315 – L’ESPRIT D’ENTREPRISE

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Pendant que l’Europe manque de ressort et se laisse aller, l’Amérique sera t-elle capable de se redresser et de surmonter la crise économique ?

Les Etats-Unis disposent de plusieurs atouts que l’Europe ne possède pas. Au premier rang, je placerais l’esprit d’entreprise, c’est-à-dire le goût de l’innovation et du risque. Le magazine « The Economist » de cette semaine fait la remarque douloureuse suivante : « Si le père de Sergey Brin, venant de Russie, avait émigré en France à la place des Etats-Unis, son fils serait devenu un brillant scientifique dans sa tour d’ivoire, au lieu d’avoir fondé Google ». Voyons donc en quoi l’Europe manquerait d’esprit d’entreprise.

Ce sont les jeunes entreprises dynamiques, et à croissance rapide, qui sont les plus créatrices d’emplois et de richesses. Il est intéressant de constater que la majorité des grosses entreprises européennes ont plus de cent ans d’âge ! Durant les 50 dernières années l’Europe n’a donné naissance qu’à 12 grosses entreprises pendant que l’Amérique en créait 52. C’est dans les nouvelles technologies que le fossé est le plus criant, puisque l’Europe n’a, dans ce domaine, permis l’essor d’aucune société d’envergure ! L’Europe crée quantité de magasins de quartier, de coiffeurs et de crêperies, mais peu d’entreprises innovantes. Une étude de la Commission Européenne montre que 19% des moyennes entreprises Américaines sont classées « à croissance rapide » ; elles ne sont que 6% en Europe.

L’Europe ne manque pas de compétences, mais elle ne sait pas les retenir car elle est trop frileuse. Les jeunes entrepreneurs préfèrent l’Amérique. Dans la seule Silicon Valley, où nous sommes, 50.000 jeunes Allemands diplômés sont venus tenter leurs chances et, autour de la Baie de San Francisco, 500 start-ups ont été créées par de jeunes Français. Ils y trouvent une plus grande liberté d’entreprendre et, surtout, ils ont ici le droit à l’erreur. Faire faillite n’est pas une infamie et n’est pas considéré comme une malversation et cela leur donne le droit à une seconde chance ! Le risque est inhérent à l’esprit d’entreprise … En Europe au contraire, l’échec vous met au ban de la société, considéré comme un fraudeur et vous perdez le droit d’entreprendre.

Cet esprit d’entreprise est partagé par les financiers qui accompagnent facilement les nouveaux entrepreneurs dans leur aventure. Les sociétés de capital risque préfèrent investir dans de jeunes sociétés américaines plutôt que dans les équivalents européens parce que l’environnement est plus favorable en Amérique. La rigidité de l’administration, le poids de la fiscalité et surtout les lois sur le travail, sont des freins considérables à la création d’entreprises  en Europe. Une jeune entreprise, plus encore que les autres, a besoin de souplesse pour s’adapter à la situation, changeante par nature. Le coût prohibitif d’un licenciement en France, par exemple, est apparu tout à fait dissuasif à beaucoup de jeunes entrepreneurs qui ont préféré traverser l’Atlantique. Il est plus facile en Europe de divorcer que de se séparer d’un employé !

La chance est la raison de mon succès, mais je n’ai pas été chanceux jusqu’à ce que je travaille 90 heures par semaine.

 La Californie demeure la région la plus attractive pour les jeunes diplômés du monde entier. Ils affluent par milliers et trouvent des salaires 50 à 70% supérieurs à ceux de l’Europe. Ils ne fondent pas tous une start-up, mais les plus entreprenants émigrent et ils deviennent des cadres de haut niveau qui peuvent bénéficier de stock-options à la hauteur du risque qu’ils ont pris. Il est triste de constater que le mot même de stock option donne des boutons à la majorité des Français qui entendent ce mot, considéré comme le salaire de la honte ! Il n’est pas étonnant, avec cet état d’esprit, que l’Europe s’enfonce chaque jour davantage dans la crise.

Dans leur grande majorité les jeunes européens sont timides et manquent singulièrement d’esprit d’entreprise. Selon le Global Entrepreneurship Monitor, ils représentent moins de 5% de la population adulte en Europe contre 7.6% aux Etats-Unis, mais 14% en Chine et 17% au Brésil ! En outre, ils sont beaucoup moins nombreux en France à avoir confiance en leur pays pour y entreprendre, tandis que 70% des Canadiens estiment qu’il n’y a pas meilleur pays pour entreprendre. D’une façon générale les cadres européens ont peur du risque et ne veulent pas quitter leur entreprise pour mettre leurs compétences au service d’une jeune société.

Si l’Amérique sait conserver son esprit d’entreprise elle sera beaucoup mieux armée que l’Europe pour surmonter la crise et en sortir plus forte. Dans une prochaine chronique nous examinerons d’autres aspects de la compétitivité Américaine.

4 comments

  1. I think the greatest strength you have mentioned is the aspect of bankruptcy. Many successful people in America have gone bankrupt, some more than once. There is no social stigma to this,in fact it can be seen as respectable just to attempt something new.

    Conversely, it is very damaging to block the actual bankruptcy. To bail out a person or company who has failed is not healthy. It is better to allow the bankruptcy to run its course, to cleanse the system. In America we have seen the car companies recently bailed out, only to go bankrupt anyway.

    There are innumerable American government programs to « save » people who can not pay the debt on their house. All are destined for failure and only add to the debt for no reason.

    If bankruptcy is to be a strength, it must be allowed to occur.

    1. Je suis tout à fait d’accord avec vous. Il vaut mieux investir dans le futur que continuer à subventionner les entreprises non compétitives. Il vaut mieux accompagner le changement que s’y opposer. Cela sera le thème de la prochaine chronique libre.

  2. Chez-nous au Canada, l’entrepreneurship est le  »bienvenu ». Nous avons droit à l’erreur, ce qui est perçu au droit  »à se reprendre », soit comme un (dé) fonceur et/ou dans certains cas comme un  »’crosseur ». En tant qu’être humain, on s’enrichie monétairement et intellectuellement, car le but de l’exercice est d’en faire profiter soi-même et les autres dans le respect. Tout le monde dans une  »faillite » s’enrichie. Les syndics se chargent d’en faire la distribution et le fisc s’enrichie en y prélevant sa cote. À bien y penser, c’est la base de la Bourse. Ainsi soit-il….. amen

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