L’inconnu de l’avenir a toujours fait peur ! Mais, à une époque où les bouleversements s’accélèrent au rythme des innovations technologiques et concernent la totalité de la planète, survient une question lancinante : Y-aura-t-il un avenir ?
Nombre de sociologues et de philosophes nous annoncent un choc du futur. Par définition, l’avenir est toujours incertain, à la fois plein de promesses et de menaces. Jadis, les dangers étaient locaux. Des sécheresses ou des guerres très localisées ne concernaient que relativement peu d’individus. Les choses se sont accélérées au XXème siècle avec deux guerres mondiales et des moyens de destruction apocalyptiques…
Le XXIème siècle nous a fait basculer dans une nouvelle ère totalement mondialisée, dans laquelle nous commençons à mesurer la fragilité, à la fois, de notre planète et de l’espèce humaine, qui en a pris le contrôle. D’un côté, les nouvelles technologies nous promettent un âge d’or pour l’humanité, enfin libérée de ses principales limitations et, de l’autre, des cercles de réflexions qui observent et analysent l’autre facette du progrès et en mesurent les dangers.
Il apparait en effet que plus nos sociétés sont prospères et plus les technologies sont complexes, plus elles sont fragiles. Les plus lucides d’entre-nous peuvent prendre conscience des menaces qui pèsent sur le devenir de l’humanité, afin de tirer la sonnette d’alarme, pour si possible, éviter les écueils sur lesquels la civilisation humaine pourrait se fracasser.
Depuis la nuit des temps, de très nombreuses civilisations ont fleuri et ont rayonné avant de décliner et de disparaitre, laissant derrière elles seulement quelques ruines ! Désormais, c’est toute l’humanité qui est menacée d’autodestruction… (Relire chronique 1055 « Les civilisations sont mortelles »).
Quel avenir pour la démocratie ?
Depuis plusieurs générations, la démocratie apparaissait comme le meilleur système de gouvernement. Nous avons longtemps cru que la suprématie de l’occident était due à l’instauration de la démocratie, accompagnée d’une économie libérale.
Néanmoins, les succès économiques et politiques de nations non démocratiques a soudainement ébranlé ce credo largement partagé. Dans le même temps, nombre de démocraties ont progressivement dérivé vers une sorte de démagogie molle, gouvernée selon les caprices des citoyens, affaiblissant dans le même temps leur efficacité et leur hégémonie. C’est dans ce contexte de laxisme généralisé que la dette de ces États est devenue explosive, en particulier les dépenses de santé désormais hors-contrôle.
La situation a abouti à un État affaibli, accompagné d’un libéralisme sauvage dans lequel les grandes entreprises multinationales ont pris une place prépondérante. C’est ainsi que l’on assiste à la naissance d’une société à trois vitesses, composée d’un côté, d’une oligarchie dominante mondialisée, et de l’autre, d’une administration pléthorique privilégiée, et enfin d’un nouveau Tiers-État corvéable, variable d’ajustement d’une économie toute puissante.
La conjonction d’une dette abyssale, de la démagogie et des profondes inégalités que les nouvelles technologies aggravent, conduit à une situation sociale explosive qui menace fortement les démocraties. On peut craindre un effondrement économique de certains pays, qui serait suivi d’une révolte du Tiers-État, trop tardivement réveillé !
Que peut craindre l’humanité ?
Le risque majeur qui nous menace est déjà largement enclenché : il s’agit de la bombe à retardement démographique. Chacun le sait, les pays riches ne font plus assez d’enfants et la population vieillit à grande vitesse, au point que l’on peut déjà anticiper une baisse rapide de la population mondiale.
La perte du désir d’enfant de la part d’un nombre grandissant de jeunes couples constitue un symptôme grave du manque de dynamisme de nos sociétés. Il est important d’ajouter l’augmentation vertigineuse des cas d’infertilité provoqués par la pollution chimique, sachant que le phénomène touche le monde entier. A ce fléau, il faut ajouter la banalisation de l’avortement et l’idéologie post-moderne qui préconise l’infanticide, suivant les théories des maitres à penser à la mode.
