165 – Où VA LE MONDE ?

Posted on août 15, 2011 par

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Le monde est incertain et en plein bouleversement ; pour apaiser nos angoisses, nous aimerions savoir quel monde nouveau se prépare. Pour savoir où va le monde, il suffit d’observer vers où regardent les jeunes d’aujourd’hui. Quels sont leurs repères, leurs références, leurs valeurs et leurs attentes ?  Quels sont leurs espoirs et leurs illusions ? C’est eux qui préparent le monde de demain, qui le pensent et, donc, le fabriquent.

Quand j’étais jeune, nos regards étaient tournés vers l’Amérique. Toutes nos valeurs, nos

symbole du rêve américain

espérances, nos attentes et nos modes venaient des USA. Jusqu’au tournant du siècle, il suffisait d’un voyage en Amérique pour connaître les nouveautés qui allaient débarquer sur le vieux continent 10 ou 20 ans après. Le rêve était américain car l’Amérique était riche, inventive, moderne. Elle incarnait notre futur, dans cette Europe usée et meurtrie, à court d’idées neuves. L’Amérique était une vitrine animée que nous admirions au cinéma où nous puisions nos modèles d’identification. Tout ce qui venait d’Amérique disposait d’un préjugé favorable. C’était nécessairement mieux. Quand nous disions « les Américains ont dit que… » ou bien « les Américains vont faire ceci ou cela », nous avions tout dit et cela fermait la porte à toute critique possible.

Bien sûr, nous nous moquions de ce peuple jeune et resté un peu enfantin, mais au fond de nous, nous l’admirions profondément pour son non-conformisme, sa modernité, son audace, alors que de ce côté-ci de l’Atlantique nous étions encore embourbés dans nos préjugés anciens, dans nos hiérarchies périmées et nos vieilles manières un peu surannées. Nous étions un peu comme ces nobles désargentés qui méprisent ces nouveaux riches balourds mais qui les envient et les jalousent. En fait, lorsque je regarde aujourd’hui plus lucidement ce qui nous fascinait dans ce modèle américain, je pense que c’était la conjugaison de la force et de la richesse. La puissance militaire et l’argent ! N’est-ce pas ce qui a, de tout temps, fasciné tous les peuples ?  Le rayonnement de tous les empires repose sur ces deux composantes complémentaires et indispensables.

Les jeunes d’aujourd’hui ne regardent plus vers l’Amérique car elle a perdu son prestige. Le pilier de la force militaire fut largement ébranlé par deux guerres inutiles et inachevées, parce que sans issue, en Irak et en Afghanistan. Le pilier de la richesse économique s’est complètement effondré avec l’explosion de la dette de l’Etat Américain qui vit au-dessus de ses moyens depuis trop longtemps. Ce qui a changé, c’est le regard que le monde porte sur les USA. Soudain, ce grand pays est apparu dans toute sa fragilité et sa faiblesse. Mais l’homme est ainsi fait qu’il n’admire jamais les faibles. Nous ne savons admirer que le succès. Depuis que le monde est monde, nous n’admirons que la force et la richesse ! Ce n’est donc pas un hasard si les empires s’écroulent toujours parce qu’ils sont ruinés et faibles. Ce fut le cas de la république Athénienne, de l’empire romain, de la monarchie française ou de l’empire soviétique.

Les jeunes d’aujourd’hui utilisent encore la technologie américaine, mais déjà elle est « made in China ». La Chine est dans toutes les bouches. Elle n’est pas encore un modèle, mais elle est déjà admirée. La Chine commence à devenir le nouveau pôle d’attraction et les jeunes rêves de passer quelque temps à Shanghai, comme nous rêvions de New York. Ils sentent intuitivement que le centre de gravité du monde est en train de se déplacer. Bien sûr, cela ne se fera pas en un jour, il faudra une génération, mais quand le train de l’histoire est en marche il est bien difficile de l’arrêter. La Chine nous impressionne par sa formidable réussite économique, mais aussi par sa rigueur, son organisation et j’ajouterais par sa discipline. Nos démocraties laxistes, gouvernées au gré du vent et des sondages d’opinion, commencent à regarder avec envie les pays qui sont gouvernés fermement. Un certain nombre de jeunes cadres Européens sont exaspérés par un système éducatif incapable d’imposer un minimum de discipline aux gamins de 10 ans. La mansuétude généralisée a généré une société ingouvernable. Le laisser-aller est synonyme de facilité et de manque d’efficacité, c’est-à-dire de perte de compétitivité.

Chaque époque sécrète ses symboles qui la représentent de façon imagée. Le symbole américain, ce fut longtemps le célèbre billet vert : le dollar était le roi du monde, image de la réussite. Il n’est donc pas anodin qu’aujourd’hui le dollar soit contesté et qu’il vacille sur son socle qui est l’économie américaine. C’est notre représentation du monde qui est ébranlée. L’occident a perdu la fierté de lui-même et il déprime. Il a donc besoin de regarder vers de nouveaux symboles porteurs d’avenir. Les symboles de la Chine sont le travail, la fierté, le dynamisme, la discipline et le nationalisme et c’est ce qui nous interpelle désormais.