1106 – MERCURE, LE POISON INVISIBLE

Le drame de la pollution chimique c’est qu’elle est souvent invisible, sans goût et sans saveur ! Le mercure fait partie de ces polluants qui imprègnent pratiquement 100% de la population, mais à des degrés divers. Il est important d’en connaitre les sources afin de les éviter au maximum.

Nous pouvons disserter à l’infini sur l’économie, la géopolitique ou l’intelligence artificielle, mais notre avenir dépend avant tout de notre état de santé. J’ai souvent alerté mes lecteurs sur les risques de la pollution chimique, sous toutes ses formes, mais négligée par les pouvoirs publics et les politiciens, plus préoccupés par leurs « avantages acquis » que par la santé des citoyens !

Il est donc de notre responsabilité de prendre notre santé en main et, pour y parvenir, nous avons besoin d’être informés et de comprendre comment les molécules chimiques peuvent gravement endommager notre métabolisme. (Je vous conseille de relire la chronique-libre N°1104 « Quel est l’ennemi public N°1 ? »).

Où trouve-t-on du mercure ?

Le mercure est un métal liquide lorsqu’il est pur. Ce n’est pas sous cette forme qu’on le trouve dans la nature, mais dans un minerai dénommé cinabre, un atome de mercure lié à un atome de soufre dans le sulfure de mercure : HgS. C’est sous cette forme qu’il est exploité dans des mines de cinabre. On obtient du mercure pur par décomposition du sulfure de mercure.

Les autres sources naturelles de mercure proviennent des éruptions volcaniques sous forme de vapeur de mercure, des émanations naturelles du sol proches des mines de cinabre ou lors d’incendies de forêt qui libèrent le mercure accumulé dans la biomasse.

Mais, à l’heure actuelle, 70% des émanations de mercure proviennent des activités humaines : industrie minière, orpaillage, métallurgie, déchets industriels, amalgames dentaires… La source principale atmosphérique provient de la combustion du charbon. Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, plus de 2000 tonnes de mercure sont émises chaque année par les activités humaines.

Le mercure pur étant volatile, cet élément circule dans l’atmosphère sous forme gazeuse, qu’il soit d’origine humaine ou naturelle. Il retombe sur le sol et sur la mer avec les pluies et la poussière. Dans les milieux aquatiques, des bactéries transforment le mercure en méthylmercure (CH3Hg), très toxique.

La fonte de la banquise arctique, qui a perdu plus d’un million de km2, serait une nouvelle source de la pollution au mercure, selon un processus complexe, d’après une étude de la NASA : la fonte de la banquise dégage du brome qui interagit avec le mercure gazeux atmosphérique pour ensuite tomber sur la mer et intoxiquer la faune marine.

Ce méthylmercure s’accumule dans la chaine alimentaire depuis les crustacés marins jusqu’aux plus gros poissons selon le phénomène de biomagnification : les gros mangent les plus petits. Au bout de cette chaine se situent les humains qui consomment du poisson !

Toxicité du mercure

La première intoxication aigue au mercure remonte à 1950 lorsque la population de Minamata, au Japon, fut très gravement intoxiquée par le méthylmercure provenant d’activité industrielle voisine qui avait contaminée les animaux marins. Les adultes, comme les enfants, furent atteints de troubles neurologiques sévères et persistants.

En Irak, dans les années 70, survint une intoxication de masse après ingestion de céréales traitées au méthylmercure. Aujourd’hui, nous assistons à une intoxication chronique à bas bruit chez les personnes qui consomment régulièrement certains poissons ou qui vivent à proximité d’une industrie polluante.

Le méthylmercure est redoutable parce qu’il traverse la barrière hématoencéphalique et la barrière placentaire. Il migre donc vers le cerveau et vers le fœtus. Il se fixe au groupe sulfydriles (-SH) de certaines enzymes essentielles et aux molécules soufrées comme le glutathion. Le métabolisme est ainsi bloqué.

En outre, le méthymercure provoque un stress oxydatif qui entraine un dysfonctionnement des mitochondries, sièges de la respiration cellulaire. Chez l’enfant, il provoque des troubles moteurs et sensoriels, un mauvais développement du cerveau et un retard mental. Chez les adultes on peut observer des tremblements, des troubles de la mémoire, des atteintes rénales et digestives.

L’OMS considère le mercure comme un des dix produits chimiques les plus préoccupants pour la santé publique. Cet organisme recommande de ne pas ingérer quotidiennement plus de 1,6 microgramme deméthymercure par kg de poids corporel. De son côté, l’Union Européenne a fixé à 0,5mg/kg la teneur maximum dans les poissons, avec une exception pour le thon dont la limite est portée à 1mg/kg !

Le mercure dans les aliments

Les animaux marins constituent la principale source de mercure, en particulier ceux qui se trouvent au sommet de la chaine alimentaire : thon, espadon, requin dont il faut absolument supprimer la consommation, surtout pour les enfants.