Nous pourrions nous réjouir des avantages écologiques de la baisse de la population mondiale, mais cette baisse provoquera au préalable de forts remous dans la société, avec un déversement massif des populations pauvres du sud et, dans le même temps, des charges colossales pour prendre soin des personnes âgées. L’équation économique sera difficile à résoudre.
D’autres menaces pèsent sur l’humanité, en provenance de la recherche de pointe en biologie qui nous promet une nouvelle humanité, artificielle, modifiée génétiquement et augmentée. Des humains hybrides, totalement urbanisés, vivant dans un monde virtuel, coupés de la nature, jugée hostile. Des individus, mi-humains, mi-machines, des sortes de clones fabriqués à la chaine dans des laboratoires spécialisés.
Ces prédictions apocalyptiques peuvent paraitre folles et excessives, mais les manipulations génétiques sont en cours et nous assistons déjà à l’apparition d’humains standards, dociles, totalement urbanisés et très impliqués dans une vie virtuelle, nourris de stéréotypes digitalisés. Dit autrement, des individus abrutis par les réseaux sociaux et la publicité, vivant hors sol, dans le métavers imaginé par Marck Zuckerberg.
Un paragraphe m’a beaucoup frappé, dans le dernier livre de Yuval Harari, Nexus : « Aujourd’hui, en 2024, le métavers fait figure de chimère boursoufflée, mais d’ici deux à trois décennies, des milliers d’êtres humains pourraient bien migrer pour aller vivre l’essentiel de leur vie dans une réalité virtuelle augmentée, où se dérouleront la plupart de leurs activités sociales ou professionnelles. Les gens en viendront peut-être un jour à nouer des relations, à s’engager dans des mouvements, à occuper des emplois et à connaitre des hauts et des bas émotionnels dans des environnements constitués non pas d’atomes mais de bits. Peut-être ne trouvera-t-on plus alors, aux confins des déserts, que des ruines en lambeaux de l’ancienne réalité, habitées quelque fois par des bêtes et des mendiants ».
Lorsque j’observe parfois, comment les jeunes sont prisonniers des réseaux sociaux, j’en viens à penser que la vision d’Harari est prémonitoire…
Il ne faut pas exclure non plus un désastre écologique planétaire provoqué par l’usage abusif de pesticides et de médicaments chimiques dont la haute toxicité est encore largement sous-estimée. Compte tenu de notre forte névrose à l’autodestruction, il est hélas aussi possible d’envisager une guerre nucléaire qui ravagerait une très grande partie de la planète…
Les nouvelles technologies
La conjonction prochaine de l’intelligence artificielle et des ordinateurs quantiques va porter la puissance technologique à un niveau inégalé, procurant à ceux qui la maitrise un pouvoir de type totalitaire. Naitra ainsi une oligarchie toute puissante, dominant des armées de petites mains dociles, sorte d’esclaves nouveau genre. (Relire chronique 1015 – « Les blessures narcissiques de l’humanité »).
Certains pays détiendront une telle avance technologique que peut survenir une énorme disparité technologique, un fossé scientifique et industriel si grand que certains peuples peuvent se considérer comme des surhommes et d’autres une sous-humanité, sorte de parias chargés des basses besognes. (Relire la chronique 1048 « Le néo-féodalisme »).
A cet égard, l’Europe est particulièrement vulnérable : « Il est possible que ce n’est pas l’Afrique qui ressemblera demain à l’Europe d’aujourd’hui, c’est l’Europe qui, dans cinquante ans ressemblera à l’Afrique d’aujourd’hui. On risque d’y voir le même chaos étatique, urbain, politique », envisageait Jacques Attali, dès 2006, dans son livre « Une brève histoire de l’avenir ».
Dans un autre domaine, il n’est pas exclu que des modifications génétiques génèrent des sous-individus. « Il y a un risque de faire en sorte que l’être humain fabrique des objets artificiels qu’il appellera encore êtres humains ». Le trafic d’organes, qui se pratique déjà largement, deviendra l’apanage des pays riches vis-à-vis des pays pauvres.
