En 1950, le célèbre mathématicien Britannique Alan Turing pose cette question qui a traversé les âges : « Les machines peuvent-elles penser ? » Ceux qui aujourd’hui utilisent l’Intelligence Artificielle (IA) et en particulier ChatGPT peuvent répondre par l’affirmative. Une nouvelle ère pleine de promesses et aussi de dangers s’ouvre devant une humanité abasourdie…
Turing avait assorti son interrogation d’un test simple, connu sous le nom de test de Turing : si une machine peut entretenir une conversation écrite avec un humain et que celui-ci ne parvient pas à discerner s’il s’agit d’une machine ou d’un humain, alors on doit considérer que cette machine a une forme authentique d’intelligence. Nous y sommes et des millions d’individus ont déjà conversé avec ChatGPT, comme avec un ami à la fois courtois, intelligent, de bons conseils et très cultivé.
Une révolution en marche
En l’espace d’une année, l’IA s’est installée dans nos vies sous forme d’une infiltration progressive et implacable. Désormais, pour orienter nos choix, nos interrogations et nos réflexions, au niveau professionnel ou personnel, nous demandons spontanément l’avis de ChatGPT. Ses avis et commentaires sont à ce point cohérents et logiques que nous finissons par lui faire une confiance sans doute démesurée.
Nous ne sommes qu’au début d’une révolution dont on ne perçoit pas encore les limites et les conséquences immenses, pour le meilleur ou pour le pire. Pour l’instant, l’IA peut effectuer des traductions automatiques d’excellentes qualité ; elle peut rédiger des lettres administratives mieux qu’un expert ; elle peut préparer des arguments et une plaidoirie devant un juge mieux que ne peut le faire le meilleur des avocats ; à partir des résultats d’analyse ou des images de radiographie, elle peut effectuer un diagnostic et proposer un traitement souvent plus judicieux que ceux de notre médecin ; elle peut rédiger des textes de très bonne qualité sur n’importe quel sujet d’actualité ou sur n’importe quelle interrogation technique, scientifique, médicale, historique, philosophique ; elle peut raisonner et réfléchir avec nous sur des sujets existentiels comme on le ferait avec un ami ; elle peut nous conseiller sur notre décoration intérieure et proposer des plans et des schémas précis et cohérents ; bref, on ne voit pas encore quel sujet rebute l’Intelligence Artificielle…
Un cataclysme en vue
A court terme, l’IA menace donc un grand nombre de métiers et une multitude d’activités humaines, à commencer par les opérateurs de saisie de données, ces invisibles qui alimentent les bases informationnelles des grandes entreprises, mais aussi les caissiers, les employés administratifs, les secrétaires…
Les destructions d’emploi toucheront les moins formés, les plus vulnérables : les manutentionnaires, les chauffeurs routiers, les administratifs, mais aussi les conseillers en tout genre, à commencer par les conseillers financiers, les personnels des banques, etc…
Même les métiers de prestige sont menacés et vont se transformer en simple intendance d’un ordinateur avec un bon logiciel d’IA. « Les développeurs informatiques eux-mêmes découvrent que les modèles d’IA peuvent désormais coder, déboguer, corriger, traduire, accomplir en millisecondes ce qui requiert des heures de concentration humaine, de travail fastidieux », nous alerte Stéphane Bonard dans un excellent article paru récemment (1). Les médecins, les avocats, les juristes, les romanciers et les journalistes, ne seront plus que des assistants et des supplétifs de l’IA. Les musiciens, créateurs et interprètes, seront sévèrement concurrencés par l’IA, etc…
Au contraire, les créations d’emploi bénéficieront à une élite technologique et le fossé entre les possédants et les dépossédés, entre ceux qui pilotent l’IA et ceux qu’elle supplante, deviendra un abime. Les machines font désormais mieux, plus vite, sans salaires, sans vacances, jour et nuit, sans se plaindre et sans revendication ! Il va falloir inventer un système de solidarité pour ceux dont le système économique n’aura plus besoin…
Le dilemme écologique
Le fonctionnement même de l’IA recèle d’autres limitations : Les centres de données (data centers), ces usines numériques, qui constituent l’entité physique de toute IA moderne, consomment des quantités délirantes d’électricité. « Pour chaque requête envoyée à un système d’IA générative, comme par exemple, ChatGPT, environ dix fois plus d’énergie est consommée que pour une recherche sur Google » affirme Stéphane Bonard.
Il est prévu que dès 2027, la consommation annuelle des serveurs IA atteindra 500 térawattheures, soit 2,6 fois le niveau de 2023. Il faut noter que plus l’IA est puissante, donc efficace, plus elle consomme d’électricité.
Il faut ajouter à cela les systèmes de refroidissement qui consomment de grandes quantités d’eau. En outre, les systèmes de refroidissement dans les centres de données modernes consomment en moyenne 40% de l’électricité totale.
