863 – LE SYNDROME DE RÉSIGNATION

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Que fait-on lorsqu’il n’y a plus d’espoir ? Y a-t-il encore une échappatoire, lorsque l’on ne peut ni fuir, ni lutter, face à certaines difficultés extrêmes de la vie ?

Il reste bien sûr la possibilité du suicide, l’arme absolue, la fuite ultime ! Mais la vie a parfois d’autres subterfuges pour échapper au désespoir total et garder quelque part en nous, une toute petite lueur d’espoir, bien cachée, afin de survivre malgré tout…

Fuir ou lutter

Les animaux et les hommes ont toujours su utiliser l’arme de la fuite ou de la lutte pour se sortir des mauvais pas, face à un danger. L’homme possède l’avantage de pouvoir fuir, non seulement avec ses jambes, mais aussi avec sa tête, par le rêve ou en refusant de voir la réalité. Dans certains cas, la maladie peut être une fuite. Le burn-out, qui survient lorsque l’on ne parvient plus à gérer un stress environnemental extrême, fait partie des stratégies que notre psychisme utilise quand il ne parvient plus à faire face.

Le stress a d’abord été étudié chez l’animal et l’on doit au physiologiste français Henri Laborit d’avoir décrypté et démocratisé cette notion. Il a surtout étudié, chez le rat, ce qui se passe lorsqu’il ne peut ni fuir, ni lutter. Les rats sont capables de supporter un stress intense lorsqu’ils peuvent fuir vers une autre cage, ou lorsqu’ils peuvent se battre contre leurs congénères, même si ceux-ci sont étrangers à l’origine du stress. Le stress rend agressif et cette une notion que l’on peut expérimenter tous les jours chez les humains !

Mais que fait un rat, seul dans sa cage, lorsqu’il ne peut ni fuir, ni se battre ? Il fait un ulcère d’estomac ! Voilà encore une notion qui fait réfléchir sur l’origine de certaines maladies… Pour ceux qui s’intéressent à la psychobiologie, je conseille de voir ce vieux film intitulé « Mon oncle d’Amérique », devenu film culte pour comprendre ce qu’est la psychosomatique… Vous y verrez un Gérard Depardieu, jeune, et malgré tout au sommet de son art !

Deux exemples ci-dessous illustrent parfaitement les effets négatifs du stress chronique sur l’organisme :

Les enfants de l’ile de Nauru

Le gouvernement australien avait adopté une politique très restrictive pour l’accueil des réfugiés et les avait entassés dans l’ile de Nauru, où ils sont restés plusieurs années, dans une incertitude totale.

Les ONG qui ont visité l’ile en 2018 ont été frappé de l’état de léthargie des enfants. Coincés dans cette ile minuscule, la plupart désespèrent de trouver un pays qui les accueillent. Beaucoup souffrent du syndrome de résignation : « Ils ne quittent plus leur lit, cessent de s’alimenter, de boire suffisamment, ne parlent plus, ne se lèvent plus pour leur toilette ». Ils sombrent ainsi dans un état comateux et doivent être nourris par voie intraveineuse. Selon l’organisation Asylum Seeker Resource, la moitié des enfants réfugiés sur l’ile aurait besoin d’une prise en charge médicale urgente !

Les choses se encore aggravées lorsque le gouvernement américain s’était engagé à prendre 1250 réfugiés, mais ils ont rejeté les demandes des iraniens et de somaliens. « Certains enfants avaient déjà préparé leurs valises » disent les représentants de l’association. La déception a été immense et les enfants se laissent mourir.

Cette tragédie peut illustrer aussi l’origine de nombre de dépressions, si commune en Occident, chez ceux pour qui la vie n’a plus de sens ou qui ne peuvent échapper à leurs conditions. L’épisode du covid est un exemple de situation dans laquelle on ne voit pas d’issue, on se sent coincé, sans échappatoire. D’une certaine façon, la dépression est une fuite.

Réveil sur Mars

Ce syndrome de résignation a été parfaitement décrit et documenté par les autorités sanitaires Suédoises qui ont enregistré des centaines de cas, dans des familles de réfugiés qui se sont vu refuser le droit d’asile. Des enfants sont tombés en apathie profonde et dans certains cas dans un véritable coma.

Ce phénomène a été remarquablement décrit par un reportage intitulé « Réveil sur Mars ». Il rapporte le cas de deux jeunes-filles Kosovare, Ibadeta et Djeneta, qui ont sombré dans le coma l’une après l’autre, quand la demande d’asile de la famille a été rejetée.

