Qui sommes-nous personnellement ? Cette notion d’individu est relativement nouvelle dans l’histoire de l’humanité. Pendant longtemps l’individu était masqué par le groupe auquel il appartenait et qui le protégeait. Toute recherche d’individualité conduisait à l’exclusion du groupe. Aujourd’hui encore, nous sommes nombreux à nous identifier au groupe auquel nous appartenons, principalement durant notre jeunesse. En fait, l’individu n’est jamais seul, ni réellement lui-même…
Pour y voir clair dans la différence entre ces trois termes, vous pouvez poser la question à Chatgpt. Sa réponse est lumineuse.
En résumé : l’individualisme met l’individu au-dessus du groupe, c’est l’autonomie, la liberté individuelle, l’indépendance, et souvent l’égoïsme.
L’individualité témoigne d’une personne unique, différente des autres, originale, avec son caractère propre et sa personnalité.
- L’individuation est le cheminement intérieur par lequel une personne réalise son soi profond et intègre toutes les dimensions de sa personnalité (conscient et inconscient). L’individu devient qui il est réellement, un individu singulier dans son milieu, intégré au groupe.
Le travail d’une vie consiste à simplement devenir soi-même, à trouver son identité propre, sa spécificité. Ce sentiment d’être soi permet de s’affranchir du processus d’identification à un groupe ou à une idéologie. Ce questionnement fut déjà abordé dans la chronique libre n°1101 « L’illusion identitaire » que vous pouvez relire.
Du collectivisme à l’individualisme
Les partis politiques de gauche opposent le collectivisme, supposé généreux, à l’individualisme considéré comme égoïste. Certains sociologues tentent de sortir de ce schéma réducteur en utilisant le terme de « solidarité individualiste ».
En effet, si la théorie collectiviste est basée sur une approche altruisme de partage égalitaire, il est cependant vite apparu que la pratique collectiviste ne gommait pas la tendance individualiste des humains. L’égalité des revenus, d’une part, ne stimule pas les efforts et les initiatives et, d’autre part, ne supprime malheureusement pas l’égoïsme.
Il parait donc stérile d’opposer collectivisme et individualisme, puisque les humains, en toutes circonstances, cherchent à se faire remarquer, à tirer avantage d’une situation, à travailler plus pour soi que pour la communauté, à s’extraire des obligations de la collectivité, à chercher l’autonomie et à agir souvent de façon égoïste.
On peut seulement dire que nos sociétés modernes, hédonistes et consuméristes, ont tendance à stimuler l’individualisme dans ce qu’il a de plus étriqué. La notion de bien commun ne semble pas convenir à la civilisation post-moderne, très centrée sur soi, sur ses petits avantages et son petit confort. Le désintérêt manifeste des jeunes générations pour la politique et la gestion publique atteste de ce repli égoïste et frileux.
Il n’est pas exagéré de dire que l’individualisme est l’aspect sombre de la nature humaine. Il va du repli sur soi identitaire à l’égoïsme individuel du citoyen qui entend profiter du système, sans offrir de contrepartie. Il se peut que certaines lois sociales, trop généreuses, nourrissent ces comportements opportunistes et profiteurs. De nombreux citoyens ont tendance à profiter du système de façon excessive, sans égard pour le bien commun.
L’étape de l’individualité
C’est la prise de conscience d’être un individu unique à l’intérieur d’un groupe. On peut dire, de façon schématique que l’égoïsme se transforme en égotisme ! L’individualisme est la phase infantile du développement, même s’il persiste souvent chez les adultes. L’individualité serait la phase suivante, du jeune adulte qui s’affirme.
L’individualité consiste à montrer aux autres notre force, nos talents, notre beauté, notre intelligence, ou tout autre attribut qui peut nous caractériser aux yeux de la société. C’est l’étape de la compétition. L’individu ne veut pas être confondu avec quelqu’un d’autre et il a besoin de se faire remarquer, de paraitre original.
L’individu met en avant son identité propre, celle de sa famille, de son clan, dont il est le représentant. Il est fier de lui-même mais aussi de ses origines et du groupe auquel il appartient et auquel il s’identifie. En résumé, l’individualité se porte sur l’originalité de chacun et sur les particularismes de la société dans laquelle il vit. Le but est de se faire remarquer, d’attirer l’attention et les regards. Il s’identifie volontiers à un héros ou à une idole, mais c’est comme s’ils tentaient d’attraper un mirage !