Par ailleurs, un très haut niveau technologique et militaire suppose une consommation élevée en matières premières et en énergie dont les réserves finiront par s’épuiser. Le manque de certains métaux stratégiques peut alors déclencher des paniques et des guerres pour la survie.
Un environnement dégradé
Les humains semblent incapables de s’autoréguler et il n’y a pas de limite à leur désir d’expansion. Nous sommes la seule espèce dont les comportements ressemblent à un suicide collectif.
Le manque d’eau peut faire partie des dangers, sachant que déjà 20% de la population de l’humanité manque d’eau potable. Mais le plus grand fléau concerne la pollution environnementale, déjà signalée plus haut, comme étant une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes.
Chaque semaine, les médias nous informent sur un nouveau danger environnemental : l’invasion des microplastiques, y compris dans l’eau potable, la saturation de nos aliments en de nombreux pesticides, sources de très nombreux troubles physiologiques, y compris la baisse de la fertilité. Le manque de naissances a des causes multifactorielles, à la fois sociétales et physiologiques.
La baisse est néanmoins drastique, dans des pays comme le Japon, l’Italie ou la Turquie le nombre de naissances par femme est passé d’environ 2,4 à 1,5 en vingt ans ! Dans le même temps, certains pays, qui se prétendent progressifs, diffusent dans la population l’idéologie woke et LGBT+ « cheval de Troie » d’une politique antifamille véhiculée par les séries télévisées qui en font l’apologie autodestructrice.
Le wokisme et la cancel culture sont des idéologies perverses et cyniques qui prétendent gommer l’héritage culturel du passé au profit d’une nouvelle société purement matérialiste et consumériste, dont la seule éthique est la jouissance égoïste ! Au contraire, Les nations naissent « de rêves, de chansons et de fantasmes » écrivait avec justesse Theodor Herzl, visionnaire et précurseur de l’État Juif.
Le pire à venir concerne la pollution extrême aux dénommés « polluants éternels » composés de 1000 dérivés perfluorés différents, hautement toxiques et générateurs de très nombreuses maladies, du cancer aux maladies cardiovasculaires. L’inaction des pouvoirs publics à ce sujet peut être considérée comme criminelle.
Cet ensemble de facteurs engendre un affaiblissement dramatique du système immunitaire, ouvrant la porte à l’explosion d’épidémies bactériennes ou virales, potentiellement meurtrières, comme celle que nous avons connu il y a quelques années…
Risques accrus de conflits armés
Les différentes menaces que nous venons d’énumérer créent de vives tensions parmi les populations qui se sentent menacées pour leur survie. Le pillage des ressources par certains pays hégémoniques créera des tensions géopolitiques menaçantes. Ce climat peut rendre certains peuples agressifs et les pousser à la guerre pour la survie.
Ces tensions vont pousser l’ensemble des pays à renforcer leur arsenal militaire et la dissémination nucléaire va reprendre avec force. La miniaturisation de l’énergie nucléaire va permettre de fabriquer des mini-bombes nucléaires portées par des fusées, voire même des drones. Ces bombes du pauvre, à la portée de toutes les bourses, vont constituer une menace mondiale majeure que des gangs criminels pourront manipuler.
Les nations qui ne disposeront pas de moyens de défense dissuasifs seront les supplétifs, sous domination d’une puissance hégémonique, qui pillera ses ressources et utilisera sa main d’œuvre bon marché. Un hyperconflit entre deux puissances hégémoniques, à la conquête du monde, n’est pas à exclure. (Relire chronique n°1030 « Où va le monde ? »).
L’ensemble des dangers qui précèdent s’imbriquent l’un dans l’autre, ils sont à la fois cause et conséquence d’un autre fléau. Nous ne savons pas quand et où se situera le point de bascule, mais ensuite la chute peut être brutale et soudaine. Dans une précédente chronique nous avons évalué le point de bascule vers 2080… si tout va bien ! (Relire chronique n°1019 « Est-il minuit moins une ? » et N° 1063 « Après les années sombres… les années lumineuses »).