    Le décin de la France s’inscrit dans celui plus général de l’Europe; les deux sont indéniablement bien réels, et dus à une incapacté de s’entendre. N’oublions pas que certains pays sont dans uns situation au moins aussi inquiétante que la France : l’Empire de Victoria est au mieux réduits au grand Londres; quand à l’Allemagne qui a eu l’idée baroque de faire amener son gaz par les Russes, elle est oblgée de supplier l’Algérie de bien vouloir lui en ceder quelques volutes…

    Tout cela pour dire que seule une Europe unie pourrait faire face ux USA, à la Chine et à l’Inde, un tabouret à quatre pieds étant somme toute plus stable qu’un trépied. Il est en effet évident que sans entente, donc sans Europe avec une défense et une fiscalité integrées, les pays d’Europe pris individuelement sont dans l’incapacité d’échapper à un déclin inéluctable pour des raisons structurelles (taile, démographie, ressources matiéres permieres..).et ce nonobstant le fait que Melenchon passe sous un autobus ou que tout- coup, comme par miracle, les fancais soient capables de diminuer leur prestations sociales ou la générosité de leur systeme de chomage.

    Je confesse par la que mon utopie est au moins égale à la tienne.

    Et puis , si je vais à l’essentiel pour ne pa dire au simpliste, je sais ce que j’ai à repprocher à la Russie et à la Chine (leur autocratie, leur police secrete, leurs goulags, leur impérialisme, une certaine idée de la dignité humaine…), mais les USA? Sincérement , quel bonne raison aurais-je de leur en vouloir? Le monopole de Windows? Guantanamo? la victoire du hamburger face à la tête de veau? L’extermination des Sioux?Une indéniable vulgarité?Une certaine maladresse dans les bombardements en Normandie ?

    Certes.

    Mais à part ça?

    Dominique Brianchon

    1. Merci Dominique pour ton commentaire pertinent.
      Je pense que tu es, comme beaucoup, affligé par l’attitude du personnel politique français, de tout bords ….Affligé aussi de l’attitude de l’Europe, du moins ce qu’il en reste, devenue une lointaine colonie américaine, docile et aux ordres !
      Tu regrettes aussi que l’Europe ne soit pas unie pour être plus forte et je partage ton point de vue. Mais le problème de l’Europe, c’est le manque d’Europe, restée à l’état de projet, perpétuellement en devenir. La seule Europe viable est une Europe fédérale, avec un gouvernement élu démocratiquement. Au contraire, l’Europe a été abandonnée, au milieu du gué, aux mains d’une cohorte de fonctionnaires qui ont fait la seule chose que savent faire les fonctionnaires: réguler, contrôler, entraver l’avenir…
      L’Europe sera donc fédérale ou ne sera pas ! C’est exactement ce que souhaite l’Amérique: diviser pour mieux régner…

      La guerre en Ukraine, fomentée par les USA depuis le début, a pour double but d’affaiblir l’Europe et la Russie. Le but ultime étant de fragmenter la Russie en de multiples républiques, selon le modèle européen.

      C’est pour échapper à ce piège que j’ai toujours préconisée une “Europe de l’Atlantique à l’Oural”, selon la célèbre formule de De Gaulle. Cela passe donc par une alliance avec la Russie, européenne avant tout… Cela aurait éviter l’alliance Chine-Russie qui va coincer l’Europe entre l’Est et l’Ouest au point de se faire laminer. Seule l’alliance avec la Russie permettait de faire un bloc puissant pour faire face aux deux hégémonies. Cette stratégie laissait la Chine face à l’Inde, et alors, bonjour les dégâts… Ils se seraient annihiler l’un l’autre…

      Pour conclure, l’erreur d’appréciation fondamentale que font les européens, c’est de croire qu’ils sont amis avec les américains ! Nous sommes amis, tant que nous sommes soumis. Si l’ambition de l’Europe, c’est de rester un vassal de l’empire américain, restons comme cela, c’est-à-dire des supplétifs ! Dans un premier temps, c’est l’Europe qui sera chargée de payer la facture de la reconstruction de l’Ukraine…
      Finalement tout est question d’ambition ! La sagesse consiste peut-être à ne pas en avoir…

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