L’année 2024 se présente mal pour la société française, proche du basculement. Les peurs s’accumulent : déclassement économique et industriel, baisse du niveau éducatif, chômage, déficits publics, immigration, terrorisme, etc…
Je suis un observateur attentif de la société française et je l’ai vue traverser bien des tempêtes et des tourments depuis des décennies : la décolonisation et les « trente glorieuses », puis la désindustrialisation et le chômage de masse, enfin le décrochage économique, l’immigration de masse et le terrorisme endémique.
On peut dire que, depuis plus de 40 ans, la France est dirigée par des démagogues qui ont su flatter les citoyens en les amenant vers le chemin de la facilité et du laxisme. Mais, de renoncements en abandons, ils n’ont pas pris de bonnes décisions. Au fil des années, j’ai consacré plusieurs chroniques sur le déclassement de la France, au point d’en lasser certains de mes lecteurs qui n’aiment pas entendre Cassandre…
Vous pouvez relire en particulier les chroniques n° 990 « la France poursuit sa chute », n°932 « La France ne contrôle plus rien », n° 875 « Délitement ? », n° 822 « La France est-elle le maillon faible ? », n° 773 « La France dans le miroir », n° 656 « Démocratie française dans le caniveau », n° 599 « La France navigue à vue », n° 457 « Pourquoi la France n’est plus compétitive ? », n° 386 « Le surréalisme français »… etc.
Cette litanie peut paraitre fatigante, mais elle illustre une préoccupation majeure face à l’accélération du processus d’autodestruction.
L’économie se grippe
Malgré la clémence provisoire des agences de notation, l’économie française faiblit sous les effets de l’inflation qui alourdit considérablement le poids d’une dette énorme qui dépasse 3.000 milliards d’euros ! Pour boucler le budget de 2024, la France aura besoin de 285 milliards d’euros supplémentaires, empruntés à un taux supérieur à 3%…
Cette inflation est principalement provoquée par le stupide soutien inconditionnel à l’Ukraine qui a déclenché une augmentation incontrôlée du coût de l’énergie. Par réaction en chaine, notre industrie déjà chétive a perdu en compétitivité aux dépens des USA ! La France et l’Europe se sont inféodées à l’Amérique d’une façon que l’on peut qualifier de suicidaire…
Les sanctions économiques vis-à-vis de la Russie constituent un succès remarquable, à la fois pour l’économie et la géostratégie américaine. C’est un succès aussi pour la Russie qui a trouvé d’autres partenaires et dont l’innovation a été stimulée. Mais, c’est un échec cuisant pour l’Europe qui a perdu définitivement en compétitivité, a ruiné son industrie ainsi que son économie et a perdu un partenaire commercial important.
En outre, la France s’est dépossédée de son armement et de ses munitions qu’il faudra remplacer et payer. Elle se retrouve, comme l’ensemble de l’Europe, à la remorque de l’Amérique qui dicte sa loi… Le seul dirigeant qui tient encore debout en Europe est le hongrois Victor Orban, les autres sont des chiffes molles qui attendent les ordres de Washington !
La France souffre de deux handicaps supplémentaires : 1- Tout d’abord, le poids exorbitant d’une administration pléthorique et d’une kyrielle de règlements et de contraintes qui inhibent l’innovation et aggravent les déficits publics. 2- Ensuite, la France est championne d’Europe, et sans doute championne du monde, dans les dépenses de protection sociale, immense gouffre sans fond où se perd le tiers de son PIB avec la somme astronomique de 850 milliards d’euros. Le plus grave, c’est que ces dépenses augmentent beaucoup plus vite que la croissance ! Dans ces conditions, comment la France peut-elle être compétitive ?
C’est ainsi que la France affiche encore un chômage qui touche 7,4% de la population active, alors que toutes les branches de l’économie se plaignent du manque de main d’œuvre et de compétences, problème lié à de graves lacunes dans l’éducation et la formation professionnelle ! Le PIB est en recul et « la mécanique semble bel et bien en train de se gripper », comme le remarque un éditorialiste du journal « Le monde ».
