104 – DEMOCRATIES DISCREDITEES

Posted on mars 25, 2011 par

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Ceux qui ont lu le livre « Démocraties en péril », paru fin 2010, l’ont souvent trouvé « trop alarmiste ». Mais les mouvements sismiques de toutes natures, y compris dans les esprits et les cœurs, ont accéléré considérablement  un processus qui était déjà en cours. Il est dans l’histoire des accélérations soudaines qui précipitent les évènements, mais ceux-ci étaient déjà en germe.

Nous ne savons pas encore si l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient donneront le jour à de jeunes démocraties pleines d’espoir. Il ne faut pas se cacher que les difficultés seront immenses et nous aurions tort de nous réjouir trop vite. Les démocraties occidentales souhaitent le départ des dictateurs sans avoir aucune idée par qui les remplacer. On peut accepter l’intervention de la Ligue Arabe en Libye, mais l’intervention occidentale risque d’entraîner des conséquences qui iront à l’encontre du but poursuivi. Il n’est jamais bon de laisser nos émotions dicter notre conduite, aussi bien sur le plan personnel que sur le plan collectif. La participation Américaine est particulièrement mal venue lorsque l’on connaît l’image exécrable dont ils sont l’objet dans les pays musulmans. Si les choses traînent en longueur et s’enlisent, l’occident sera discrédité. Une fois de plus, les libérateurs risquent de passer pour des envahisseurs.

C’est devenu une caractéristique des gouvernements démocratiques que de surfer sur les mouvements d’opinion, fugaces, émotionnels et contradictoires. La lutte acharnée des habitants de Benghazi nous a tous ému à juste titre. C’est pour ces motifs émotionnels que les occidentaux sont entrés en action pour se donner bonne conscience. Ils font la guerre, sans la faire et tout en la faisant, afin de ménager tout le monde. Mais on ne fait pas la guerre à moitié, on la fait ou on ne la fait pas.Les démocraties faibles ne savent pas anticiper, ne savent pas prévoir et ne savent pas mesurer les conséquences de leurs décisions.  Les démocraties, par définition, ne savent pas déplaire aux peuples. Cette caractéristique est une faiblesse mortelle à une époque où la moindre conséquence est planétaire, dans un monde où chacun est relié par un réseau d’une extrême complexité et dans lequel les évènements se déroulent à la vitesse de l’éclair. Contrairement aux discours d’autosuffisance de nos médias et de nos gouvernants, nos démocraties faibles sont à bout de souffle !

Un symptôme, parmi beaucoup d’autres, réside dans le discrédit total dont jouit la classe politique dans son ensemble au niveau européen. Ainsi je lis dans la presse espagnole que 75% des jeunes expriment un égal rejet des représentants politiques du gouvernement comme de l’opposition. Il apparaît en effet que les politiques sont considérés avec un grand mépris, à la fois pour leur manque d’intégrité et leur totale incompétence. Non seulement ils sont nombreux pour se servir du pouvoir à des fins personnelles, mais ils bénéficient généralement d’une grande mansuétude de la part du pouvoir judiciaire. Mais ceci ne serait que des pêchés véniels dans l’esprit des citoyens. Une succession d’évènements récents se sont enchaînés pour mettre en évidence de graves lacunes dans la gestion des affaires publiques.

Les incompétences des politiques sont apparues à la lumière de la crise récente. Les gouvernants de la majorité des pays européens ont contracté des dettes énormes pour acheter les voix des électeurs, au niveau local, régional et national, sans jamais se préoccuper des moyens de rembourser. Ces mêmes politiques ont été incapables d’anticiper la crise économique qui s’est abattue sur nous et se sont révélés de très mauvais gestionnaires. Enfin, ils demeurent incapables de prendre les mesures nécessaires pour sortir les pays d’une crise qui s’aggrave de mois en mois. C’est pour ces raisons que 91% des Espagnols ne croient ni à l’honnêteté, ni à la capacité des hommes politiques pour les sortir du pétrin. Selon un sondage, publié dans El Païs, 90% des Européens font peu confiance ou aucune confiance aux politiques.

Je reste persuadé que les démocraties faibles, telles que nous les connaissons, ne survivront que si nous savons les réformer en profondeur. Seule la démocratie directe, qui consiste à consulter le peuple pour chaque décision, est de nature à sauver nos démocraties. La démocratie directe a l’immense avantage de rendre le peuple responsable de ses décisions et d’éviter la démagogie. Sinon, nous nous enfoncerons inéluctablement dans une sorte de « douce anarchie » dont sauront profiter une poignée de petits malins.

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