375 – LE ROMAN DE LA LIBERTE

Posted on décembre 27, 2012 par

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Nous avons tous au fond de nous, peut-être inconsciemment, comme une nostalgie des temps anciens durant lesquels nous étions des nomades, chasseurs-cueilleurs, vivant au jour le jour et libres…

De passage à Paris, nous sommes allés au Grand-Palais nous plonger dans le monde de la Bohème pour y respirer un parfum de liberté et d’insouciance.  Cette exposition intitulée « Les Bohèmes » est à la fois belle et émouvante. Elle retrace tout d’abord, à travers la peinture, l’histoire de tous les nomades qui, depuis le XVème siècle, parcourent l’Europe : bohémiens, tziganes, gypsies, gitans, roms, manouches, romanichels et maraudeurs. Ils émigrèrent depuis l’Inde, en des temps très anciens, et la légende raconte qu’ils accompagnèrent la fuite en Egypte de Joseph et Marie, d’où leur nom de « gypsies ». Ce sont des danseurs, des musiciens, des diseurs de bonne aventure et des voyageurs éternels. Pour ces princes de la liberté, le travail est un esclavage, la vie est faite pour danser et chanter : c’est la raison pour laquelle, dans notre société de plus en plus aliénante, ils nous fascinent.

« Sorciers, bateleurs ou filous,

Sans pays, sans prince et sans lois,

Gais bohémiens, d’où venez-vous ? »

La gitane a de tous temps inspiré les poètes qui lui donnèrent le nom de Zingarella, de Gitanilla, de Carmen, d’Esmeralda ou de Preciosa aux yeux d’émeraude. « La petite Bohémienne », peint par Boccaccio Boccaccino vers 1505, les symbolise toutes. Ses yeux emplis de ciel fixent sur le monde un regard doux et mélancolique qui contient toute la noblesse de son peuple.

"La petite bohémienne"Boccaccio Boccacino, 1505

« La petite bohémienne »
Boccaccio Boccacino, 1505

"L'homme à la pipe"Gustave Courbet, 1849

« L’homme à la pipe »
Gustave Courbet, 1849

La deuxième partie de l’exposition retrace la vie de bohème des romantiques et des artistes du XIXème siècle qui, à Paris, vécurent misérablement, dans un vagabondage immobile, et qui, pour fuir les conventions bourgeoises, voyagèrent dans les vapeurs d’absinthe et les rêves psychédéliques de la drogue. Ils se disaient libres, mais ils étaient enchainés ! Ils nous laissèrent néanmoins d’admirables poèmes. Selon Balzac, « Tous ces jeunes gens sont plus grands que leurs malheurs, au-dessous de la fortune, mais au-dessus du destin ». Le regard triste et éperdu de « l’homme à la pipe » de Gustave Courbet, donne la mesure de ce qui l’éloigne de « La petite bohémienne » au regard clair. Ce n’est pas un hasard si Baudelaire a chanté « les bohémiens en voyage », « La tribu prophétique aux prunelles ardentes… » et si Rimbaud a écrit « Ma bohème » : « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées »…

Il se peut que nos migrations contemporaines qui d’un coup d’ailes nous mènent, sans raison, à l’autre bout du monde, sont des nostalgies de liberté. Nous sommes aujourd’hui enchainés à notre confort, à notre vie douillette et à nos petits avantages. Nous méprisons autant que nous envions ces roms et autres « gens du voyage » car ils nous ramènent à notre condition de sédentaire… « Tu es heureux comme tu es libre » dit un proverbe rom.

Pour ceux qui ne pourront pas aller au Grand-Palais parcourir ce « roman de la liberté », voici quelques tableaux, choisis parmi les plus émouvants :

"La diseuse de bonne aventure"Nicolas Régnier, 1626

« La diseuse de bonne aventure »
Nicolas Régnier, 1626

"La diseuse de bonne aventure"Georges de la Tour, 1630

« La diseuse de bonne aventure »
Georges de la Tour, 1630

"La Bohémienne"Frans Hals, 1630

« La Bohémienne »
Frans Hals, 1630

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"Les Bohémiens en voyage"Achille Zo, 1861

« Les Bohémiens en voyage »
Achille Zo, 1861
"Les roulottes"Vincent Van Gogh, 1888

« Les roulottes »
Vincent Van Gogh, 1888