L’éducation à la dérive…
Il y a 20 ans, le système éducatif français pouvait encore être considéré comme un succès relatif. Disons qu’il tenait encore la comparaison avec les autres pays européens. Mais les dernières données sont catastrophiques, ce qui illustre bien le décrochage de la France.
Le ministre de l’Éducation Nationale reconnait lui-même que « à l’entrée en 6ème, un élève sur trois ne sait pas lire correctement ! ». Un constat accablant pour les gens de ma génération qui, en 6ème, apprenaient déjà le Latin et le Grec…
Par ailleurs, on constate « une dégradation sans précédent » dans les matières scientifiques et, en particulier, en Mathématiques qui constituaient jadis un des points forts du système français. On accusera naturellement la période du Covid, si ce n’est que l’effondrement est plus accentué en France qu’ailleurs. « Pourtant la France dépense davantage que plusieurs pays affichant de meilleures performances qu’elle ».
Il faut aussi mettre en cause « l’incessante valse des réformes qui, au gré des changements ministériels et des stratégies politiques, soumet les enseignants à une suite d’injonctions souvent contradictoires » s’insurge un expert.
L’autre mal français réside dans l’intégration des populations immigrées et, en particulier, des musulmans qui contestent et parfois refusent le système éducatif français. Les professeurs ne parviennent plus à se faire respecter et ont souvent peur pour eux-mêmes et pour leur famille. Le malaise est profond, mais les politiciens au pouvoir nient l’ampleur du drame qui couve.
Semaines après semaines, nous assistons à des règlements de compte, à des assassinats de jeunes, à des exactions commises sur des enseignants, à des voitures de Police incendiées, des églises saccagées et à de multiples exactions qui à chaque fois sont balayées d’un revers de main par le gouvernement et qualifiées de simples faits divers.
Le blocage se situe au niveau de la laïcité, concept assez nébuleux qui ressemble plus à une attaque contre les religions qu’à une neutralité bienveillante. Les chrétiens et les juifs se sont acclimatés avec cette laïcité à la française, mais elle est contraire aux fondements même des sociétés musulmanes qui ne sont jamais laïques, par définition. Dans les faits, cette laïcité est vécue comme une brimade et assimilée à une chasse aux sorcières…
Si les politiciens avaient plus de bon sens, ils abandonneraient cette idéologie laïque et laisseraient chacun exprimer sa religion comme il l’entend, à condition de respecter les lois et la religion des autres. Le climat serait ainsi apaisé, en particulier à l’école.
Au lieu de cela, l’exaspération de la société française est à son comble, au point qu’un ministre a fini par admettre « le risque d’un basculement de la société si nous ne sommes pas à la hauteur ». Sont-ils à la hauteur ?
La Recherche et l’Innovation décrochent
La recherche et le développement d’aujourd’hui sont à la base de l’innovation de demain. On mesure les capacités d’innovation d’un pays, d’une part selon le nombre de brevets d’invention qu’il dépose, et d’autre part, en fonction du nombre de publications scientifiques qui paraissent. A cet égard, la situation française est plus que préoccupante, elle est catastrophique.
« La France a été dépassée par l’Inde, l’Italie et la Corée du Sud dans le classement des publications » relève un chercheur du CNRS dans un Tribune récente dans laquelle il se plaint du « fardeau bureaucratique » que doivent supporter les 32.000 employés du CNRS.