« Quand les enfants ont été traumatisés dans leur pays d’origine, l’arrivée dans un pays d’accueil est un grand moment de sécurité pour eux, ils se sentent mieux. Mais quand ils se voient refusés d’y rester, tous les traumatismes d’origine reviennent » notent la réalisatrice du reportage, diffusé très récemment au festival de Soleure. La situation est d’autant plus grave que les familles sont installées depuis longtemps, sont bien intégrées, et ont commencé à se créer de nouvelles racines…

La réalisatrice avait déjà monté son film quand elle a appris que Ibadeta et Djeneta s’étaient réveillées, à six mois d’intervalle, après 5 ans de coma pour l’une et 3 pour l’autre, et quelques semaines après que la famille ait finalement reçu un permis provisoire ! 

La réalisatrice est néanmoins retournée dans la famille et les deux jeunes filles l’ont reconnue à la voix. « Durant tout ce temps, elles étaient conscientes. Elles m’ont dit qu’elles ressentaient de l’apaisement quand il y avait du monde autour d’elles mais que dès qu’on s’éloignait, elles éprouvaient un sentiment de solitude extrême, abandonnée à leur propre univers ».

Le pouvoir de l’esprit

Tout ceci démontre à quel point nos émotions nous gouvernent et comment notre cerveau est capable de trouver des stratégies d’évitement afin d’échapper à des situations stressantes.

Les neurologistes estiment qu’un tiers des troubles neurologiques demeurent totalement inexpliqués et sont sans fondement physiologique. Ces situations sont dénommées FDN pour Functional Neurological Disorder et peuvent représenter des cas très variés : tremblements, symptômes épileptiques, pertes de la vue ou de l’audition, douleurs, paralysies, comas et même simili attaques cardiaques… Ces situations avaient été décrites depuis longtemps par Jean-Martin Charcot, considéré comme le père de la neurologie, puis par Joseph Babinski, Pierre Janet et naturellement Sigmund Freund. Le syndrome de résignation avait aussi été décrit par Bruno Betellheim, survivant de l’holocauste, et qui a connu les camps de concentration « des prisonniers étaient si totalement épuisés, physiquement et émotionnellement, qu’ils avaient abandonné à l’environnement tout pouvoir sur eux. Ils arrêtaient de manger, assis dans un coin, muets et immobiles, et ils expiraient”. 

La médecine traditionnelle avait toujours refusé de voir cette emprise de l’esprit sur le corps et séparait bien le champ de la psychiatrie de celui de la neurologie. Mais le cerveau, lui, ne met pas de frontière là où la médecine s’obstinait à en mettre !

Il apparait que les divers stress auxquels nous sommes soumis sont de grands générateurs de maladies. Il apparait, comme une évidence, que les différents stress psychologiques sont convertis en troubles physiques. L’ensemble des maladies neurologiques, depuis la dépression jusqu’à la maladie d’Alzheimer, devraient être analysées à la lumière d’une situation stressante d’origine. Quel médecin est aujourd’hui capable de faire ce décryptage ? N’est-ce pas à chacun d’entre nous d’entreprendre cette recherche avec l’aide éventuelle d’un psychothérapeute ?

Je rappelle ici que le stress chronique conduit à l’anxiété, à la dépression, aux troubles du sommeil, à l’affaiblissement du système immunitaire, aux maladies cardiovasculaires et aux maladies métaboliques. En outre, un faisceau d’évidence prouve que ce stress chronique facilite la progression du cancer dans divers modèles expérimentaux.

Lorsque survient une maladie ou un symptôme, quels qu’ils soient, nous devons toujours nous poser un certain nombre de questions fondamentales : quel stress psychologique ai-je eu récemment ? Que signifie cette maladie et qu’est-ce qu’elle veut me dire sur ma vie actuelle ? Quel bénéfice secondaire me procure cette maladie ?

Et surtout, nous devons nous dire que si notre esprit possède le pouvoir de nous rendre malade, il a aussi le potentiel de nous guérir. L’esprit crée tout, nos pensées d’aujourd’hui déterminent notre futur. Pensons positivement, nous sommes les créateurs de notre vie. Ne nous résignons jamais !…

Prenons impérativement du recul par rapport à toutes les situations stressantes qui font le lit de nos maladies. Ne rentrons pas dans l’hystérie collective autour du covid, qui a pris dans notre vie l’importance que nous avons accepté de lui donner. N’oublions pas que notre psychisme gouverne notre métabolisme, à commencer par notre système immunitaire… Faites taire ou fuyez ceux qui cherchent à semer la peur, mère de nos maladies…

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