164 – PENSEZ EN RÉSEAU

Posted on août 12, 2011 par

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Vous connaissez ce très beau slogan : «  Penser global, agir local ». Ceci signifie que nous avons collectivement pris conscience de la globalité du monde. Chaque événement est interconnecté à tous les autres. Aucun élément ne peut être isolé. La moindre de nos actions a des implications globales. Chaque évènement possède plusieurs causes et génère de multiples conséquences. Cette prise de conscience récente a modifié radicalement notre vision et cette révolution des esprits n’a pas fini de modifier notre rapport au monde.

Pour appréhender la complexité du monde et ses multiples aspects, la science a tout d’abord fragmenté les problèmes. Elle a étudié les phénomènes un à un, comme s’ils étaient séparés les uns des autres. Notre cerveau n’était pas capable d’appréhender la totalité, il sembla naturel de découper la réalité en de multiples territoires. Chaque discipline a ainsi étudié une parcelle du monde. Ce fut la naissance de la pensée dualiste illustrée par Descartes qui proposa de séparer l’esprit et le corps comme étant deux entités distinctes. Il fallut plusieurs générations de scientifiques pour revoir cette distinction arbitraire et, quatre siècles plus tard, il y a encore hélas de nombreux médecins qui, dans leurs pratiques quotidiennes, séparent ce qu’ils croient être du corps et ce qu’ils croient être de l’esprit.

Dans le domaine médical on ne compte plus le nombre de spécialités comme si on pouvait découper l’homme en rondelles. Chacun étudie une partie de nous-même, un système, un organe, un groupe de cellules ; mais, qui étudie l’homme dans toute son étendue ? Il y eut par exemple l’étude du système hormonal, l’étude du système immunitaire, l’étude du psychisme, l’étude du système nerveux. Plus tard, il s’avéra que la libération des hormones dépendaient, entre autres, du système nerveux : ainsi est née la neuro-endocrinologie. Il apparut ensuite que l’immunologie était liée à la fois à la neurologie et à l’endocrinologie ; cela devint une nouvelle discipline : la neuro-immuno-endocrinologie. Bien entendu, l’influence du psychisme sur les autres fonctions devint évidente et prépondérante; on parla alors de psycho-neuro-immuno-endocrinologie. C’est ainsi que, petit à petit, la médecine reconstruit l’homme en pratiquant la pensée globale.

Progressivement donc,  nous nous sommes habitués à la pensée globale. Dans la crise économique que nous traversons, nous savons que de nombreux facteurs sont en jeu qui sont à la fois causes et conséquences. Il n’y a plus que les esprits simplistes pour penser que la crise est la faute du capitalisme ou de tel ou tel gouvernement. La crise appartient à un phénomène que l’on qualifie de systémique, c’est-à-dire global et aux implications multiples. Nous pouvons rapidement énumérer un certain nombre de facteurs qui interfèrent, à des degrés divers, sur la crise économique et qui eux-mêmes sont modifiés par la crise en retour. Par exemple, la concurrence des pays asiatiques, la mondialisation, l’excès de dettes, le prix de l’énergie, la raréfaction des matières premières, l’Etat Providence, la démagogie, le manque de régulation et de contrôle, les agences de notation, la cupidité des financiers, la spéculation, l’inégalité des revenus, le poids excessif des actionnaires, une fiscalité injuste, un Etat trop dépensier, un trop grand nombre de fonctionnaires, le gaspillage, etc…

Nous sommes donc aujourd’hui familiarisés avec la pensée globale et nous mesurons mieux la complexité du monde et l’interdépendance de chacun. Nous commençons à raisonner en réseau et l’émergence d’Internet nous a beaucoup aidé à visualiser ces interconnections multiples, semblables à une toile d’araignée tentaculaire. Nous sommes interactifs, à la fois émetteurs et récepteurs. Ce réseau planétaire a permis par exemple l’émergence de Wikipédia, la plus formidable encyclopédie auto construite qui se régénère en permanence. Cette autorégulation de Wikipédia fait penser à un organisme vivant, à un gigantesque cerveau. Wikipédia  fonctionne grâce à l’intervention en continu de millions d’internautes qui complètent et corrigent. De même, le cerveau fonctionne en réseau grâce à l’intervention permanente de l’ensemble de ses cellules. La mémoire, la notion du temps qui passe, la conscience de soi et du monde, sont la résultante de l’activité dynamique du réseau neuronal dans son ensemble. Le cerveau est autodirigé ; il est à la fois celui qui commande et celui qui obéit. Aucune région du cerveau ne fonctionne de façon autonome ; chacune d’elle reçoit et envoie des informations et des ordres. C’est le modèle de la pensée en réseau, horizontale et globale.

Nos lecteurs savent que « la chronique libre » se fait souvent l’avocate de la démocratie directe, c’est-à-dire que nous préconisons un système politique en réseau dans lequel chaque citoyen soit à la fois récepteur et émetteur. Nous pensons que nos sociétés occidentales sont prêtes pour abandonner le vieux système de la hiérarchie pyramidale du maître et de l’élève, en vigueur dans les démocraties parlementaires. La connaissance est maintenant disponible pour tous. Chacun d’entre nous dispose des mêmes sources d’information et nous pouvons donc avoir un aussi bon jugement que les hommes politiques. C’est la raison pour laquelle les citoyens n’acceptent plus la mainmise de l’oligarchie sur les décisions. La crise actuelle est aussi la crise de la démocratie représentative.qui ne représente plus l’aspiration des peuples. Les citoyens sont désormais capables de penser en réseau et donc de se prendre en main en votant directement les lois et règlements proposés par le gouvernement ou par des référendums d’initiative populaire. Penser et agir en réseau, c’est être plus libre et donc plus responsable…

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