Dans leurs pétitions, les chercheurs ne demandent pas d’augmentation de salaire, ils ne demandent pas plus de moyens, non, ils demandent simplement qu’on les laisse faire leur travail sereinement, et de disposer efficacement de leurs crédits. C’est toujours et encore la bureaucratie française qui se trouve sur le banc des accusés…
L’énoncé des griefs est sévère : « La gestion du CNRS est envahie par un juridisme qui rend tout acte de plus en plus pesant. La moindre action déclenche une avalanche de signatures de convention et d’arguties juridiques… Ingénieurs et techniciens sont aussi touchés par l’inflation administrative, et sont plus souvent à remplir des formulaires qu’à faire le travail scientifique ». Bref, « Le bateau CNRS coule ».
La capacité d’innovation repose sur le nombre de brevets déposés, émanant de la recherche publique ou privée. Il est intéressant de regarder les brevets dans les technologies dites de « rupture » : transition écologique, hydrogène pour les transports, batteries, photovoltaïque, acier bas carbone, recyclage du plastique, nanoélectronique, éoliennes en mer, et ordinateur quantique.
Les résultats d’un rapport sont accablants : « Entre l’Asie et les Etats-Unis, l’innovation mondiale enjambe l’Europe » et particulièrement la France « qui ne joue aucun rôle significatif ». Les pays européens accusent un retard important par rapport aux Américains et aux puissances asiatiques qui ont déposé le plus grand nombre de brevets dans les technologies examinées.
Ces résultats calamiteux s’expliquent par l’importante désindustrialisation du pays depuis quatre décennies. Absent de tous les podiums, l’Hexagone évolue davantage entre la cinquième et la neuvième place mondiale. « La position de la France fait davantage penser à une situation de décrochage technologique ».
Productivité en berne
Depuis quelques années, en France, le nombre de travailleurs augmente plus vite que la production, ce qui se traduit mathématiquement par une baisse de la productivité. En 2023, la France compte 1,2 million d’emplois salariés de plus que fin 2019.
Le décrochage atteint 4,6% sur la période 2019-mi 2023. Avant le covid la productivité progressait d’environ 0,9% par an depuis 2010. Mais depuis, la France peine à redresser la barre. « Elle connait la moins bonne performance de toute l’union Européenne » s’inquiète un économiste.
Il ne faut pas oublier que la baisse de la productivité aboutit à une perte de niveau de vie. « A long terme, les pays les plus riches sont aussi ceux où la productivité est la plus élevée » précise un autre économiste.
On peut facilement énumérer les causes de cette baisse de productivité :
- Tout d’abord, dès l’école, « le déclassement éducatif mine la productivité» affirme un professeur à la London School of Economics. « Les indicateurs montrent qu’en France la baisse du niveau de qualification touche tout le monde, même les plus diplômés ». Pour redresser la productivité il convient d’abord de relever le niveau à la fois à l’école, à l’université et dans les centres d’apprentissage.
- La faiblesse des investissements de modernisation a généré un vieillissement de l’appareil productif.
- Il faut noter aussi une perte de motivation chez de nombreux travailleurs, y compris chez les cadres. Ce phénomène est plus difficile à expliquer et semble spécifique à la France. Il y aurait dans la société française comme un désenchantement, un pessimisme chronique, « Les équipes calent complètement, les gens sont fatigués, il y a deux fois plus de burn-out qu’avant. Quand le collectif ne fonctionne plus, la productivité marche moins bien», résume une spécialiste en management.
Ce sombre tableau ne doit pas nous décourager, il est simplement là pour nous aider à ouvrir les yeux et à prendre conscience.
Pour le reste, il nous faut œuvrer, chacun avec ses compétences, pour un sursaut salutaire afin de redresser la barre, comme le fit de Gaulle en d’autres temps ! Il nous faut de l’énergie et de l’audace pour relever les défis et repartir de l’avant…
“Ouvrir les yeux et prendre conscience” … Le “choc des civilisations” de Huntigton dormait dans ma bibliothèque depuis 2001 . Je le relis avec beaucoup d’intérêt car le choc Islam/ occident est commencé . Quelle issue possible ?
Mes meilleurs voeux pour cette année .
OUI ! Le choc des civilisations … Nous y sommes !