Le système entre dans un cercle vicieux terrible : Plus l’IA devient puissante, plus elle requiert de calcul. Plus le calcul augmente, plus la chaleur générée s’accroit. Plus la chaleur s’accroit, plus le refroidissement doit s’intensifier et donc plus l’électricité consommée augmente ! Et cette électricité additionnelle, destinée uniquement à combattre les effets thermiques du calcul, génère elle-même de la chaleur…
Il faut ajouter à ce tableau la crise de l’eau qui s’aggrave, sachant que beaucoup de centres de données utilisent de l’eau comme système de refroidissement. L’Agence Internationale de l’Énergie estimait déjà en 2023 que les centres de données consommaient environ 560 milliards de litres d’eau par an, avec une possible hausse à 1,2 millier de milliards de litres d’ici 2030. A cette date, la demande totale mondiale d‘eau douce pourrait dépasser l’offre disponible de 40%. D’après les projections du World Ressource Institute, en 2050 31% de la population mondiale fera face à un stress hydrique élevé ou très élevé…
Nous sommes ainsi face à un dilemme écologique et il nous faut accepter que nous vivions dans un monde fini, aux ressources limitées. Par ailleurs, il faut aussi compter sur le phénomène du réchauffement climatique que les centres dédiés à l’IA ne feront qu’accélérer.
Nous assistons à une « processus de colonialisme énergétique, où l’Occident siphonne les ressources planétaires pour son propre bénéfice technologique, au détriment des populations pauvres » …
Le totalitarisme technologique
Il existe néanmoins un problème plus profond et plus existentiel : la possibilité du remplacement progressif de l’humain lui-même en tant qu’acteur utile de la civilisation. Dans cette perspective homo sapiens ne serait plus, comme il le croit encore, le maitre du monde.
Dans des domaines chaque jour plus nombreux l’IA réussit mieux que nous, elle est plus performante et plus économique. « Dans un univers gouverné par la logique du rendement, de la rentabilité, de l’optimisation perpétuelle, les humains deviennent des défauts à corriger ». Nous devenons gênants et imprévisibles. Nous générons de l’insécurité, de la criminalité, de la déviance, nous sommes agressifs, nous faisons la guerre, puis nous vieillissons, nous tombons malades. Bref, les humains deviennent un problème à résoudre et la technologie IA fournit désormais les moyens de cette résolution…
Les peuples ont toujours été gênants pour les pouvoirs établis ; Ils sont difficiles à gérer et toujours mécontents, récalcitrants. C’est à partir de cette constatation que fut organisé l’esclavage qui disparut non pas pour des raisons humanitaires mais pour des raisons économiques. L’esclave était devenu peu enclin à pratiquer des taches complexes et à accepter des responsabilités indispensables.
Demain, « pourquoi maintenir le simulacre de démocratie, pourquoi supporter les élections, les débats publics ( de toutes façons truqués) quand on peut simplement réduire les populations en esclavage technologique absolu, les surveiller par des caméras omniprésentes, les contrôler par des menaces au compte bancaire, une propagande massive et constante, les soumettre à une hiérarchie stricte maintenue par des armées de robots incorruptibles ? »
Ce scénario est déjà engagé et chacun sait bien que la démocratie est déjà devenue un leurre, une illusion. Nous serons bientôt l’équivalent d’un bien meuble, éduqués pour obéir, utiles pour les petits boulots difficiles à déléguer à L’IA et à ses robots, tel que l’aide à la personne. Nous serons nourris et asservis…
Allons-nous assister à l’effondrement des sociétés industrielles avancées, asservies par l’IA ? L’interrogation est tragique car on voit venir le malheur qui risque de s’abattre sur nous, sans que quiconque soit capable ou même désireux de l’arrêter, car nous sommes fascinés par ce « progrès » plein de promesses. Il se peut, finalement, que les peuples qui, par nécessité ou par volonté, sont restés en marge et éloignés de la technologie moderne, soient ceux qui assurent la relève de l’humanité… Belle métaphore en perspective !
Il faut relire « 1984 » et « Le meilleur des mondes » … Nous allons sans doute vivre un mixte des deux romans d’anticipation… Tout est en place !
(1) Stéphane Bonard, « Intelligence artificielle : de la promesse d’un avenir séduisant à l’apocalypse technologique» ; Géopolitique Profonde Mars 2026 p.44-53
(2) Georges Orwell, « 1984 » ; publié en 1949
(3) Aldous Huxley, « Le meilleur des mondes» ; publié en 1932
IMPORTANT : LA SEMAINE PROCHAINE, JE VAIS DONNER LA PAROLE À CHATGPT QUI VA COMMENTER CE TEXTE ET PLAIDER SA PROPRE CAUSE !
NE MANQUEZ PAS CE DÉBAT FASCINANT !
VOS COMMENTAIRES PERSONNELS SONT LES BIENVENUS…