L’individualité demeure dans le champ sociétal, matérialiste, terre-à-terre, pratique. L’individu n’existe que dans le regard des autres, sinon c’est une coquille vide. Il a besoin de briller, de suivre les modes, mais il n’a pas d’élévation spirituelle, ni de vie intérieure. Dans l’individualité, nous revendiquons notre spécificité, mais purement mécaniste, comme une machine unique, bien huilée, un esprit sans transcendance.
Cet esprit est agité, bavard et émotif. Il ne cesse de jacasser, de se comparer, de s’évaluer, d’être vigilant, il est stressé, sur ses gardes… Il est logique et rationnel, sans repos pour tout contrôler, il analyse et trie les informations pour les évaluer…
Devenir un homme
Mais parfois, notre pensée erre et vagabonde hors des sentiers battus, dans des zones inconnues mais fécondes. Surviennent alors les intuitions les plus fulgurantes. Pour arriver à cet état d’ouverture, l’esprit doit lâcher le contrôle et laisser l’âme s’exprimer. « L’intuition apparait comme une vague prémonition qu’on appelle aussi la voix intérieure. L’esprit s’est trouvé distrait », précise Vadim Zeland dans ses trois livres intitulés « Transurfing ».
L’individuation est le chemin qui permet de devenir un homme (ou une femme bien sûr) dans toute sa globalité, dans toutes ses dimensions, matérielles, intellectuelles et spirituelles, lorsque l’esprit laisse l’âme s’exprimer. « La tâche de l’esprit est d’oublier tout ce qui concerne l’expérience de quelqu’un d’autre, d’admettre que son âme est unique et de la laisser suivre son propre chemin », ajoute Vadim Zeland.
« Votre modèle parfait est votre âme… Gardez à l’esprit votre droit à être unique et vous en obtiendrez un immense avantage comparé à ceux qui veulent copier l’expérience de quelqu’un d’autre. ». Le but consiste à abandonner le masque social du paraitre, pour briller ou se faire remarquer, mais d’être soi-même. Cet épisode du passage de l’individualité à l’individuation est le plus difficile à jouer, car cela n’est jamais facile de laisser tomber les masques et les conditionnements !
L’individuation consiste à mettre en alignement l’esprit et l’âme qui doivent s’exprimer librement et en harmonie. Sans cesse, l’esprit tente de prendre le pouvoir et de faire taire l’âme. « La seule manière de faire est de convaincre votre esprit que votre âme doit être aimée avant toute chose… Ne confondez pas l’amour de vous-même avec l’égocentrisme, le narcissisme et la complaisance. Ces derniers apparaissent lorsque vous vous mettez au-dessus des autres. Vous aimer signifie comprendre votre unicité et vous accepter tel que vous êtes, avec vos défauts. Votre amour envers vous-même doit être inconditionnel ».
Le but de la vie serait de fusionner l’âme et l’esprit afin de se réaliser pleinement et d’atteindre les buts que nous souhaitons, sans attente excessive et sans stress, mais de façon calme et confiante, en suivant sa voix intérieure. Si nos projets et nos ambitions sont justes et en harmonie avec qui nous sommes vraiment, nous demeurons sereins. « Lorsque vous pensez à votre but, ne pensez pas à son prestige, à son éloignement, et aux manières d’atteindre votre but. A la place, faites attention à l’état émotionnel de votre âme ».
Devenir un homme consiste donc à sortir de l’individualisme égoïsme, centré sur sa personne, puis à abandonner l’individualisme égotique prisonnier du paraitre qui nous aveugle et nous empêche de savoir qui nous sommes vraiment. L’esprit, capturé par tous nos conditionnements, devient un geôlier pour l’âme et ne lui permet pas de développer ses talents. L’individuation est un chemin difficile vers la liberté. Carl Jung le résume dans cette phrase célèbre : « Hors de la liberté, il n’y a pas de moralité »…
Notre tâche est de nous laisser nous-même être soi. Le secret du bonheur est aussi simple que le secret du malheur : tout tourne autour de l’harmonie ou la dysharmonie entre notre âme et notre esprit. Devenir un homme, c’est être unifié, c’est-à-dire pleinement soi-même, en dehors du regard des autres…Cela revient à suivre son âme et non pas le troupeau et à quitter le Moi pour le Soi : Vaste cheminement qui est loin d’être aisé !