La situation est particulièrement critique pour les populations Inuits du cercle Arctique qui consomment beaucoup de poissons et surtout du phoque qui se trouve au sommet de la chaine alimentaire. L’omble chevalier, le poisson circumpolaire le plus consommé, aurait des teneurs en mercure supérieurs à 1,1mg/kg. Ces régions furent longtemps contaminées par le mercure utilisé par les chercheurs d’or. Aujourd’hui, la fonte du permafrost libère d’énormes quantités de méthylmercure.

En Europe, le thon demeure le poisson le plus préoccupant. L’ONG Bloom dénonce un « scandale sanitaire » et une réglementation trop laxiste. Après avoir analysé 150 échantillons de conserves de thon issues de quinze supermarchés européens, l’association a constaté qu’une boite sur dix présente des valeurs de mercure supérieures aux limités autorisées, qui sont pourtant déjà très élevées !

En 2018, sous la pression des lobbies de la pêche, la dose limite de mercure a été portée à la dose considérable de 1,2mg/kg en ce qui concerne le mercure, soit 4 fois supérieure à la dose limite en vigueur aux USA ! En appliquant les seuils des autorités américaines, ce sont 27,4% des adultes et 7,6% des 6-17 ans qui sont à risque en France.

En France, 8 communes, dont Paris et Lyon, viennent d’interdire le thon dans les cantines scolaires. Dans les conserves, suite à la déshydratation, la teneur en méthylmercure peut atteindre 2,7 mg/kg. Il est urgent de porter la dose limite à O,3mg/kg. L’association Bloom affirme avec stupéfaction que « le thon en boite peut être commercialisé avec une teneur en mercure presque dix fois supérieure au seuil limite pour une sardine ou un anchois ! ».

« Cela fait plus de quarante ans que l’industrie de la pêche infiltre tous les niveaux de décision règlementaire pour obtenir des normes sur mesure concernant le mercure dans le thon » affirme la même association.

Une étude, publiée par Santé Publique France, montre que les femmes enceintes françaises sont surexposées à l’arsenic et au mercure car elles consomment davantage de produits de la mer. « L’exposition prénatale à ces polluants est soupçonnée d’avoir des répercussions sur la grossesse (prématurité, malformations congénitales, petit poids à la naissance) et sur le développement et la santé de l’enfant (atteinte du système reproducteur, du métabolisme, du développement psychomoteur, et intellectuel) ».

Il faudra donc préférer les crustacées et les petits poissons (sardines, maquereau, anchois) dont la teneur en mercure est généralement inférieure à 0,1mg/kg. Le saumon contient aussi de faibles teneurs en mercure.

Par ailleurs, certains riz cultivés à proximité d’industries minières ou de raffineries peuvent contenir des quantités notables de mercure. C’est le cas dans certaines régions de Chine et, en particulier, dans la province de Guizhou où les teneurs du mercure dans le riz sont couramment de l’ordre de 1mg/kg.

L’orpaillage

Les chercheurs d’or artisanaux utilisent fréquemment le mercure qui forme un amalgame avec l’or et permet de l’extraire du magma minéral. Il existerait quinze millions d’orpailleurs à travers le monde qui utiliseraient le mercure, ensuite déversé dans les rivières. Les Inuits du Canada et du Groenland présentent ainsi des concentrations de mercure particulièrement élevées, alors qu’ils vivent loin des pollutions industrielles !

En Guyane, des associations du haut Maroni ont récemment déposé une action collective devant le tribunal administratif. Malgré l’interdiction de l’utilisation du mercure dans l’orpaillage, il a été recensé 143 sites clandestins dans le parc amazonien et 1500 kms de cours d’eau pollués. « Tous les villages et beaucoup de nos poissons sont contaminés », déplore la Présidente de l’association des victimes du mercure dans le haut Maroni.

Des analyses du taux de mercure dans les cheveux furent réalisées en 2023 et les moyennes constatées sont supérieures aux seuils recommandés par l’OMS. Il a même été établi une forte corrélation entre les difficultés scolaires des enfants et des taux de mercure très élevés !

Selon les experts, l’orpaillage constituerait aujourd’hui la première source de pollution au mercure. Une première convention internationale fut signée à Genève, le 19 janvier 2013, mais elle n’interdit pas l’utilisation du mercure dans l’orpaillage ! Le mercure est toujours massivement utilisé au Brésil et en Chine. Le Préjudice écologique est aujourd’hui colossal dans tout le bassin amazonien. C’est désespérant…

Une fois de plus, nous pouvons constater l’inertie fautive des responsables politiques et administratifs dans le domaine de la pollution. Afin d’éviter d’ingérer du méthylmercure il convient de manger de préférence des aliments en provenance de cultures biologiques, des petits poissons gras ou des poissons d’élevage dont la nourriture est contrôlée. Enfin, il est impératif de totalement supprimer la consommation de thon, quel qu’il soit…  

P.S. Si vous avez aimé le thon au mercure, vous aimerez le pain au chocolat au cadmium en relisant la chronique-libre N°1103 « Cadmium, le tueur silencieux ». Bon appétit à tous et à toutes !

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